Archive pour la Catégorie '*07 – le départ'

Départ

Sablier de nos instants dispersés, 

Le dernier appel sonne le glas 

      Et la mer se retire. 

Avec elle, notre sève de vie 

    Lorsque tu t’enfonces 

Dans le silence des eaux meurtrières. 

  Recroquevillée sur la grève, 

J’écoute les salves désespérées 

  De l’écho bientôt disparu. 

Frénésie de pleurs nouée à mon corps. 

  Le temps que tu voulais retenir 

S’est caché dans sa coquille ; 

Il ne reste qu’un trou béant 

Où grince le moulin de nos ailes brisées 

La dernière coulée

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Faux départ

Pourquoi le mot « départ » fait-il autant pleurer
Alors qu’il porte en lui tout ce que l’espérance
Avait su conserver avec tant d’assurance
Sans la moindre raison d’aller s’en séparer ?

Lui qui met en pratique, au lieu d’en délirer,
Le rêve de la vie avant même l’enfance
Lorsque l’éternité bouillonnait d’impatience
En faisant que le temps puisse s’en emparer…

… Et plus tard s’imposer dans le cerveau de l’Homme
Comme un ver qui déconne en sortant de sa pomme
Et se faisant happer d’un coup sec par un bec !

Mais s’il avait compris que ce qui court-circuite
Se voit toujours voué au plus cuisant échec,
Il n’aurait pris la fuite s’il eût connu la suite !

Les voyageurs solitaires

Remonter le temps avec une manivelle 

Et s’arrêter là où commencent les regrets 

Rejoindre la terre au point originel 

Et contempler béat, son être qui renaît 

 

Au mitant de la nuit, suspendre une échelle 

Compter sur les astres et se laisser guider 

Se souvenir des notes d’un doux violoncelle 

Célébrer sans faste, la fin d’un long été 

 

Il se peut qu’un jour, de loin on nous appelle 

Et que le vent qui file transforme nos noms 

Regardant la terre, nous dirons qu’elles est belle 

Partir est facile, mais tout seuls nous marchons. 

La résonnance de partir

Il lui fallut partir…

Alors, il a tiré sa révérence ;

ça lui a tiré les larmes :

il a tiré le mouchoir de sa poche,

essuyé son visage défait, tiré.

Le temps des geignements s’étire

puis tire à sa fin.

Il tire un trait sur l’amitié,

retire sa peine comme une épine

quand il sait trouver une suite par la lumière de la vie…

Station balnéaire

La brise est moins douce aujourd’hui. Une nuée d’oiseaux blancs traverse le ciel. La mer monte; bientôt disparaîtra le dernier château de l’enfance. 

Autour des tables, les voix se font rares et les pensées plus profondes; un nuage passe dans la lumière et c’est comme si le souffle d’une lampe vacillait. 

Le soir, au bar, je verrai crépiter l’éclat du vin et je chercherai très loin le souvenir de ton rire. 

Ton rire? Il s’en est allé avec cette valise que j’ai vue dans le hall, ce matin… 

Tu remontais alors dans ta chambre pour prendre ton foulard fleuri oublié sur le fauteuil… 

Pendant ma promenade, je salue des visages sans les reconnaître. 

Mais mon coeur a sursauté tout à l’heure: 

Trois gouttes marines 

dans mon col de laine. 

Seraient-ce des larmes 

mêlées de baisers 

que tu m’envoies? 

Je me surprends à y croire… 

et à aimer ce mal 

qui nous sépare. 

La voix d’un ange (poème quiz)

Il allongeait son souffle court
Pour arriver à l’excellence
Et conjurer ce mal si lourd
Qui obstruait son existence.

Il combattait avec puissance
Un manque d’air inéluctable
Lançait loin sa persévérance
D’une voix cristal indéniable.

Il a brisé
la résistance
Et ses bronchioles obstruées
Ont abdiqué à sa vaillance,
Pour diffuser la pureté.

Angelot héroïque

Tes grands yeux clairs ont fait de toi
L’exemple du courage vrai
Et ta vie courte t’a comblé
Elle en vaut dix, laisse sans voix.

(de qui s’agit-il dans ce poème ?)

La mort d’un ami

Ces derniers jours passés dans l’ombre et la souffrance,
À surveiller ton souffle au rythme de ma peur
Ont habillé le temps d’un voile de stupeur
Que la mort a levé pour notre délivrance.

Tu n’as longtemps montré que de l’indifférence
Face au mal qui plongeait ton corps dans la torpeur,
Et j’ai compris trop tard ton silence trompeur,
Quand tu marchais déjà sur ton chemin d’errance.

Ton souvenir me hante au-delà du chagrin
Et mon cœur à jamais reste le tendre écrin
D’un amour réciproque au secret de nos âmes ;

Mes amis de toujours te trouvaient bien mignon,
Mais il me semble ouïr le refrain de leurs blâmes ;
Si tu n’étais qu’un chien, tu fus mon compagnon.

 

*          J’ai écrit ce poème le 28 juillet 2000 en souvenir de Gréta, une gentille femelle labrador. Le dimanche 5 septembre 2004 à 23h30, notre chienne labrador Lorca est allée rejoindre sa copine. Je n’ai pas trouvé tout de suite de mots assez forts pour traduire la peine ressentie. Car si je n’ai jamais été la maîtresse de Lorca, elle était devenue mon chien. Alors ce poème est aussi pour elle. 

 

Le départ d’un fils

Je crois l’entendre encor, quand, sa main, sur mon bras,
Autour des verts remparts nous allions pas à pas :
 » Oui, quand tu pars, mon fils, oui, c’est un vide immense,
Un morne et froid désert, où la nuit recommence ;
Ma fidèle maison, le jardin, mes amours,
Tout cela n’est plus rien ; et j’en ai pour huit jours,
J’en ai pour tous ces mois d’octobre et de novembre,
Mon fils, à te chercher partout de chambre en chambre :
Songe à mes longs ennuis ! et, lasse enfin d’errer,
Je tombe sur ma chaise et me mets à pleurer.
Ah ! souvent je l’ai dit : dans une humble cabane,
Plutôt filer son chanvre, obscure paysanne !
Du moins on est ensemble, et le jour, dans les champs,
Quand on lève la tête, on peut voir ses enfants.
Mais le savoir, l’orgueil, mille folles chimères
Vous rendent tous ingrats, et vous quittez vos mères.
Que nous sert, ô mon Dieu ! notre fécondité,
Si le toit paternel est par eux déserté ;
Si, quand nous viendra l’âge (et bientôt j’en vois l’heure),
Parents abandonnés, veufs dans notre demeure,
Tournant languissamment les yeux autour de nous,
Seuls nous nous retrouvons, tristes et vieux époux ?  »
Alors elle se tut. Sentant mon coeur se fondre,
J’essuyais à l’écart mes pleurs pour lui répondre
Muets, nous poursuivions ainsi notre chemin,
Quand cette pauvre mère, en me serrant la main :
« Je t’afflige, mon fils, je t’afflige ! Pardonne !
C’est qu’avec toi, vois-tu, l’avenir m’abandonne :
En toi j’ai plus qu’un fils, oui, je retrouve en toi
Un frère, un autre époux, un coeur fait comme moi,
A qui l’on peut s’ouvrir, ouvrir toute son âme ;
Pensif, tu comprends bien les chagrins d’une femme :
Tous m’aiment tendrement ; mais ta bouche et tes yeux,
Mon fils, au fond du coeur vont chercher les aveux.
Pour notre sort commun, demande à ton aïeule,
J’avais fait bien des plans, – mais il faut rester seule ;
Nous avions toutes deux bien rêvé, – mais tu pars ;
Pour la dernière fois, le long de ces remparts,
L’un sur l’autre appuyés, nous causons, – ô misère !
C’est bien, ne gronde pas… Chez la bonne grand’mère
Rentrons. Tu sais son âge : en faisant tes adieux,
Embrasse-la longtemps… Ah ! nous espérions mieux. « 

(Auguste BRIZEUX – 1803-1858) 

Train dans la neige, la locomotive (huile sur toile) de Claude Monet

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Le thème du mois : le départ

A la veille du 1er janvier, j’ai le plaisir d’introduire le nouveau thème avec une toile de Claude MONET (1840-1926) et une poème de Auguste BRIZEUX (1803-1858).J’espère que ces deux oeuvres seront un moteur pour tous les peintres et poètes de la SPAF Lorraine qui participent à l’animation de ce blog.




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