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Archive mensuelle de décembre 2013

Mots sans voix

Mots sans voix. Perles de l’absence.

Il crépite, le clavier source,

Les précipite dans leur course,

Plaque  leur noire incandescence

Aux fenêtres sans ouverture

D’un petit écran fabuleux.

 

Mots sans voix. Mots silencieux.

Je vois leurs lignes d’écriture

Alternées, colliers de pensées.

 

Mots sans pudeur, gorgés d’images.

Leur caresse lève un nuage

De souvenances condensées.

 

Sans la voix reste son écho.

Tout notre monde est dans les mots.

 

 

(Premier prix de poésie en 2010,

pour l’association M’Arts Mots Culture, à Saint Geniez d’Olt.)

Entre le ciel et l’eau

Un vieil homme et son fils, au rivage marin,

Epanchaient dans les flots une insondable peine

Et les vagues de l’âme, à la source sereine,

Abondaient les embruns ruisselant de chagrin.

Le ventre de la mer engendre le mystère

Du rire de l’enfant aux sanglots de la mort,

Du projet de départ au non-retour au port,

D’une femme endormie en son lieu solitaire.

La vie ocre son cours lorsque le cœur se fend

Et le père énonça sa volonté dernière

Pour qu’à l’heure où son corps serait mis en poussière,

Il rejoigne l’aimée au lit de l’océan.

Mais quand le glas sonna le chant des funérailles,

Deux colombes sur l’onde et l’air épanoui,

L’une vers l’autre, allaient, le regard ébloui,

Pour, d’un ultime envol, sceller leurs retrouvailles.

Zone maudite

Modernité à ton épopée d’un nouveau siècle

je ne chanterai pas tes charmes et tes hérauts

car je te hais, société du paraître en clinquance !

Sonnant et trébuchant la monnaie de singe

de tes agitations dans le cours des temps à reculons

Chair dépenaillée des jours fileyeurs charriant

leurs flots d’ombres momifiées dans des fleuves de bitume

dans les boyaux fétides des mégalopoles

à la vitesse intenable des diarrhées incurables

Légions de spectres mutilés étudiant leur errance

dans les soigneuses allées de hangars rutilants

où s’apprivoise la hâte à nourrir l’inanité de l’être

de la richesse de son néant.

O frères de misère absolue !

 

L’œil est dans le salon et regarde Zombie

 

Dans le carrousel aux fraîches images

des sourds jacassants font la leçon des choses

à des muets hébétés prenant la mesure

d’un monde à l’aune de leur duplication

« - A l’étranger, rien ne va plus en terre africaine :

le roi Moult-Fêlé qui règne en maître absolu

a répudié sa huitième épouse accusée

de fomenter un coup d’Etat au bénéfice

de son amant qui a été passé par les armes ! »

De notre correspondant permanent Nestor Voitou

« -En France, le président de la République

a brisé un miroir en voulant raser de près

le flot de vérités qui envahissait son esprit »

De bonne source, mais non rendue publique.

 

L’œil est dans la vitrine et regarde Zombie

 

Qui a coupé les têtes du dieu Chronos ?

Sans passé et sans avenir le présent agonise,

vidé du sang des lumineuses signifiances

Voici l’instant impérial consacré

sur l’autel de toutes les jouissances ;

Sodome et Gomorrhe perpétuelles licencieuses

gavées de l’objet tangible de tous les désirs

Homme et femme androgynes d’une même solitude

partagée dos à dos dans le sursis de la méfiance

Homme et femme au regard louchon

s’enivrant  à l’abreuvoir du Veau d’or

se nourrissant des chairs de leur image même

et livrant à la fulgurance des messageries

l’indispensable bégaiement de leur pauvre histoire

 

Zombie n’a pas fermé l’œil de toute la nuit

 

O Guillaume ! Je chanterai la chanson du bien-aimé

sur le pont de mes rêves prolifiques, de mes songes bâtisseurs,

sans tour Eiffel, sans automobile et sans aviateur

pour peupler le paysage des beautés fanées

qui subjuguent les âmes simples depuis l’aube des temps ;

sans calligrammes en échafaudage pour blanchir

les horreurs urbaines enfantées par un indomptable Moloch.

Je me laisserai bercer de mots en notes fredonneuses,

en strophes liées comme les épis moissonnés

sur le flanc des jours familiers et si clairs ;

si clairs qu’ils suffisent à éteindre l’orchestration

convenue de toutes les médiocrités rabâchées

par la congrégation des nouveaux prêtres

chargés de divertir les cathodiques âmes abandonnées.

-Noël

Noël prodigue envahissant les devantures,

Nous sommes habités de liesses futures

Où point un vague espoir de gains inattendus.

 

O magie des jouets, des boules miroitantes,

Des guirlandes ourlant les branches scintillantes !

Ineffable retour aux paradis perdus !

 

Pourtant, jour après jour, les drames se succèdent,

Morts et accidentés et malades qu’obsèdent

L’échec ou le sursis d’un destin prometteur.

 

Aube carillonnante, allégresse mort-née

De ceux qui, retrouvant vide la cheminée,

Se disent les enfants trop chéris du malheur !

 

Ecoutez dans la nuit monter la violence,

Claquer les coups de feu, s’égorger en silence

De jeunes loups cruels, fous de gloire et d’argent.

 

Et quand tombent les gars dans l’océan des sables,

Les parents, les amis pleurent, inconsolables…

Pleurez aussi, car sur le monde il pleut du sang.

 

Noël de paix, Noël d’amour, Noël de joie,

Noël… Ce tout petit Enfant qu’il vous envoie,

Le laisserez-vous seul et nu, sans un égard ?

 

Ne fermez point vos yeux à ses deux mains tendues,

Mais que de votre cœur les moissons répandues

En réchauffant ses doigts, éclairent son regard !

L’ombre et la lumière

Elle avait pris la main de l’enfant intrépide

Et poussait doucement la porte du lieu saint

Pour tenter de combler l’irréparable vide

Que creuse le départ d’un bien-aimé défunt.

Dans sa désespérance et le cœur invalide,

Elle cherchait la paix allégeant le chagrin

Cependant que l’enfant, du vitrail translucide,

Poursuivait du regard les couleurs au grand teint.

Les rouges et les ors illuminaient l’abside,

Les bleus et les grenats, irisant le lutrin,

Profilaient mille éclats d’apparence fluide

Que la nef enchantait en un tableau divin.

Puis il perçut au sol, sur la pierre rigide,

Un kaléidoscope évoquant au gamin

Un ballon lumineux que, d’un geste rapide,

Il voulut attraper dans le creux de sa main.

Mais l’ombre de son bras, un peu gauche et timide,

Fit disparaitre alors cet objet cristallin

Qui l’avait invité d’une façon perfide

A savoir qui, des deux, était le plus malin.

Elle reprit la main de l’enfant intrépide

Et repoussa, sans bruit, la porte du lieu saint

Avant de s’engager sur le chemin aride

Que creuse le départ d’un bien-aimé défunt.

Une seule rose (haïku)

Une seule rose,

Et un coucher de soleil :

Deux petits bonheurs !

Résonances

Grêle et grelottante compagne

libératrice des insomnies

pétrie de la chair des silences

monocorde mea culpa émergé

de la nuit des temps immémoriaux

chantant a cappella la litanie

des solitudes aux fraîches matines

la cloche égraine son chapelet têtu

de croches prolifiques

 

Midi carillonneur exalté

de la grand’messe endimanchée

à toutes volées de vierges robes

dans le solennel débridement

de Pâques et des printemps hiératiques

Confrérie de dames rieuses

aux éclats de cœurs festifs

c’est toute l’enfance qui bourdonne

dans la languide somnolence des jours

 

Et quand mai lentement s’étiole

au soir des fatigues géorgiques

et des ombres aux ruelles esseulées

les Parques enfileuses de sons

sur le fil des heures trépassées

à l’unisson doucement se lamentent

dans la partition insondable des nuits

Annonce faite aux mémoires étales

qu’il sera toujours temps de mourir demain

Tous les bruits en un

Pas dans la neige mord dans la terre.
Grondement d’orage, c’est l’avalanche.
La foudre éclate. Claque la pierre.
Aussi, comme elle, craque ma phalange.

La pluie qui fait un bruit de feu.
Le feu qui frappe en bris de pluie.
La pluie crépite comme fait le feu
Qui valse, oscille comme la pluie.

Tous en un, les sons, tous les bruits
Quand on s’approche du corps des cieux,
Quand on touche la peau de sa nuit
Et que fondent nos élans gracieux.

Plus on sait qu’on est fait de rien
Plus l’urgence est de grandir ça
Et plus les bruits se fondent en un
Plus chacun est un monde en soi

Quand tout s’emmêle à force de voir
Tous ces liens que personne n’entend
Qui font goûter une bouillie noire,
On sait qu’on touche l’âme du vivant.

-Lire

L’écriture a ses grands, de style suranné,

Les manuscrits d’antan, l’or des enluminures,

La noblesse de plume aux illustres griffures

Qui sublime le grain d’un parchemin tanné.

 

L’école cultiva l’art mineur, contourné,

Des pleins et déliés, délicates figures,

Le typographe arma d’humbles fioritures

Les livres de papier, captant l’œil étonné.

 

La lecture est transport. Le sens touche l’esprit

Par la grâce du voir, par l’aura de l’écrit.

Sans la source du jour, d’où viendra l’étincelle?

 

D’un carton bosselé, grêlé de points adroits.

Braille voulut sentir les fleurs intemporelles

De la littérature éclore sous ses doigts.

 

Septembre 2012

 

(Deuxième prix, section SONNET,

décerné par l’association Arts et Lettres de France en 2013)

Fais-moi un mouton (haïku)

- Fais-moi un mouton.

- Je te le rends invisible.

Mouton mis en boîte !

Le partage et le don

Une enfant que le sort frappait cruellement

Découvrait qu’au village, avec sollicitude,

Chacun voulait combler sa perte des parents

En chassant de son cœur l’infâme solitude.

Pour grâce, la fillette offrait ses petits bras

Dans de menus travaux et, sagement discrète,

Elle œuvrait au labeur sans faire d’embarras

Pour ne pas révéler son épreuve secrète.

 

Ainsi faisant, la vie avait repris son cours

Et, dans chaque maison, la couche inoccupée

Permettait à l’enfant, sans quêter un secours,

De s’endormir en paix unie à sa poupée.

Son tissu de coton et d’éponge-douleur

Nourrissait, chaque soir, son amour pour sa mère

Qui, les doigts repliés sur un fil de couleur,

En petits points de croix, l’avait cousu naguère.

Puis vint la saison chaude et le chef de tribu,

Craignant la sécheresse au pouvoir maléfique,

Put convaincre les dieux d’offrir un sol herbu

En échange d’un gage ou cadeau magnifique.

Des villageois, pourtant, aucun n’était aisé

Et n’aspirait d’ailleurs à la moindre richesse

Puisque, pour noble prix et le geste apaisé,

Il pouvait partager l’honneur ou la tendresse.

Mais, ce fut la fillette agissant de plein gré

Qui, masquant de ses mains un cœur en ecchymose,

Fit don de sa poupée… alors que dans le pré,

Verdissant sous ses pleurs, naissait la primerose.

Le Livre en Hiver

article répu du 11-12 Livre en Hiver Metz petit

Sache mon ange,

notre purgatoire est peuplé d’âmes très chères qui hantent notre vie, des matins si pâles au bas des pages journalières, où la somme illusoire du faire ne composera pas la dense histoire de l’être à son destin.

Nous disions le monde tel qu’il fut, hélas, aux incessants instants de sa mort tant banale, en croyant écrire ce qu’il aurait dû être du sang frais de nos espoirs inavoués.

Nos paroles étaient une chanson des rues, dans la partition du tendre, quand, au quotidien exsangue, roulaient les tambours de la médiocrité.

Je rêve toujours de ce mot rare et juste, suspendu aux colonnes du savoir comme le fruit d’or au jardin des délices…

A coup sûr tu l’aurais nommé, épelé dans sa chair originelle et savoureuse, exempt de velours et de cuir.

Sur le marbre des œuvres éphémères, il me reste ce sourire à l’accent séraphique, porté par une irréductible compassion, et qui ne voulait pas croire à l’enfer des hommes.

Le rêve en passeur

Dans la nuit qui m’étreint, le rêve est mon passeur.

Les images d’enfance en un bal de sorcières

Tourneboulent ma tête, y forent des clairières.

Toutes les nuits, le choc me comble de bonheur.

 

J’eus ce bonheur de voir et je rêve en couleurs.

Mille éclats dans le noir, virulentes lumières,

Forcent ma nuit, forcent le mur de mes paupières.

L’horizon saute aux yeux, pousse un feu ravageur.

 

L’homme qui parle ainsi pour chanter le sommeil,

Il porte dans sa voix les rayons du soleil

Que ne voient plus ses yeux. Il en porte la trace.

 

Perdre la vue un jour, sans perdre la raison,

Vous emmure en la plus éprouvante prison.

Dans le jour qui s’éteint, ses rêves lui font grâce.

 

 

 

 

septembre 2012

 

(Publié dans Anthologie poétique de Flammes Vives, 2013.)

La faille du seau

Deux vieux seaux bavardaient sur le pas de la porte

Attendant que le jour vienne chasser la nuit

Et qu’une jeune dame, au matin, les emporte

Pour collecter, pleins pots, l’eau bien fraîche du puits.

Soudainement, l’un d’eux taquina son confrère,

Celui qui s’allégeait, goutte à goutte, au retour

Parce qu’une fêlure exfiltrait jusqu’à terre

Son liquide précieux qu’il semait alentour.

Le récipient blessé, réprimant sa tristesse,

Décida qu’il irait s’accuser du défaut

Pour ne pas décevoir sa gentille maîtresse

Qui n’avait jusqu’alors critiqué son niveau.

Dès qu’il eut exprimé le lourd poids de sa peine,

La femme répondit d’un petit air moqueur

Qu’elle avait déposé, sur son chemin, des graines

Qui, par son arrosage, engendreraient des fleurs.

La route de la vie où s’écoulent les larmes,

Par la main bienveillante acceptant les travers,

Embellit la nature et révèle les charmes

Que toute différence offre au Grand Univers.

Le désert… (haïku)

Le désert, l’avion,

Et un  » Petit Prince » blond,

Tout est poésie !

Femme

La ligne d’horizon sinueuse et vibrante

D’une masse de chair battue par les flots,

Le pinceau la sublime, en brise les sanglots,

Mixe mille couleurs pour la fixer vivante.

 

 

Les charmes féminins, le poète les chante

A l’envi. Paysage affalé sous les mots,

Dénudé, morcelé, dans ses creux des îlots,

Dans leur sables mouvants l’invisible bacchante.

 

 

Beau sujet !Du grand art ! Mais la femme, où est-elle,

Hors les fantasmes purs qui la rêvent si belle ?

Pour la foire à l’encan le sexe d’occasion !

 

 

Le web et le trottoir valent tel domicile

Où, servante à son gré, jouant à l’imbécile,

Sous cape elle s’en rit. L’infâme condition !

Solution grille n°2

Nicole METIVIER a été prompte à remplir correctement la grille :
Solution grille n°2

Sonnet à la grille n°2

Chers Amis et amies poètes,

Le 21 octobre il vous a été proposé un petit jeu de mots croisés un peu particuliers puisque les définitions sont composées sous forme de sonnet sous la plume de Denis TROADEC, de TERVILLE (Moselle), lauréat d’un diplôme d’honneur lors de la dernière remise des prix de poètes lorrains.
La première grille qui vous était alors proposée a été résolue, avec célérité peut-on dire, par Marie-France GENEVRE. Outre le fait d’être reconnue comme gagnante de ce quiz, elle se verra remettre une œuvre picturale originale lors de la prochaine remise des prix des poètes lorrains.
Comme annoncé à cette occasion, une seconde grille vous est proposée dans les mêmes conditions. La solution est attendue dans les commentaires à cet article,  sous forme littérale pour simplifier le travail d’Isabelle car la forme image ne peut pas être transmise dans les commentaires.
Comme pour l’attribution d’une majorité de prix, (et contrairement à celui de l’Alérion), la personne gagnante ne peut concourir une seconde fois ! Désolé Marie-France, ce sera donc « pour le sport » !
L’article relatif à la précédente grille est directement accessible dans la rubrique « Quiz » du blog.
A votre sagacité, et à bientôt pour les résultats !
Gérard DALSTEIN

S2

 

Attente

Le jour se conçoit sur les paupières brûlées des vaines attentes.

Proférer l’instant sacramentel et profaner l’accomplissement du verbe ; où est l’habit de féérie qu’avait revêtu le mage génial pour déclamer le nouvel ordre des mots dans la rubrique des drames ordinaires ? La pointe de l’aube entre les persiennes du devoir palpite à peine d’un espoir, s’insinue encore après l’horreur des nuits pendues aux stations du chemin des heures maudites. La pensée fileuse se fourvoie aux détours de la période chaotique, mais vibre toujours dans la trame du poème en marche.

Plus sûrement que la suite des nombres, l’astre accouche son océan d’ocre rouge ; et dans la plus haute rythmique du silence exultent les splendeurs de tous les devenirs. Je te déclare né du sceau de mon orgueil !

*

L’été craquant de félicité dans l’orage d’une caresse ; pourquoi tes baisers à fleur d’extase ont-ils péri dans les arpèges du souvenir au bout du chemin de dévastation, un matin du huitième jour de la semaine ? Que d’heures tapantes au clocher de déraison nocturne et taciturne à quêter l’éclosion d’un oracle, métaphore du sourire de la prêtresse au verbe nouveau-né, chantant la méthode d’amour dans le texte initial des tables de la joie.

L’élan d’un pur désir dans les tambours feutrés de l’attente éclate en pluie de soleil sur un lopin de bel Eden, quand, au retour du quart ou de l’heure, à la virgule fortuite d’un regard cinglant l’outre-mer ou au point d’orgue de la périphrase vêtue de cristal et de lumière, s’ingénie le lustre d’un genou gansé d’une parenthèse de séduction.

 




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