Archive pour la Catégorie '* MECKLER Marilène'

Départ

Sablier de nos instants dispersés, 

Le dernier appel sonne le glas 

      Et la mer se retire. 

Avec elle, notre sève de vie 

    Lorsque tu t’enfonces 

Dans le silence des eaux meurtrières. 

  Recroquevillée sur la grève, 

J’écoute les salves désespérées 

  De l’écho bientôt disparu. 

Frénésie de pleurs nouée à mon corps. 

  Le temps que tu voulais retenir 

S’est caché dans sa coquille ; 

Il ne reste qu’un trou béant 

Où grince le moulin de nos ailes brisées 

Pause

La neige ralentit de minutes de plume 

Mon horloge en émoi sur les murs endormis. 

Contre les draps rêveurs dorlotant mes semis, 

Pourrais-je enfin poser mon front qui se consume, 

 

Au toucher du coton, mes landes d’amertume 

Trouvent la clé des champs que tes yeux ont soumis. 

De rires enfantins, loin des bruits ennemis, 

Un été de blé mûr va consoler ma brume. 

 

Un silence nouveau m’ouvre des univers : 

Pour un pèlerinage aux lieux saints des hivers, 

Il s’apprête à m’offrir son traîneau de fourrures. 

 

Mais voici ton navire et sa fête d’un soir 

M’emportant sur les eaux d’avides aventures 

Où tes vagues auront l’embrun grisé d’espoir ! 

Hiver (Rondel)

Les ailes blanches de la neige 

Couvrent tes mains de baisers froids ; 

Viens te réchauffer sous mes toits 

Que l’or du nouvel an protège. 

 

Quand les vœux tressent un cortège 

D’espoirs cheminant sur nos voix, 

Les ailes blanches de la neige 

Couvrent mes mains de baisers froids. 

 

Vis avec moi le sortilège 

De charmer l’hiver de nos doigts. 

Musicien de mes sous-bois, 

Ton vent réunit en arpège 

Les ailes blanches de la neige. 

Tes mains

Leur passion nouée à mon corps
Appelle une source
Nourrie au lait des lunes fécondées.
Tes mains comme des ailes repliées
Sur mon regard assombri de nuages noirs
Attendent que passe l’orage.
Tes mains comme des ailes ouvertes
Battant si fort que mes paupières s’envolent,
Avec les feuilles mortes
Pour ne plus voir l’hiver.
Parfois, trouvant sur ma peau
Une colombe apeurée,
Elles se fardent d’innocence.
Puis au cri du désir,
Chaudes au creux de mes reins,
Font trembler les flammes de l’enfer
Sous mes ongles !
Aventure charnelle…
Quand l’instant se drape du vieil or des cantiques,
Quand le profane épouse le sacré
Dans l’ombre des doigts croisés.
Plus tard,
Au seuil de l’oasis où le vain mot s’éteint,
Jamais abandonnées,
Elles partagent le pain à mes jours de disette.

D’un enfant devenu grand à sa mère

Toi seule protégeais de sourires berceurs
Mes yeux écarquillés au passage des lunes
Dessinant sur le noir mes chagrins et mes peurs,
Avant que le sommeil m’emporte en ses lagunes. 

Dans ton regard soyeux, je voyageais souvent
Sans délaisser le nid de tes bras en guirlandes :
Mon petit cœur volait sur les ors du levant
Comme une balancelle aux pays des légendes. 

Ta voix d’une flanelle apaisant l’ouragan
Trouvait toujours la clé de mon pauvre silence.
Tendresse enveloppante aux vertus d’un onguent
Soulageant d’un baiser les bobos de l’enfance. 

Maman ! ce mot si doux inventé par un dieu,
Ce mot déjà connu quand restait sur mes lèvres
Un goût de lait tiédi pour un babil joyeux,
Ce nom miraculeux qui dissipe les fièvres ! 

A présent que mes jours s’effacent au lointain,
Ta fontaine d’amour coule encor dans mes veines,
Toi qui sais pardonner si je m’en vais, hautain,
Vers d’autres océans, séduire les sirènes. 

Passion

Cri d’angoisse venu des balcons en prières
Pour la vierge pleurant du cristal rédempteur :
C’est l’homme qui renaît du sang de tes rivières,
Après un long voyage au sommeil de son cœur. 

Balancement du ciel dans le frisson du risque,
Avant que le vitrail ne tombe dans la mer,
Ton église devient harem où l’odalisque
Pétrit notre désir aux formes de l’enfer. 

Marque nos corps félins avec des croix de flammes,
Enchaîne d’un regard les chevaux andalous.
Ton verbe se dénude aux fenêtres des drames,
De jour comme de nuit, peuplés d’amants jaloux. 

L’amour du flamenco sacralise ta bouche,
Quand le baiser s’y perd dans un chant éternel.
Tes mantilles de braise ont préparé la couche
De l’esclave des sens pris à ton jeu charnel. 

Au-delà de tes yeux brûlent nos crépuscules
Et nos âmes de sel que déserte l’oiseau.
Envoûteuse au jupon frangé de libellules,
Rafraîchis tes ardeurs aux larmes du roseau. 

Adieux

Silence d’organdi
Mouillé du sang de l’étoile mutilée
La nuit a dénoué sa chevelure,
Bleu-sombre sur mon cahier.

Dans chaque source,
Gît un peu de moi,
Un peu de mon encre diluée.
Et la rivière s’habille de paroles tristes. 

Sur un bateau d’ivoire,
Mes adieux passent,
Dans le gémissement des lunes voilées.
Personne ne le sait,
Pourtant l’éventail s’embue de larmes. 

Tremblement de l’étoile
Au petit matin.
La dernière page tournée,
Je m’efface à la croisée des chemins,
Mon corps de papier à jamais déchiré,
Mon âme-plume à jamais envolée ;
Epilogue, au vent, écrit. 

Marilène Meckler

marilenebuster.jpg 

Depuis 1995, j’ai choisi l’écriture poétique (classique ou libre) comme réponse à mon besoin de créer.
Le dialogue avec la page blanche m’offre des pauses dans une vie trop active (direction d’établissements de santé et médico-sociaux). Alors je laisse voyager la plume dans mon imagination et je renais à chaque poème.
Membre agrégé de la SPAF, Sociétaire de la Société des Poètes Français, j’ai bénéficié de l’édition de quatre recueils en tant que lauréate des prix suivants :

-          Grand prix des poètes lorrains 2001 : recueil « Catharsis »
-          Prix de l’édition de la Société des Poètes Français 2006 : recueil « Passagère du vent »
-          Prix de la Nouvelle Pléiade 2007 : recueil « Dans le regard des jours »
-          Prix de Châteauneuf du Pape 2008 : recueil « Sur les ailes des mots »
Autres prix obtenus :
-          Grand prix du LIEN à Metz en 2002
-          Grand prix du Salon Orange à Reims en 2002 et 2006
-          Grand Prix de la Maison du Boulanger à Troyes en 2003
-          Prix de la Vallée des Rois à Tours en 2003
-          Alérion d’Or (Grand prix des Grands prix des poètes lorrains) en 2003
-          Grand Prix des écrivains de l’Ouest à Rennes 2006
-          Prix Georges Riguet à Monceau les Mines en 2007

D’après moi, voici une des plus belles définitions de la poésie :
« La poésie comme la prière est une échelle vers le ciel » (Virgil Gheorghiu)

Voeux en rondel

Voici un rondel pour souhaiter une heureuse année à la grande famille de la SPAF :

Sur l’eau paisible de vos yeux,
Janvier fait voguer sa coquille
Berçant des vœux au goût vanille,
Pour chaque jour d’un An soyeux.

Vos mains protègeront des cieux
L’arbre que le vent déshabille ;
Sur l’eau paisible de vos yeux,
Janvier fait voguer sa coquille.

Le temps des Froids silencieux
Rassemblera votre famille.
Quand la neige coudra sa mantille,
S’en ira le courroux des dieux,
Sur l’eau paisible de vos yeux. 

Marilène Meckler 

 




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