Archive mensuelle de août 2013

Flocon d’aile blanche (haïku)

Flocon d’aile blanche
Un avant-goût de l’hiver
Le gel des amours

La dernière nuit du vagabond

Comme l’ombre s’accorde aux pentes enneigées !
Je ne veux plus savoir si le froid m’est cruel.
Les étoiles dont l’or éclabousse le ciel
Par leur tendre lueur réchauffent mes pensées.

Je suis un vagabond, j’erre le plus souvent
Loin des humains pervers, sans logis, sans adresse.
J’emporte dans la mort un cœur plein d’allégresse :
Je suis toujours resté libre comme le vent.

Neige si dure aux malheureux, neige si pure—
Myriades de cristaux qui sublimez la nuit—
Tu couvres la montagne où s’étouffe le bruit
D’un tapis merveilleux à la fine texture.

Le manteau blanc me donne un masque violet.
La bise fait grincer la porte d’une grange,
Frissonner des rameaux dans le silence étrange
Et sous mon pantalon me gifle le mollet.

Lorsque bientôt l’aurore effrangera de rose
La guipure brillante aux aiguilles des pins,
Rassurés les chevreuils autant que les lapins
Salueront le jour émouvant, grandiose.

Aucun trille d’oiseau pour bénir le soleil.
Aucun ru pour chanter sa fraîche mélodie.
Mais moi, le vagabond, près de l’onde engourdie,
Je boirai ce spectacle à nul autre pareil.

Alors je m’étendrai sur la neige glacée.
Je m’en irai joyeux vers le suprême instant.
Si j’inspire pitié, je réclame pourtant
Qu’on brode sur ma vie une belle odyssée.

Riant juillet

Le ciel est d’un bleu limpide
L’herbe craque sous les pieds
L’horizon se profile, splendide
C’est une chaude journée de’été

Midi impose sa torpeur
Le chat s’endort sous l’ombrage
Tout l’été danse au fond des coeurs
Et juillet lui rend hommage

Le ciel peut chanter tout bas
Tandis que les oiseaux se taisent
Si des ailes prolongeaient mes bras
Je m’envolerai de la falaise

L’ esprit habite une source
Où se prélasse la fraîcheur
Chaque jour, il trace sa course
Qu’il fait bon écouter le coeur

Juillet pèse de tout son poids
Et le soleil traverse le son
Un jour où l’autre, nous aurons froid
Aimons la brûlante saison.

Un frisson d’automne (haïku)

Un frisson d’automne
Les feuilles couvrent le sol
L’or rejoint la terre

Conte-moi la vie

Conte-moi la vie dans * METIVIER Nicole metivier-1ere-couverture

metivier-4eme-couverture dans Publications

Précy jardin

Je vois ce jardin de Précy,
Précis, aux fines fleurs de ma peine
Où je m’avance triste et sereine,
Où je tombe comme au fonds d’un puits.

Mais c’est sur la pointe de l’esprit
Le cœur à l’envers, déchiré
Sur un coin de pierre du passé
Où l’oiseau de l’enfance s’est pris.

Et je retrouve au creux du nid
Entre les roses d’un voyage blond
Des restes de rêves à mon front
Derrière un voile tremblant de nuit.

Me pousse un arbre dans la tête.
L’arbre des souvenirs, infini,
Dont je vois les rameaux flétris
Au bout d’un éclat qui s’entête.

Mais ma voix reste prisonnière
Et je ne reviens de ces plis
Des chaleurs de tant d’étés fuis
Qui me couchent dans un lit amer.

Flottent les chuchotements volatiles
Me portant plus frêle qu’une fourmi
Pour me ramener jusqu’ici
Sur les rails d’un réel futile.

Mille petits trous (haïku)

Mille petits trous
Dans le goudron du trottoir
Les talons aiguilles

Des voix dans l’esprit

Sa vie fut changée en jours et nuits des ombres
Il perdit son image son âme et tout son être s’écroula.
Dans une étrange demeure, la réalité vint à se rompre
Prisonnier emporté dans le délire, il s’y abandonna.

Qui suis-je se disait-il, en fixant cet autre visage,
Il se découvrait ouvrant et fermant ce nouveau regard.
Dans son esprit s’élaborai,t un indéchiffrable langage
Il écoutait prostré ces voix étranges fallait-il les croire.

Il était enfoui, enlacé, incarcéré dans son délire
Il dessinait des portails, des murailles autour de lui.
Et s’y réfugiait, sans chercher jamais à les détruire
Solitaire sans être seul, dans ce qui n’était plus sa vie.

Il parlait peu, n’écoutant que l’écho de sa pensée
Enfermé dans ce monde irréel, sans aucune relâche.
Abandonné, par sa conscience à une réalité défigurée
Il vivait et allait ainsi, sans que personne ne l’y arrache.

Sa silhouette passait et pressait le pas devant les hommes
Il fuyait ceux qu’ils croisaient, sans pouvoir les regarder.
Ces gens qui comme lui, allaient et venaient sans forme
Derrière des fenêtres et des portes fermées par sécurité.

Qui suis-je, se disait-il en écoutant cet autre qui l’habitait
Il se touchait inlassablement, était-ce lui ou ce quelqu’un.
Dans sa conscience un homme, une femme lui murmurait
Des mots déchiquetés éparpillés, qui n’étaient plus les siens.

Dans une étrange demeure, la réalité perdit la raison
Emporté dans le délire, tout son être s’y engouffra.

(En rapport avec ma profession, infirmière en secteur psychiatrique.
Une approche de la maladie mentale profonde.)

T’écrire (haïku)

T’écrire une lettre
La plume Sergent-Major
Et l’encre violette

L’Aube

Le violon grinçant du vent aigre s’est tu.
Si l’angoisse nocturne étouffait l’espérance,
Le malade qui geint sur un lit de souffrance
Retrouve enfin du cœur dans ce temps suspendu.

Chantecler s’égosille, à son rôle assidu.
Rien ne bouge alentour, sa rituelle transe
N’éveille aucun écho ; seul règne un calme intense,
Comme pour y blottir un bonheur impromptu.

Le cristal émietté du givre à la fenêtre
Tamise la lumière, et le jour qui pénètre
S’habille d’allégresse autant que de frisson.

La cendre chaude encore abrite au fond de l’âtre
Des charbons assoupis, qu’un brin d’air polisson
Fait rougeoyer parfois sous leur gangue blanchâtre.

* Le poème est en réalité intitulé « Aube », mais le blog impose un titre à 5 caractères minimum, d’où mon ajout du l’ que Denise me pardonnera sans doute.

Puissance des flots (haïku)

Puissance des flots
Complicité des brisants
Le chant des embruns

Un amuseur public

Sur les points il pose les i
et l’ordre des choses et renversé,
sa façon d’être à la malice de l’enfance
en reviviscence à chaque instant qui sert son insolence d’adulte.
Histrion, il marche sur les mains pour montrer sa liberté
et retombe sur ses pieds
pour regardeur de ses contemporains faire tomber les masques,
dresser les portraits parfois au vitriol, singer.
Il se rit des esprits engoncés prisonniers de leur éducation,
de leur morale et avec impertinence déjoue la réflexion tirée
à quatre épingles en jonglant avec les mots.
Il compare l’importance à l’immensément rien et trouve
l’essentiel en la face cachée,
il peut user de sarcasmes
pour laisser à la saveur piquante de la moquerie,
sa règle démesure, grossit le trait
tandis qu’il a un principe : mieux vaut en rire.
Il a la générosité qui n’égratigne qu’un seul
pour rassasier tous les autres
mis en œuvre dans la fonctionnalité de leurs zygomatiques,
la pirouette est son issue pour ne jamais disparaître,
le pied-de-nez son arme pour désarmer,
il n’est pas au cirque et le fait…
Applaudissements …

Après la guerre

Seules des huttes éventrées
Et des carcasses de zébus,
Au sol des empreintes cendrées,
Le village n’est que rebuts.

Ici des troupes sont entrées—
Fanatiques d’autres tribus ;
Les vieilles haines engendrées
Amènent d’ignobles abus.

Ni mouvement, ni pestilence.
La mort habille le silence,
Lourd comme l’âme d’un faquin.

Cependant qu’à l’horizon vibre
Un mirage de cité libre,
Sous le brûlant ciel africain.

Le rêve du vieil immeuble

Il me vient souvent, à l’idée
Que j’aurais pu être un pavillon
Moi, le vieil immeuble de la cité
J’aurais pu être, une jolie maison.

Et je suis là, sous ce ciel pollué
Coincé entre ces façades froides
Devant, s’étale des usines enfumées
Derrière, une ville sans regard.

Je grouille de bruits et de soucis
Et mes étages, sont fatigués
L’été j’aère, ça les ennuie
L’hiver je chauffe, il faut payer.

Tout autour de moi, c’est le vide
Je ne respire, que la fumée
Ca me fait tousser, et ça me ride
Je n’en peux plus de ce quartier.

Souvent, je parle à mes amis
Que j’aurais pu être un beau pavillon
Ils me répondent, c’est notre vie
On y peut rien, ce sont les gens.

Il me vient, souvent à l’idée
Que j’aurais pu être, un beau chalet
Moi l’immeuble, de la cité
J’aurais voulu vivre, dans la forêt.

Mais ma destinée, n’est pas ailleurs
Que, dans ce quartier pollué
Et j’attends le jour et l’heure
De mourir, pour d’autres cités.

L’origine du monde

De tout prés, il veut voir.
L’homme ne voit que de prés.
S’il est myope, est-il prêt
À ouvrir le tiroir ?

Ce qu’une femme dit trop tard
Ou sans jamais dire vrai,
La science le parfait,
Sans pincette et sans phare.

Et l’homme, lui, qui veut croire,
Comprendre comment c’est fait,
Ne voit qu’une ligne, un trait,
Résumé dérisoire,

Ridicule promontoire
D’un bâtiment secret,
Aux chemins en retrait
Dans les règles de l’art.

La femme garde son savoir,
Couvre l’œuvre et se tait
Contre le cri de Courbet
Sur l’insistant miroir.

Un verrou au couloir
Et des siècles de méfait
Pour découvrir l’étai
Qu’on croyait canular.

On le chargeait d’un noir
Plus grand que d’un palais.
Et la femme le relaie
En ruminant sa part,

Coince l’homme à son départ
Resserré sur les faits,
Ne peut briser le rai
Fondé par sa mémoire.

Elle est -dans ses placards-
Muette sur son objet
Comme si elle en était
L’observatrice ignare.

Et l’homme fixé au bord
Ne discerne pas l’aveu
Pour braver cet essieu
Surgi du nombre d’or.

Il mâchonne d’anciens mors
D’une censure qui s’émeut
Pour découvrir un peu
Par où ancrer l’abord.

Il ne sait rien encore
Des lignes, des masses, des creux,
Du parcours mystérieux,
Ni des angles retors,

Rien de l’interne décor,
Détours anfractueux
Pour le schéma heureux
Adapté au raccord.

Et lui qui fait son sport
Tout en fermant les yeux
Il apprécierait mieux
Avec les yeux d’Ensor.

À connaître le corps
Trop caché, mystérieux,
Il serait moins peureux,
Le lien serait plus fort.

Des livres il n’y a pléthore
Pour parler de ce creux
Sauf les blasons hideux
Pour en faire un rapport.

Il faut croire que le sort
Fit du sujet scabreux,
Peu de cas. Et le feu
Mettait fin à ses torts.

Elevé en trésor
Ou proscrit… L’entre deux
Terminera le jeu
De reculer l’accord.

De t’aimer je n’ai plus le coeur

De t’aimer, je n’ai plus le cœur
cité de ma jeunesse grise ;
de mille oiseaux chanteurs éprise
au soleil fondant des fondeurs

Le temps gorgé du sang des heures heureuses poursuit son blanc chemin anesthésique.
Les chatons pendouillent comme les regrets qui jamais n’ont enfanté la résurrection de l’humble gaité d’hier. Est-ce trop demander que de ne plus entendre, sur le clavier muet des absences, la voix graveleuse et cruelle du souvenir qui submerge la grève des vaines attentes ?

Visages aimés, visages de toujours, au front de la paroi rocheuse où vient mourir la déferlante des jours, enfants de la curie des innommables qui ont fui les éclats du bonheur ;
visages du don de soi baignés par le travail d’une mer de métal, d’une mer nourricière à ses marées de hautes et basses règles, et tout à la grammaire du faire dans le communautaire de l’esprit,
je vous invoque de toute puissance des émois !

Mais ce regard aimant n’est amarré qu’aux rives blanches et glacées des justes quartiers de l’heure nouvelle née, et déjà tombée dans la suite amnésique des nombres ;
regard mouillé de toutes les pluies versées les nuits d’orage quand les peines font craquer le ciel à l’horizon d’un courage anémié…
Dans cet outre monde, dans ce monde de jadis, les êtres avaient une face familière ; les choses également. Même le temps fané était doux dans son amas de feuilles mortes…

De t’aimer, je n’ai plus le cœur
cité de ma jeunesse grise ;
de mille oiseaux chanteurs éprise
au soleil fondant des fondeurs

Ma paume (haïku)

Ma paume creusée
L’eau fraîche de la fontaine
À ma bouche sèche

D’autres cités

Des cités incrustées dans la carapace de crustacés monstrueux,
des cités enveloppées dans la plèvre grise de leur haleine toxiques, puant la chimie organique de digestions colossales,
saoules du râle de leurs gueulards embouchés jusqu’à la lie,
ivres du fracas scandé jusqu’à l’obsession et qui roule dans des veines tendues comme des rails ;
des cités ruisselantes de sueurs acides aux portes des exploits ;
des cités en nappes de champignons velus, ayant poussé aux pieds des pyramides de laitier, hautes et lisses comme les tombeaux des pharaons dans la vallée des rois ;
des cités aux draps de cendre flottant sur les pavés, les cours et les jardins ;
la cendre jusqu’au lit des chambres nuptiales,
là où des nichées ancestrales et multilingues dormirent à même la paillasse des rêves de terre promise ;
et puis les mornes figures des façades entrées en maladrerie sous les crachins de septembre,
mais aussi les caresses tièdes des soleils compatissants ;
des cités pleines de cette meute, lâchée à l’appel de la trompe, mugissante et pétaradante dans la thrombose des rues, et pleines de ces essaims d’insectes besogneux dégorgés de la ruche industrielle ;
des cités glorieuses du travail triomphant dans la noirceur des champs de mitrailles, et célébrant leurs hégémonies dans le vacarme des machineries ;
mais cités aimées des âmes simples qui savent écouter le temps, à sa grande rumeur, à son immense tâche.

Con-fondu !

Les policiers l’ont confondu
Avec un sadique fondu
De fins découpages et de sang.

Celui-ci lui ressemble tant
Qu’on dirait deux faces qu’on fondues
Des moules quasi conformes.

Ce sosie vient d’être confondu
Lors d’une confrontation. Confus,
Les flics relâchent l’innocent qui
Respire enfin. Lui qu’ont défendu
Quatre pelés et un tondu
Connaît maintenant ses vrais amis.

Il se demande ce qu’ont pondu
Les journalistes, en bien, en mal,
Et s’intéresse de près aux fonds dus
Pour le dédommagement moral.

(Michaël Reigner)

Paolo

Novembre en culotte écourtée dans la cité de l’Espérance, que la solidarité polyglotte des manœuvres a édifiée, Paolo devant la porte close de l’affection, proteste de toutes ses lèvres tremblantes et muettes, le transi de son chagrin.
Fausse mère, oublieuse dans les bras de son amant, père peine perdue dans le labyrinthe de ses maçonneries ;
Paolo-Pinocchio rêvant à la Fée Bleue dans les morsures de la solitude, dans les palabres des mégères transalpines, et fuyant les quolibets des fils de porions jusque dans le tablier de Justine, la faible d’esprit qui réchauffe son sourire au coin de la cuisinière à bois !
Et puis des familles, tribus exotiques, quittant leurs baraquements fiévreux, dévalant les côtes de l’opprobre à la conquête d’une reconnaissance, d’une légitimité revendiquées, le front haut, l’œil cinglant et la parole sentencieuse, claquant comme le fouet sur les idées reçues tout droit de la bêtise ;
avec leurs maîtres-mots du courage, du labeur et du savoir-faire universels, en passe-partout des âmes récalcitrantes.
Ainsi se mêlaient les sangs des peuplades ouvrières accourues des plus sombres régions de l’indigence, pour engendrer les plus forts liens de fraternité dans le creuset de la considération.

Lui lance la boule (haïku)

Lui lance la boule
Au plus près de cochonnet
L’autre va tirer

Industrieuses Amours

Industrieuses Amours dans * MULLER Jacques muller-industrieuses-amours-presse-rl

Pour en savoir plus sur la sortie du recueil de poèmes de Jacques Muller intitulé « Industrieuses Amours », cliquer sur le fichier ci-dessous :
fichier pdf MULLER Dossier presse

MULLER Jacques

MULLER Jacques dans * 1 - Présentation des artistes muller-jacques
Jacques Muller est né en 1950 dans une vallée sidérurgique lorraine. Il se tourne
très vite vers la littérature, échappatoire la plus efficace pour se soustraire à
l’environnement métallurgique qui l’entoure, dans lequel il puise pourtant
aussi son inspiration.
Il suit des études littéraires, en hypokhâgne et khâgne, et travaille en parallèle
à l’usine pour financer une partie de ses études. Il devient ensuite journaliste
pour le quotidien régional Le Républicain lorrain, d’abord au Luxembourg et
en Belgique, puis en Lorraine.
La question des restructurations économiques et sociales dans la région lorraine
est un sujet qui le touche et se retrouve dans ses écrits.




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