Archive pour la Catégorie '* RICHARD-FLIELLER Denise'

-Noël

Noël prodigue envahissant les devantures,

Nous sommes habités de liesses futures

Où point un vague espoir de gains inattendus.

 

O magie des jouets, des boules miroitantes,

Des guirlandes ourlant les branches scintillantes !

Ineffable retour aux paradis perdus !

 

Pourtant, jour après jour, les drames se succèdent,

Morts et accidentés et malades qu’obsèdent

L’échec ou le sursis d’un destin prometteur.

 

Aube carillonnante, allégresse mort-née

De ceux qui, retrouvant vide la cheminée,

Se disent les enfants trop chéris du malheur !

 

Ecoutez dans la nuit monter la violence,

Claquer les coups de feu, s’égorger en silence

De jeunes loups cruels, fous de gloire et d’argent.

 

Et quand tombent les gars dans l’océan des sables,

Les parents, les amis pleurent, inconsolables…

Pleurez aussi, car sur le monde il pleut du sang.

 

Noël de paix, Noël d’amour, Noël de joie,

Noël… Ce tout petit Enfant qu’il vous envoie,

Le laisserez-vous seul et nu, sans un égard ?

 

Ne fermez point vos yeux à ses deux mains tendues,

Mais que de votre cœur les moissons répandues

En réchauffant ses doigts, éclairent son regard !

11 novembre 1999 en Tchetchénie

 

Ce garçon de douze ans, sur un lit d’hôpital,

N’exprime ni dégoût, ni haine ni colère.

Parmi d’autres blessés dans la même galère,

Seul le retient encore un frêle instinct vital.

 

Une étrangère approche et sa voix de cristal

Le caresse bientôt comme un baiser solaire.

Alors il parle enfin, mais son coeur s’accélère,

A peine évoque-t-il l’après-midi fatal.

 

Un éclair, un bruit sec au milieu du village…

Des enfants près de lui n’avaient plus de visage;

Aussitôt l’emportait un soldat valeureux.

 

Il regarde blêmir les reporters ingambes.

Jamais il ne fera leur métier dangereux :

Un homme en blanc n’a pu que lui couper les jambes.

 

Prix Voltaire au concours du Cercle Littéraire de Graffigny de Lunéville, en 2000.

Toussaint

Octobre a pris congé de l’automne arlequin
Dont Eole moqueur défeuille le costume.
Les morts vont recevoir notre hommage posthume,
Des fleurs pour embellir leur ultime lopin.

Chers parents endormis sous un noir baldaquin
De granit où se brise en vain mon amertume,
Mon corps, saisi d’effroi, refuse la coutume
De vous rejoindre un jour en habit de sapin.

Je veux, réduite en cendre, être d’un sycomore
Le suc qui nourrira les jeunes frondaisons.
Que sa verte ramure aux amis remémore

Mes poèmes dansant le ballet des saisons,
Nos heures de soleil et d’ivresse première,
Mon cœur, insatiable assoiffé de lumière.

Libellule

Sur l’aile d’une libellule
Un rai de lune s’est posé,
Tel un brin de ciel irisé
Dansant avec le crépuscule.

Ce soir la brise funambule
Prend les senteurs d’un alizé.
Sur l’aile d’une libellule
Un rai de lune s’est posé.

J’aimerais être minuscule,
Un vieux lutin apprivoisé
Qui, d’une plume en bois rosé,
Ecrirait tout un opuscule
Sur l’aile d’une libellule.

Nuit d’opale

Coulez de fleur en feuille, ô douce ribambelle

Des pétales de lune éclos sur les jardins !

D’une touche laiteuse éclairez les andains,

Allumez le sentier sous les pas de Cybèle,

 

J’écoute ainsi renaître en mon âme rebelle

Un chant qui s’alanguit à la brise, aux embruns,

Qu’enfièvre un goût d’iode et de goémons bruns :

J’ai besoin d’un ailleurs, d’une aube rude, belle.

 

Surgi de nulle part un astre chevelu

Ravive encore en moi cette soif d’absolu,

Cependant qu’il parcourt l’infinité cosmique

 

Pour mieux t’approfondir, à quelle aune, à quel muid

Devrais-je mesurer ton immense harmonique,

Insondable mystère où s’abîme la nuit ?

Lilas

Pour qu’il embaume ce poème
Reçois mon bouquet de lilas.
N’écoute plus sonner le glas,
Rappelle-toi qu’au moins je t’aime.

Méprise le vil anathème
D’un amoureux au cœur trop las.
Pour qu’il embaume ce poème
Reçois mon bouquet de lilas.

Reprends ta route de bohème
Et jette tous les falbalas,
Tes dentelles, tes entrelacs.
De tes fleurs tresse un diadème
Pour qu’il embaume ce poème.

L’angelus

Au clocher de Sainte-Gudule
Chante l’angélus du matin.
Un moine entonne son latin,
Alors sourit un incrédule.

Les airs que le sonneur module
Réveillent le jour incertain.
Au clocher de Sainte-Gudule
Chante l’angélus du matin.

Comme un solennel hiérodule
S’avance le vieux sacristain.
Son regard luit, presque enfantin,
Quand l’airain vibre, puis ondule,
Au clocher de Sainte-Gudule.

Nostalgie

Visage toujours jeune au long cours du silence,
Tu surgis dans l’album exhumé d’un tiroir.
Je scrute alors, maussade, un perfide miroir
Reflétant mon image avec grande insolence.

Entre mille raisons je cherche et je balance.
Pourquoi n’avoir voulu jamais nous décevoir,
Rester insoucieux, même d’un au revoir,
Mais laisser le destin nous faire violence ?

La pénombre câline étouffe mes sanglots.
Le cœur appesanti sur des rêves bien clos,
Je sais que nos projets sont maintenant chimère.

Ni l’automne et ses ors, ni le tendre printemps
Ne pourront adoucir l’expérience amère
D’un amour qui se meurt aux ravines du temps.

Amours

La douce nuit s’anime en cette mi-novembre.
La lune languissante explore le jardin.
Au bouleau dégarni, d’ultimes feuilles d’ambre
Aimeraient conjurer leur funeste destin.

Des chats, tenant salon comme dans une chambre,
Miaulent, pleins d’ardeur, pour forcer le dédain
D’une belle perverse : un corps lascif se cambre,
Se tord, s’étire, griffe, esquive ou mord soudain.

Déjà l’élu s’avance et goûte sa fortune ;
La chatte lui décoche une tape opportune,
Feule, crache puis cède au plaisir attendu.

Tout près d’un lampadaire une dame vénale
Propose, verbe haut, sa triste bacchanale
A l’homme qui, narquois, risque un sous-entendu.

Le rendez-vous de Samarcande*

Savants qui proposez votre riche arsenal
Pour offrir, comme à Faust, l’inusable jeunesse,
Le plus bel âge d’or que jamais on connaisse,
La mort se rit de vous, elle a le mot final.

De l’enfant qui bondit, tel un fol animal,
Jusqu’au vieillard perclus qu’un véhicule agresse,
La route nous détruit, c’est la moderne ogresse
Dont chacun peut nourrir l’appétit infernal.

La guerre, autre faucheuse, a calmé ses ravages.
Mais nous payons toujours le même impôt du sang
Sur les anciens chemins des batailles sauvages.

Allègre conducteur, tu te crois tout puissant ;
Ecoute donc la voix lancinante qui scande :
« Moins vite, malheureux, tu cours vers Samarcande ! »

* conte oriental : Un matin, lors d’une promenade, un prince rencontra la Mort. « J’ai rendez-vous ce soir avec toi. », lui dit-elle. Epouvanté, le prince éperonna son cheval et s’enfuit. Il galopa toute la journée et le soir, il arriva aux portes de Samarcande. La Mort était là, qui l’attendait. « Tu es parti si vite ce matin, lui dit-elle, que je n’ai pas eu le temps de t’expliquer : j’avais rendez-vous avec toi ce soir, à Samarcande ! »

La dernière nuit du vagabond

Comme l’ombre s’accorde aux pentes enneigées !
Je ne veux plus savoir si le froid m’est cruel.
Les étoiles dont l’or éclabousse le ciel
Par leur tendre lueur réchauffent mes pensées.

Je suis un vagabond, j’erre le plus souvent
Loin des humains pervers, sans logis, sans adresse.
J’emporte dans la mort un cœur plein d’allégresse :
Je suis toujours resté libre comme le vent.

Neige si dure aux malheureux, neige si pure—
Myriades de cristaux qui sublimez la nuit—
Tu couvres la montagne où s’étouffe le bruit
D’un tapis merveilleux à la fine texture.

Le manteau blanc me donne un masque violet.
La bise fait grincer la porte d’une grange,
Frissonner des rameaux dans le silence étrange
Et sous mon pantalon me gifle le mollet.

Lorsque bientôt l’aurore effrangera de rose
La guipure brillante aux aiguilles des pins,
Rassurés les chevreuils autant que les lapins
Salueront le jour émouvant, grandiose.

Aucun trille d’oiseau pour bénir le soleil.
Aucun ru pour chanter sa fraîche mélodie.
Mais moi, le vagabond, près de l’onde engourdie,
Je boirai ce spectacle à nul autre pareil.

Alors je m’étendrai sur la neige glacée.
Je m’en irai joyeux vers le suprême instant.
Si j’inspire pitié, je réclame pourtant
Qu’on brode sur ma vie une belle odyssée.

L’Aube

Le violon grinçant du vent aigre s’est tu.
Si l’angoisse nocturne étouffait l’espérance,
Le malade qui geint sur un lit de souffrance
Retrouve enfin du cœur dans ce temps suspendu.

Chantecler s’égosille, à son rôle assidu.
Rien ne bouge alentour, sa rituelle transe
N’éveille aucun écho ; seul règne un calme intense,
Comme pour y blottir un bonheur impromptu.

Le cristal émietté du givre à la fenêtre
Tamise la lumière, et le jour qui pénètre
S’habille d’allégresse autant que de frisson.

La cendre chaude encore abrite au fond de l’âtre
Des charbons assoupis, qu’un brin d’air polisson
Fait rougeoyer parfois sous leur gangue blanchâtre.

* Le poème est en réalité intitulé « Aube », mais le blog impose un titre à 5 caractères minimum, d’où mon ajout du l’ que Denise me pardonnera sans doute.

Après la guerre

Seules des huttes éventrées
Et des carcasses de zébus,
Au sol des empreintes cendrées,
Le village n’est que rebuts.

Ici des troupes sont entrées—
Fanatiques d’autres tribus ;
Les vieilles haines engendrées
Amènent d’ignobles abus.

Ni mouvement, ni pestilence.
La mort habille le silence,
Lourd comme l’âme d’un faquin.

Cependant qu’à l’horizon vibre
Un mirage de cité libre,
Sous le brûlant ciel africain.

Ce soir…

Bételgeuse, Altaïr, Rigel, Véga, Gémeaux,
Je chanterai ce soir pour les étoiles seules
Et les humbles grillons stridulant près des meules.
Ma voix se fera douce et musique mes mots.

Je ne gémirai pas à l’ombre des ormeaux,
Comme en ces vieux refrains chéris par nos aïeules.
Simplement je rattache, hors des complaintes veules,
Le chaînon de ma vie à des maillons jumeaux.

Dans mon âme endeuillée une intime blessure
A nouveau saigne un peu, tandis que je susurre
Les noms, le souvenir de ceux qui ne sont plus.

Auréolés d’amour, purifiés d’absence,
Ils écoutent, muets, sous la dalle reclus,
Un arioso lent que ma douleur cadence.

Destin

Dans les blés mûrs et l’herbe tendre
La Faucheuse est à sa moisson,
Nous martelant une chanson
Qu’il ne nous plaît guère d’entendre.

Cruelle mort qui vient tout prendre !
Vieillard, adulte, nourrisson
Tour à tour lui versent rançon
En refusant de la comprendre.

Comment lutter contre l’effroi,
Les doutes et le désarroi,
Lorsque le deuil suit les alarmes ?

Pourquoi faut-il, en vérité,
Payer avec autant de larmes
L’espérance d’éternité ?

Syrie

                                                               Drôle, cet encrier que possédait mon père !

                                                               C’était un animal en bronze, un dromadaire.

                                                               Son dos creusé portant le couvercle bossu

                                                                              Passait d’abord inaperçu.

 

                                                               Il avait voyagé de Syrie en Lorraine

                                                               Dans la malle aux trésors d’un ami capitaine.

                                                               Il parlait de désert, d’oasis, de palmiers,

                                                                              Berçant mes rêves buissonniers.

 

                                                               Qu’importent maintenant Damas, Alep, Palmyre ?

                                                               J’imagine plutôt telle cité martyre

                                                               Où Bachar assassine en toute impunité

                                                                              Les amoureux de liberté.

 

                                                               Le journaliste intègre y devient une cible ;

                                                               Le mensonge s’ajoute à l’horreur indicible ;

                                                               Un monstre dissimule, aidé par ses nervis,

                                                                              Son goût des  peuples asservis.

 

                                                               Que la guerre s’éteigne en cette république

                                                               Où l’on a  dévoyé l’élan patriotique !

                                                               Que plus jamais n’y meure un enfant innocent

                                                                              De qui la terre boit le sang !

Reviens

                                               Reviens, silencieux tel un vol de phalène,

                                               M’effleurer le visage aux franges du sommeil.

                                               Je sentirai sur moi passer ta douce haleine

                                               Et je m’endormirai dans un bain de soleil.

 

                                               Reviens, que je te chante, au-delà de ma peine,

                                               L’amour fidèle et tendre, à du lierre pareil,

                                               Indestructible, fort, dense comme l’ébène,

                                               Flamme brûlante,  ardent foyer, tison vermeil.

 

                                               Mais j’entends la réponse : au vrai tu me suggères,

                                               Pour rendre à l’avenir l’épreuve plus légère,

                                               Qu’à d’autres horizons j’attache mon regard.

 

                                               Le cœur qui s’élargit redécouvre une source ;

                                               Il y puise la force au milieu de sa course :

                                               Dans ce monde qui tangue il va prendre son quart.

Dire…

Dire : « Je t’aime » à l’imparfait,
Vraiment cela m’est impossible.
Or la Parque t’a pris pour cible,
Je hais le mal qu’elle m’a fait.

Selon ton instante prière,
Dans ma chambre, quand le jour fuit,
Je te susurre : « Bonne nuit
A toi qui vis dans la Lumière. »

Parfois je sens que tu réponds
Car l’air vibre de ta présence,
Tu respires dans le silence :
Non, tu n’as pas coupé les ponts.

Bien plus souvent, hélas, le vide
M’étreint le cœur, glace mes os,
Ne me laisse point de repos
Et me ronge comme un acide.

Ainsi me revient cet effroi
Lors d’un rêve prémonitoire :
Indifférent à notre histoire,
Tu me toisais d’un œil si froid…

Désarroi

Triste, novembre arrive, escorté de grisaille,
De ciels chargés et lourds comme un cercueil plombé.
A l’heure du repos, quand le jour est tombé,
Je tente de répondre au doute qui m’assaille.

Comment, sans ton appui, reprendre la bataille ?
Tu m’en disais capable ; or je vais, dos courbé,
Je traîne ma misère et, l’esprit absorbé,
Guette si tu reviens me prendre par la taille.

Trop de pleurs contenus ont asséché mes yeux.
Dans l’Olympe céleste où ton rire joyeux
Doit vibrer de bonheur, connais-tu ma détresse ?

Depuis que nulle part je n’entends plus ta voix,
Mon être se refuse aux moments d’allégresse
Qu’il lui faut vivre seul, pour la première fois.

Article paru dans Vosges Matin le 01/11/12

Article paru dans Vosges Matin le 01/11/12 dans * RICHARD-FLIELLER Denise

Voici une version .pdf qui offre peut-être une meilleure lisibilité… Cliquer sur le lien pour ouvrir le fichier : fichier pdf Richard Flieller LE COEUR EN VERS…

Seule

Comme il est froid, ce lit ! Je cherche un creux d’épaule,
Tes bras tendres et forts pour bercer mon sommeil.
Ma main se tend vers eux, c’est le drap que je frôle :
Jamais plus dans mes nuits rien ne sera pareil

Jamais plus dans mes jours, jamais plus dans ma vie…
Le temps coule, cruel et constant fugitif.
Mon cœur émietté, mon âme inassouvie
Rêvent pourtant de pause et de bonheur furtif.

De nos liens bénis voici l’anniversaire.
Seule je redirai le oui sacramentel
Qui naguère était double ; or notre amour sur terre,
En l’emportant vers Dieu tu l’as fait immortel.

J’ai repris le chemin pavé d’espoir tenace,
Empierré de tracas, de regrets, de douleurs.
J’irai jusqu’à l’instant du nouveau face à face
Qui pour l’éternité balayera mes pleurs.

Denise Richard-Flieller

Denise Richard-Flieller dans * 1 - Présentation des artistes richard-flieller-portrait
Je suis née le 13 juillet 1934 à Fresse/Moselle dans les Hautes-Vosges. Après avoir vécu successivement à Auboué, Margut (village ardennais où Maurice Carême composa quelques-uns de ses poèmes), Pierrepont (près de Longuyon),j’ai fait mes études secondaires à Verdun et j’ai retrouvé la montagne vosgienne en 1953. J’habite Epinal depuis 1987.
Membre de la SPAF depuis 1963, j’ai participé quatre fois au concours des Poètes lorrains : 1963, prix des Poètes des Vosges ; 1964, grand prix d’honneur avec un disque 45T de six de mes poèmes ; 2001,prix d’honneur à l’unanimité et 2012, Grand Prix des Poètes lorrains.
Je suis par ailleurs lauréate(en 2003) et sociétaire de la Société des Poètes Français, lauréate des Jeux Floraux des Cévennes, de l’Académie Internationale de Lutèce, de l’Institut Académique de Paris, du Cercle Littéraire de Graffigny (Prix Voltaire en 2000), des Jeux Floraux du Vallespir, du Concours caritatif Richelieu…
Ayant abandonné en cours de route une licence de lettres modernes pour devenir institutrice, j’ai quitté mon métier à la naissance de mon quatrième enfant. Jean-Marie, mon époux, décédé le 26 décembre 2010, m’a toujours encouragée à écrire et il a toujours été plus heureux et plus fier que moi de mes succès. Il méritait bien que je lui rende hommage à l’occasion du dernier concours.




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