Archive pour la Catégorie '* MULLER Jacques'

Pacifique journée

J’ai vu des scarabées dorés gravir les raidillons d’une Rome embrumée,

et les maisons de séquoia écloses comme les pâquerettes, couleurs de joie si vives,

couleurs de femmes peintes, comme ils disent.

J’ai deviné l’océan soupçonnable à peine dans la grisaille

maraudeuse, et les navires cherchant à tâtons la faille

sous les ponts des oublis.

Voici monsieur le maire bénissant des couples hilares, venus du fond de leur revanche en cortège nuptial, comme les goélands endimanchés et bavards, sur le parvis des tilleuls et des gays amours.

Après le carrefour saillant, le taxi plonge tout droit dans la baie du bonheur ;

nous irons, tout à l’heure, manger des harengs sur le port et saluer Alfred, le manchot breton qui cuisine des crêpes au crabe sur l’embarcadère.

Ce soir, sous chapiteau, le cirque cinq étoiles donne le festin du rire, avec service au pas de course

Demain dimanche, nous serons à l’église pour chanter à tue-voix le gospel qui balance les cœurs dans l’incantation de la houle montante ;

le voisin qui me prendra la main sera africain ou jamaïcain, chauffeur de bus ou pilote : qu’importe puisqu’il s’agit de faire le tour du monde meilleur en chantant !

Les jardins du Presidio, emplis de fleurs nuptiales, ont le sourire de Marilyn,

un vieil infirme,

en mendiant, me l’affirme ;

mais à présent, c’est Robin Williams sur sa bicyclette jaune qui tient la corde ;

il me l’accorde.

Dans Chinatown, d’étal en étaux, les marchands ont effacé les trottoirs et l’on gagne de l’espace vital aux frontières des quartiers ;

le ciel est tapissé d’oriflammes sanglantes qui s’écoulent sur les façades.

Lin Fu vend aux Russes du bien mauvais vin, et aux Japonais, son âme, avec des épices étranges ;

son cousin assure des tables et des hôtesses de luxe au sous-sol d’un bouge ténébreux, apparenté à un cabaret.

Je n’ai pas vu le clair de lune sur Alcatraz.

A l’entrée du musée, Rodin pense une fois de plus, qu’il n’est plus temps de philosopher.

Forêt noire

Les vaches clochetent dans la danse des grands pins ;

ils balancent lourdement leurs mâts sous la bruine de septembre, là-haut, dans les hautes vagues de la lumière en pâturage.

Hier soir de lune, Traudel a tressé une longue natte blonde, devant la cheminée de chêne massif où flammèchent les esquilles d’un espoir encore tout vert et secret ;

elle a le regard égaré dans des yeux de jade sombre, et la peau laiteuse aimée de ses agnelets

Hansi fend le bois dans la remise de son cœur automnal où croissent les chrysanthèmes des mauvais jours ;

il songe à ces femmes qui l’ont trahi et qu’il voudrait brûler de ses buches au fond du Hexenloch.

Martha, la sage, qui a usé ses mains au bréviaire des anciennes coutumes, ira ce dimanche encore sur la colline, prier Maria in der Tanne et allumer un cierge pour dissiper la brume mécréante de sa mémoire

Sorti d’un hasard joyeux, un tortillard s’affirme et, facétieux, trépigne d’allégresse sur ses rails serpentins ;

il siffle au passage les brouteuses en robe bicolore.

Au bord du ruisseau, enfant échappée de la Grande Cascade et du livre des légendes, Joséphine pose ses pas de vair entre les colchiques et la chanterelle ;

les truites fugitives finiront -c’est sûr- dans la poêle, au son de son appeau ;

au printemps prochain, ornée du Bollenhut, son cœur rouge vif sera à prendre.

Dans le vallon, le moulin a broyé toutes les joies d’hier, et toutes les peines ;

mais le grain de l’aube nouvelle est à moudre.

En forêt, comme en cuisine, le coucou ubiquiste s’égosille à chanter qu’il faut vivre, et vivre encore, le torrent de beautés qui se déverse dans le silence…

Sourire de l’Ange

… éclos dans l’attente immémoriale d’une apothéose universelle et les prémices irrésistibles des éclats de la Joie,

gardien et signe de passe de la Jérusalem céleste, Cité aux splendeurs innommables,

tu combles de certitude les abîmes de quête à travers les âges pétris d’orgueil et de suppliques, d’agitations grégaires et de moinerie sublime.

Circonscription intangible d’un siècle élu, celui d’un saint devenu roi ;

alpha et oméga de la raison d’aimer, plénitude aboutie dans l’exaltation…

Dès lors ;

passons sur la légende dorée et ses prodiges, le martyrologe déroulé dans le lithique des drapés, et les chœurs processionnaires dans la grande nef des fous en pénitence ;

au diable les rapines de Margot l’Enragée, place de la Bourse, et aux bouches des enfers, les horreurs de la guerre (la dernière salve te fit perdre la tête), la quête du Graal et le roman de la rose, chantée par les troubadours, effeuillée sur internet ;

rose vive et pourtant si déliquescente, infatigable semeuse d’épines sur les chemins de compassion ;

toute cette humanité dérisoire dans son fait et qui ne sait plus penser son destin !

 

Je ne veux pas lire sur tes lèvres épanouies le livre de la sagesse qui n’appartient qu’aux âmes d’exception :  Socrate le phraseur, un autre demi-dieu, et le laveur de vitres qui seul sait ouvrir les yeux ;

et les compromis, en bon usage des strabismes paralytiques, ne se marchandent pas avec l’aiguilleur du ciel.

Non, ces lèvres du Savoir révélé ouvrent les portes de songes plus beaux, plus vrais que la vie, et que seule la poésie, art suprême, peut incarner ;

ne badinons pas, là réside le seul paradis.

Boulevard des Emotions, dans la pâte d’un vieil or couché au couteau solaire, mon double prosaïque, exalté, me dit à sa manière : « Mille hommages à ces bourgeois de la ville des villes qui ont su créer cette perspective rarissime sur la proue de ce vaisseau de lumière ! » ;

et qui mène jusqu’à tes pieds, bel ange ;

jusqu’au rivage de ce sourire, qui pleurerait presque de bonheur…

Océan

Babel étale de mille langues mouvantes à l’infini indompté de l’inconscience…

Les goélands rabâchent l’entêtement de ton vouloir à l’affrontement de la falaise où le fracas de l’écume chante une histoire immémoriale et sans autres annales que celle d’une salive froide et fugace, rongeant inlassablement des rocs nus, impassibles et vaincus.

O libres propos de l’océan à ses légendes et ses infinités prospectives ! Haute et puissante houle au déhanchement prodigieux, dans l’immense parcours des simples savoirs… Bien au-delà des limites de l’imaginaire s’étendent encore des territoires que seuls les rêves aventureux, imprégnés de fraîchin, ont su annexer.

Mais les matelots polyglottes, forçats de la transhumance en coque d’acier, ne chanteront plus les routes de l’ambre, des épices et des mirages, dans les gréements de leur audace

 

Jadis la profusion des chandeliers illuminait les vitraux d’une abbaye ;

on y lisait, sur l’arête du promontoire, la saga des miracles et le passage obligé vers la baie sacrée, vers le repos assuré du pêcheur.

Temple assis sur la mer et les colonnes délicates, bras tendues en prise du firmament à portée de pinacle !

Ainsi flambait la flamme des moines marins, chantant a cappella, dans la nuit transfigurée du littoral, la psalmodie d’un phare inégalable, aujourd’hui éteint ;

céleste cité en lambeaux…

 

C’est pourquoi les maisons aveugles, et noyées de chagrin, ont tourné le dos à la mer.

Pour une autre cantilène dont seuls les refrains étaient encore de mer, mais la geste inscrite dans le granit d’un drame suprême.

Ombres encloses dans un jardin des oliviers fantomatique et découpées dans l’orage des tourments ;

ronde d’une nuit, exhaussée au pied de la croix, pour la représentation d’un théâtre tragique, fondateur et éternel, sans autre décor que les tentures mouvantes du ciel…

Comment, incrédule, ne pas s’émouvoir devant tant de naïve et sombre beauté !

Hommage aux sculpteurs des chemins de la foi !

Jardin de la sérénité infinie

Outre temps, du toit enneigé d’un monde inspiré, à travers les âges nus, un Océan de sagesse est venu offrir un libre hommage à l’empire des puissances terrestres, dans ce jardin de la sérénité infinie…

Lac tranquille aux nénuphars cloisonnés, entre les joncs manchonnés de velours noir, entre le rose nacré des calices étoilés, entre les lotus blancs et les iris en liens de sang bleu, sur ses lèvres mordorées, l’onde, joueuse à peine, unit de sa robe suave l’immense étendue de ses riches émaux dans la tiédeur du soir.

Un savant silence peint le fond d’or d’un théâtre naturel où déjà se meuvent des apparences porteuses de lampions aux trouées de vivants soleils. Les fourreaux emblématiques de processionnaires égéries franchissent l’ombre du poirier où se dénouèrent tant de subtiles intrigues; froissement de la soie sur des semelles muettes jusqu’aux abords du pavillon de la bienfaisance où sera bientôt servi le festin des cultures de l’esprit dans la faïence précieuse des émerveillements.

Sous les masques de jade qui ont traversé des siècles de marbre, dans la plainte des cordes pincées au quart d’émoi, s’insinue l’extatique sourire du bouddha repu de sagesse. Songeant sans doute aux lointains guerriers d’argile dans les travées de l’empire d’un mort ; empreinte fossilisée d’une monstrueuse folie en marche vers les portiques du néant. Armée d’orphelins dépouillés de leur âme et dressés dans leur superbe creuse, admirables fantômes des exploits consignés dans le dogme des vanités ; réincarnation glaiseuse d’un orgueil ébloui, gardant la poussière d’un improbable tombeau.

O que s’arrête, rien qu’une heure, le cours des turpitudes et des vénalités !

Le temps de boire les soifs de beauté dans la sombre laque des pupilles où dansent les feux mouillés d’une trouble tendresse.

Mouvance des mains, mouvance des corps, chorégraphie des mimes subjugueurs sur la scène des abandons consentis, le charme emprunte les chemins d’une langue sibylline pour réduire la raison à son lit de jouissance.

Séraphiques vénustés, sentinelles d’une Chine éternelle, officiant au seuil d’un éden qui surpasse les splendeurs de la Cité céleste dans ses ordonnancements lithiques et de santal…Cette nuit sera un fleuve de purs diamants où s’abreuvent les dieux de toutes les félicités !

Sous les figuiers

Sous les figuiers faiseurs de rêves

et la mollesse des abandons serviles

le vieil Anglais qui fut mangeur d’opium

étalait l’offrande de ses grêles os

au brasier de Midi-purificateur

Les paupières pellucides en persiennes

le regard arrimé aux rives d’un lointain azur

et tout à la songerie des temps fameux

où les zéphyrs enfantaient la douceur de vivre

dans les palmes d’un empire tropical

 

Sous les figuiers porteurs de fruits amers

coule une fontaine de thé vert

La servante au galbe chantourné

libre chevelure et capiteuses effluves

chantonne la mélodie lascive

des natives d’amours enamourées

Le gravier grafigne dans les allées

et le jardinier parfume de roses pâles

les fées ailées qui murmurent dans l’air

une prosodie pour les hôtes du paradis

 

Sous les figuiers faiseurs de rêves

les heures se consument comme le tabac

et la mémoire s’invente une ancienne vie

peuplée d’oiseaux moqueurs et de singes rieurs

de soies flamboyantes comme les coulis de soleil

sur l’ambre des paysannes en libation

et le cuir mouvant des pachydermes

peuplée de palais marmoréens et de sucre d’orge

où des courtisanes mangeuses de pierres précieuses

éventent la paresse des princes en pagne

 

 

Sous les figuiers infusent les jours dénudés

jusqu’à la chair suffocante de l’été défaillant

au pied d’un océan de langueur

Le vieil Anglais – qui avait appris le français

sans accent au cœur de l’antique Albion -

pensait à haute voix aux jardins

de Bangalore et de Pondichéry

où la volupté naissait sur un lit de fleurs

et où la mort ne pouvait se concevoir

que dans le sourire d’un dieu dansant

Te arii vahine (la femme du roi)

                       

La caresse des courbes, et déjà l’invite au trouble des sens…

Chair de mangue exquise dans les cloisonnements du tendre,

tu ne seras plus le fruit défendu aux lèvres du désir,

là où les palmes filtrent le miel de la lumière,

là où la mer affairée à son offrande d’écume

lisse, inlassable, un lit de sable rose et de succin

aux nudités esclaves des libertés souverainement captives

 

Le temps est insensé où se livre la raison aux Maîtres-du-jouir

où s’évaporent les mots exsangues d’une langue devenue inepte

à dire la transparence de l’heure en son abîme de tempérance

Affranchie des mimétismes, dans l’éblouissement d’un jardin hiératique,

la main naïvement prodigieuse enfante un absolu

sur la scène d’une genèse si calme, si langoureuse, si lénifiante

et les couleurs de l’épure, épanouies en un usage révélé

 

Rêve des rêves certes, mais sous une peau si suave !

La toile des jours immobiles imprégnée des tropiques libidineux

embrase les ombres paresseuses dans la luxuriance des fruitiers

Voici un don qui sied aux dieux que de peindre les natives exaltées

chantant la rumeur de mer qui court dans les veines du plaisir,

à sa plus forte emprise, à son abandon suprême, à son plus grand éclat !

Et peuvent enfin mourir tous les possibles dans un bonheur accompli…

 

 

 

 

Anges

Poète marchand de nuages dit Baudelaire

Et moi j’avais longtemps gardé la tête en l’air

où flottaient des anges crépusculaires

en aubes bleues et tendre rose

Tu as illuminé la poésie des couleurs

de cette sublime candeur

et même les mystères de la foi

que l’on retrouve quelquefois

sur les murs glacés des cathédrales

Enfant des tremblants miracles

qui transforme les morts-vivants

d’un monde insignement insignifiant

en bergers d’une moutonneuse féerie

je m’émerveille de ton bestiaire

qui anime mes insomnieuses nuits

J’aime surtout le coq flamboyant

échappé de la grande pâque russe

qui vient picorer la descente émaillée

de mon lit de fleurs orphiques

Et puis l’âne sacré de la Bible

portant docilement mes vierges amours

par-dessus les toits de la ville

jusqu’aux jardins éthérés d’un nouvel Eden

W. A. Mozart

Dans les bourdonnements du jardin orchestral, les pas cristallins de l’archange solitaire, semant l’heure pianistique d’une si claire confidence ; allée des désirs gracieux, entre les topiaires ciselés de la mouvance des archets, les fontaines en pluie de lumière, dans la ronde de flamboyantes couleurs…

Et dans la rosée, la phrase du bout des lèvres humectée, offerte à l’instant élu qui s’étonne pourtant de sa propre conception ; majeure épanouie dans le bouquet des profondes simplicités, qui emporte le cœur dans les commotions de la beauté.

 

Intime pudeur en quatuor où se mire la nostalgie d’un astre inaccessible. Le fuseau des cordes pour esquisser les traits d’ombre qui souligneront dans la profusion de lumière, les flots de la ligne pure. Ici se transcendent toutes les misères dans une ingéniosité si limpide qu’elle nous restitue la dentelle des émois.

 

Haute couture de soie, de broderies, de volutes, et le sourire congénital à cette légèreté précieuse découpée dans le vif du ciel, là ou le séraphin garde la porte du paradis. Labiales des sens en consonances de douceur et d’allégresse : infinie variation de la même essence, du même parfum charmeur, dans l’alchimie de la mesure et des sons.

Derrière la transparence des voiles vibrent les charmes exquis, fardés de pudeur.

Enfant de l’art identifiable entre tous les sortilèges bienheureux. La tristesse même n’est qu’une vaporeuse évocation dans cet éternel printemps !

BWV – J.-S. Bach

Mer

mer génésiaque,

mer de certitude absolue,

mer accourue du tréfonds des âges sonores,

mer nourricière des hautes colonnes ecclésiales,

mesure à mesure, exacte houle et houle exultante pour clamer la joie juvénile, pour proférer la foi festive ; houle portée parfaite par le peuple des anges dans les feux du prisme musical… Ah les croisées de ces lignes si pures à nouer et renouer les cordes exaltées dans la tessiture de la trame tenace ! Houle encore battant l’éblouissement de ses éclats à l’ouverture de la fresque céleste…

 

Mer matrice mathématicienne, enfantant le soutenu à l’infini, et pas de pèlerin dans les registres de la voix humaine, sûre du chemin à parcourir dans la résolution de l’âme première; l’entrain singulier et pourtant si simple surpasse la cadence des légions césariennes. Cette allure a déjà conquis tous les modes et marche encore dans son inlassable transgression.

 

Clameur en chamade cuivrée, ourlée de lèvres en épousailles d’une même modulation ; entrelacs de la langue dans les couleurs processionnaires ; lignes ascensionnelles du discours vers le sublime sacré.

Dans la palette des émois, la tessiture du hautbois cursif ou la chaude parole d’un cuivre déclamatoire sculptant une métope en mode dorique.

Bientôt l’équilibre bienheureux dans le suspens des phrasés, et l’élévation de l’âme en plénitude, quand l’harmonique prolonge son arrêt sur cœur.

La symétrie d’Apollon-concepteur tient le monde sur une corde chantante si longue qu’elle unit Hildegarde et le cantor de Leipzig dans une même offrande musicale… O plénitude !

 

Bruissante forêt aux dix mille fûts, aux cent espèces et aux rares essences ; tous les vents du monde y insufflent une sève vivifiante et les timbres de la console peignent les voûtes des chapelles intimes.

S’élance la phrase exclamative, essentielle issue d’un livre sacré, des antiques vérités,  et de la grammaire grégorienne ; s’élance dans l’ample creuset de la partition en fugace cheminement, prestement suivie de ses ombres gigognes dans la déclinaison d’une irrévocable assertion. Des multiples reprises des fondations s’élève une brodeuse architecture et le doigté aérien file la toile dans l’allégresse irrésistible du métier.

 

Nef dans la nef, proue colossale, proue vertigineuse à l’aplomb des introïts solennels ; au lever de la tempête, dix mille bouches d’une seule voix jubilante, pour emplir les abîmes de la méditation achevée, la parole révélée, d’un même élan jusqu’aux croisées d’ogives !

 

Dans les rondes majeures, la solennité d’un arc-en-ciel, puissance du souffle à son tremblement ; double quarte qui s’oublie dans une infinie et éternelle acception, dans une infinie et éternelle vérité… Dense félicité en résonnance d’un point d’orgue monumental !

Au lointain de perfection, des portes d’or s’ouvrent sur une transfiguration.

 

Et puis la sous basse en sourdine pour sonder les mystères de la foi ; âme esseulée courant des travées imaginaires, fidèle aux mains inspirées dans le fleuve d’une écriture improvisée. Ces chemins aventureux franchissent pourtant des terres de connaissance vers un lointain si dense qu’il chante une prière.

 

Primesautière allégresse des arabesques dans l’exploration de toutes les possibles légèretés de la perpétuelle invention…Sensualité des timbres en duetto enlaçant des colonnades manuélines ; et puis halètement, course folle, danse joyeuse de l’âme éprise de tant d’efflorescence.

Dire et redire encore dans toutes les langues chantantes la Babel musicale incessamment ressurgie de ses ondes : la voici illuminée de tous ses feux, la voici dans sa chape orchestrale aux glorieux éclats. Magnificat !

 

O joie grandiose, libre effervescence dans les flots ininterrompus de l’œuvre vivante !

Lignes de beauté incommensurables !

Zone maudite

Modernité à ton épopée d’un nouveau siècle

je ne chanterai pas tes charmes et tes hérauts

car je te hais, société du paraître en clinquance !

Sonnant et trébuchant la monnaie de singe

de tes agitations dans le cours des temps à reculons

Chair dépenaillée des jours fileyeurs charriant

leurs flots d’ombres momifiées dans des fleuves de bitume

dans les boyaux fétides des mégalopoles

à la vitesse intenable des diarrhées incurables

Légions de spectres mutilés étudiant leur errance

dans les soigneuses allées de hangars rutilants

où s’apprivoise la hâte à nourrir l’inanité de l’être

de la richesse de son néant.

O frères de misère absolue !

 

L’œil est dans le salon et regarde Zombie

 

Dans le carrousel aux fraîches images

des sourds jacassants font la leçon des choses

à des muets hébétés prenant la mesure

d’un monde à l’aune de leur duplication

« - A l’étranger, rien ne va plus en terre africaine :

le roi Moult-Fêlé qui règne en maître absolu

a répudié sa huitième épouse accusée

de fomenter un coup d’Etat au bénéfice

de son amant qui a été passé par les armes ! »

De notre correspondant permanent Nestor Voitou

« -En France, le président de la République

a brisé un miroir en voulant raser de près

le flot de vérités qui envahissait son esprit »

De bonne source, mais non rendue publique.

 

L’œil est dans la vitrine et regarde Zombie

 

Qui a coupé les têtes du dieu Chronos ?

Sans passé et sans avenir le présent agonise,

vidé du sang des lumineuses signifiances

Voici l’instant impérial consacré

sur l’autel de toutes les jouissances ;

Sodome et Gomorrhe perpétuelles licencieuses

gavées de l’objet tangible de tous les désirs

Homme et femme androgynes d’une même solitude

partagée dos à dos dans le sursis de la méfiance

Homme et femme au regard louchon

s’enivrant  à l’abreuvoir du Veau d’or

se nourrissant des chairs de leur image même

et livrant à la fulgurance des messageries

l’indispensable bégaiement de leur pauvre histoire

 

Zombie n’a pas fermé l’œil de toute la nuit

 

O Guillaume ! Je chanterai la chanson du bien-aimé

sur le pont de mes rêves prolifiques, de mes songes bâtisseurs,

sans tour Eiffel, sans automobile et sans aviateur

pour peupler le paysage des beautés fanées

qui subjuguent les âmes simples depuis l’aube des temps ;

sans calligrammes en échafaudage pour blanchir

les horreurs urbaines enfantées par un indomptable Moloch.

Je me laisserai bercer de mots en notes fredonneuses,

en strophes liées comme les épis moissonnés

sur le flanc des jours familiers et si clairs ;

si clairs qu’ils suffisent à éteindre l’orchestration

convenue de toutes les médiocrités rabâchées

par la congrégation des nouveaux prêtres

chargés de divertir les cathodiques âmes abandonnées.

Résonances

Grêle et grelottante compagne

libératrice des insomnies

pétrie de la chair des silences

monocorde mea culpa émergé

de la nuit des temps immémoriaux

chantant a cappella la litanie

des solitudes aux fraîches matines

la cloche égraine son chapelet têtu

de croches prolifiques

 

Midi carillonneur exalté

de la grand’messe endimanchée

à toutes volées de vierges robes

dans le solennel débridement

de Pâques et des printemps hiératiques

Confrérie de dames rieuses

aux éclats de cœurs festifs

c’est toute l’enfance qui bourdonne

dans la languide somnolence des jours

 

Et quand mai lentement s’étiole

au soir des fatigues géorgiques

et des ombres aux ruelles esseulées

les Parques enfileuses de sons

sur le fil des heures trépassées

à l’unisson doucement se lamentent

dans la partition insondable des nuits

Annonce faite aux mémoires étales

qu’il sera toujours temps de mourir demain

Sache mon ange,

notre purgatoire est peuplé d’âmes très chères qui hantent notre vie, des matins si pâles au bas des pages journalières, où la somme illusoire du faire ne composera pas la dense histoire de l’être à son destin.

Nous disions le monde tel qu’il fut, hélas, aux incessants instants de sa mort tant banale, en croyant écrire ce qu’il aurait dû être du sang frais de nos espoirs inavoués.

Nos paroles étaient une chanson des rues, dans la partition du tendre, quand, au quotidien exsangue, roulaient les tambours de la médiocrité.

Je rêve toujours de ce mot rare et juste, suspendu aux colonnes du savoir comme le fruit d’or au jardin des délices…

A coup sûr tu l’aurais nommé, épelé dans sa chair originelle et savoureuse, exempt de velours et de cuir.

Sur le marbre des œuvres éphémères, il me reste ce sourire à l’accent séraphique, porté par une irréductible compassion, et qui ne voulait pas croire à l’enfer des hommes.

Attente

Le jour se conçoit sur les paupières brûlées des vaines attentes.

Proférer l’instant sacramentel et profaner l’accomplissement du verbe ; où est l’habit de féérie qu’avait revêtu le mage génial pour déclamer le nouvel ordre des mots dans la rubrique des drames ordinaires ? La pointe de l’aube entre les persiennes du devoir palpite à peine d’un espoir, s’insinue encore après l’horreur des nuits pendues aux stations du chemin des heures maudites. La pensée fileuse se fourvoie aux détours de la période chaotique, mais vibre toujours dans la trame du poème en marche.

Plus sûrement que la suite des nombres, l’astre accouche son océan d’ocre rouge ; et dans la plus haute rythmique du silence exultent les splendeurs de tous les devenirs. Je te déclare né du sceau de mon orgueil !

*

L’été craquant de félicité dans l’orage d’une caresse ; pourquoi tes baisers à fleur d’extase ont-ils péri dans les arpèges du souvenir au bout du chemin de dévastation, un matin du huitième jour de la semaine ? Que d’heures tapantes au clocher de déraison nocturne et taciturne à quêter l’éclosion d’un oracle, métaphore du sourire de la prêtresse au verbe nouveau-né, chantant la méthode d’amour dans le texte initial des tables de la joie.

L’élan d’un pur désir dans les tambours feutrés de l’attente éclate en pluie de soleil sur un lopin de bel Eden, quand, au retour du quart ou de l’heure, à la virgule fortuite d’un regard cinglant l’outre-mer ou au point d’orgue de la périphrase vêtue de cristal et de lumière, s’ingénie le lustre d’un genou gansé d’une parenthèse de séduction.

 

-Nuit

Nuit en toison d’ébène roulant ses ondes d’indolente houle et de soyeuses paresses sur l’ambre chaude d’une épaule offerte aux songes issus des hautes volutes du désir.

Nuit en éclats de saphir brûlant comme deux torches aux abords de la baie des retours de haute mer d’émoi, chargée d’épices et de plaisirs damassés de dociles douceurs.

Brûlant aussi comme le tranchant de l’épée brandie sur l’anneau des serments, et que nulle trahison ne vint dérober sur les chemins d’aventureuse mémoire.

Nuit vêtue de lascives voilures où s’enivre la beauté dans le miroir du silence et susurrant ses sédiments de soupirs entre les pages d’heures incantatoires, d’heures divinatoires comblées de la circonvolution intangible d’une attente subtile et sûre, comme le frôlement du parfum de la traîne vers la plénitude d’amour.

Amour

Froissant le bleu matin dans le lit de riches songes, la houle de haute nuit onirique frémit à peine sous l’haleine d’un baiser. L’onde nue et de tiède nacre love ses paresseuses courbes sous la caresse d’un désir quand s’alanguit l’heure de nulle raison, de nulle saison, dans l’embrasement du regard consenti où va mouiller une tendresse sans ancrage. Monte la grande marée des sens quand se lèvent les vents venus d’un pays de connaissance chargés d’effluves domestiques sur les rives d’un sourire en bouquet de parme ; chantent les vents portant l’humus d’anciennes merveilles jusqu’au tréfonds d’une mémoire agile et revisitée des frais espoirs de l’aube ;

soufflent les vents l’unisson d’émois éclatants

quand tombe la mûre moisson des mots d’amour.

Réception amicale en mairie d’Angevillers

Pour rendre hommage à Jacques MULLER, Grand Prix des Poètes Lorrains 2013, sa commune, Angevillers, a organisé une réception fort conviviale en son honneur, aux côtés de son épouse, d’amis, de représentants d’associations, d’élus et d’enseignants. J’ai eu l’honneur d’y représenter la SPAF Lorraine et de présenter le recueil primé ainsi que le talent poétique de Jacques, qui a expliqué la genèse de son inspiration et remercié l’ensemble des participants. Une belle soirée pour laquelle on peut rendre hommage à la commune et son maire, Mme Marcelle Brière. (Texte A. Bemer – Photos G. Legrand)

Réception amicale en mairie d'Angevillers dans * MULLER Jacques rlangevillerscouleurs

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Article paru dans le Républicain Lorrain

 

vendredi 6 septembre 2013 17:57:02

Publiée le 05/09/2013

culture prix des poètes lorrains 2013 Des souvenirs éblouis aux Industrieuses amours

De son second ouvrage, Jacques Muller, Grand Prix des poètes lorrains2013, avoulu faire un instrument de partage d’impressions et d’émotions.Notez cet article :

 Article paru dans le Républicain Lorrain dans * MULLER Jacques muller-jacques-100x150

Jacques Muller, Grand Prix des poètes lorrains 2013. Photo DR

Le Grand Prix attribué à Industrieuses amours ( Éditions Baudelaire ) est « très satisfaisant », de l’aveu de l’auteur. Mais il ne fait que rendre plus belle l’expérience d’écriture à laquelle il s’est livré. Un élégant accessoire en somme, désormais associé à une œuvre que Jacques Muller porte depuis 40 ans.

Fils de sidérurgiste, né face aux hauts fourneaux d’Hagondange, il évoque dans ce livre les « souvenirs éblouissants » d’une jeunesse traversant les Trente glorieuses et dorée à la chaleur du métal incandescent.

« Très jeune, j’ai vu ces hommes, fiers de leur métier. Puis j’ai été au contact… », explique-t-il. En effet, étudiant en lettres classiques, le jeune homme se mêlera cinq années de suite, chaque été, aux autres postés, comme pontonnier : « L’automatisation était déjà en route ; l’expérience a néanmoins été très forte. Ce n’est rien de le dire. Un choc, pour moi qui étais pétri de culture classique. Un choc humain et esthétique. Il y avait quelque chose d’épique dans tout cela ! » Presque immédiatement, il forme le projet de « parler de cela un jour ».

Quatre décennies durant, cette ambition maturera. Le temps d’une carrière, au sein de différentes rédactions du Républicain Lorrain , qui, curieusement, lui permettra de vivre par procuration l’épilogue de la geste sidérurgique : « J’ai commencé en 1975, à Esch-sur-Alzette. Là même où les difficultés commençaient avec la fermeture de l’usine de Rodange et ses 1 800 suppressions d’emplois ! » Après Esch, le reporter rejoint Longwy dans les années 80 puis Thionville, au moment où ferment les hauts fourneaux d’Uckange. Durant toute cette période, il témoigne de la lente déliquescence du « peuple du fer » en professionnel de l’information. C’est-à-dire en pesant au trébuchet la part d’analyse économique, sociale et la dimension humaine qui mèneront au ton juste pour dire dans les colonnes d’un quotidien ce drame aux dimensions héroïques.

Lyrisme

Rangé des claviers en 2008, Jacques Muller a tôt fait de renouer avec la plume. Mais se jugeant incapable de commettre le roman, il opte pour la poésie.

Après un premier recueil salué pour sa force et son exigence en 2012, il s’est tout entier abandonné aux influences de ses « maîtres » – Saint-John Perse, Valéry, Apollinaire – pour restituer au fil des pages d’ Industrieuses amours le souffle de l’épopée. Celle qui hante sa mémoire depuis toujours. La matière, le travail, la cité, les maîtres de forge, le démantèlement : quatre chants et un épilogue pour narrer une de ces histoires d’amour dont on sait malheureusement trop bien comment elles finissent.

H. B.

De t’aimer je n’ai plus le coeur

De t’aimer, je n’ai plus le cœur
cité de ma jeunesse grise ;
de mille oiseaux chanteurs éprise
au soleil fondant des fondeurs

Le temps gorgé du sang des heures heureuses poursuit son blanc chemin anesthésique.
Les chatons pendouillent comme les regrets qui jamais n’ont enfanté la résurrection de l’humble gaité d’hier. Est-ce trop demander que de ne plus entendre, sur le clavier muet des absences, la voix graveleuse et cruelle du souvenir qui submerge la grève des vaines attentes ?

Visages aimés, visages de toujours, au front de la paroi rocheuse où vient mourir la déferlante des jours, enfants de la curie des innommables qui ont fui les éclats du bonheur ;
visages du don de soi baignés par le travail d’une mer de métal, d’une mer nourricière à ses marées de hautes et basses règles, et tout à la grammaire du faire dans le communautaire de l’esprit,
je vous invoque de toute puissance des émois !

Mais ce regard aimant n’est amarré qu’aux rives blanches et glacées des justes quartiers de l’heure nouvelle née, et déjà tombée dans la suite amnésique des nombres ;
regard mouillé de toutes les pluies versées les nuits d’orage quand les peines font craquer le ciel à l’horizon d’un courage anémié…
Dans cet outre monde, dans ce monde de jadis, les êtres avaient une face familière ; les choses également. Même le temps fané était doux dans son amas de feuilles mortes…

De t’aimer, je n’ai plus le cœur
cité de ma jeunesse grise ;
de mille oiseaux chanteurs éprise
au soleil fondant des fondeurs

D’autres cités

Des cités incrustées dans la carapace de crustacés monstrueux,
des cités enveloppées dans la plèvre grise de leur haleine toxiques, puant la chimie organique de digestions colossales,
saoules du râle de leurs gueulards embouchés jusqu’à la lie,
ivres du fracas scandé jusqu’à l’obsession et qui roule dans des veines tendues comme des rails ;
des cités ruisselantes de sueurs acides aux portes des exploits ;
des cités en nappes de champignons velus, ayant poussé aux pieds des pyramides de laitier, hautes et lisses comme les tombeaux des pharaons dans la vallée des rois ;
des cités aux draps de cendre flottant sur les pavés, les cours et les jardins ;
la cendre jusqu’au lit des chambres nuptiales,
là où des nichées ancestrales et multilingues dormirent à même la paillasse des rêves de terre promise ;
et puis les mornes figures des façades entrées en maladrerie sous les crachins de septembre,
mais aussi les caresses tièdes des soleils compatissants ;
des cités pleines de cette meute, lâchée à l’appel de la trompe, mugissante et pétaradante dans la thrombose des rues, et pleines de ces essaims d’insectes besogneux dégorgés de la ruche industrielle ;
des cités glorieuses du travail triomphant dans la noirceur des champs de mitrailles, et célébrant leurs hégémonies dans le vacarme des machineries ;
mais cités aimées des âmes simples qui savent écouter le temps, à sa grande rumeur, à son immense tâche.

Paolo

Novembre en culotte écourtée dans la cité de l’Espérance, que la solidarité polyglotte des manœuvres a édifiée, Paolo devant la porte close de l’affection, proteste de toutes ses lèvres tremblantes et muettes, le transi de son chagrin.
Fausse mère, oublieuse dans les bras de son amant, père peine perdue dans le labyrinthe de ses maçonneries ;
Paolo-Pinocchio rêvant à la Fée Bleue dans les morsures de la solitude, dans les palabres des mégères transalpines, et fuyant les quolibets des fils de porions jusque dans le tablier de Justine, la faible d’esprit qui réchauffe son sourire au coin de la cuisinière à bois !
Et puis des familles, tribus exotiques, quittant leurs baraquements fiévreux, dévalant les côtes de l’opprobre à la conquête d’une reconnaissance, d’une légitimité revendiquées, le front haut, l’œil cinglant et la parole sentencieuse, claquant comme le fouet sur les idées reçues tout droit de la bêtise ;
avec leurs maîtres-mots du courage, du labeur et du savoir-faire universels, en passe-partout des âmes récalcitrantes.
Ainsi se mêlaient les sangs des peuplades ouvrières accourues des plus sombres régions de l’indigence, pour engendrer les plus forts liens de fraternité dans le creuset de la considération.

Industrieuses Amours

Industrieuses Amours dans * MULLER Jacques muller-industrieuses-amours-presse-rl

Pour en savoir plus sur la sortie du recueil de poèmes de Jacques Muller intitulé « Industrieuses Amours », cliquer sur le fichier ci-dessous :
fichier pdf MULLER Dossier presse

MULLER Jacques

MULLER Jacques dans * 1 - Présentation des artistes muller-jacques
Jacques Muller est né en 1950 dans une vallée sidérurgique lorraine. Il se tourne
très vite vers la littérature, échappatoire la plus efficace pour se soustraire à
l’environnement métallurgique qui l’entoure, dans lequel il puise pourtant
aussi son inspiration.
Il suit des études littéraires, en hypokhâgne et khâgne, et travaille en parallèle
à l’usine pour financer une partie de ses études. Il devient ensuite journaliste
pour le quotidien régional Le Républicain lorrain, d’abord au Luxembourg et
en Belgique, puis en Lorraine.
La question des restructurations économiques et sociales dans la région lorraine
est un sujet qui le touche et se retrouve dans ses écrits.

Jardin de la sérénité infinie

Outre temps, du toit enneigé d’un monde inspiré, à travers les âges nus, un Océan de sagesse est venu offrir un libre hommage à l’empire des puissances terrestres, dans ce jardin de la sérénité infinie…

Lac tranquille aux nénuphars cloisonnés, entre les joncs manchonnés de velours noir, entre le rose nacré des calices étoilés, entre les lotus blancs et les iris en liens de sang bleu, sur ses lèvres mordorées, l’onde, joueuse à peine, unit de sa robe suave l’immense étendue de ses riches émaux dans la tiédeur du soir.

Un savant silence peint le fond d’or d’un théâtre naturel où déjà se meuvent des apparences porteuses de lampions aux trouées de vivants soleils. Les fourreaux emblématiques de processionnaires égéries franchissent l’ombre du poirier où se dénouèrent tant de subtiles intrigues; froissement de la soie sur des semelles muettes jusqu’aux abords du pavillon de la bienfaisance où sera bientôt servi le festin des cultures de l’esprit dans la faïence précieuse des émerveillements.

Sous les masques de jade qui ont traversé des siècles de marbre, dans la plainte des cordes pincées au quart d’émoi, s’insinue l’extatique sourire du bouddha repu de sagesse. Songeant sans doute aux lointains guerriers d’argile dans les travées de l’empire d’un mort ; empreinte fossilisée d’une monstrueuse folie en marche vers les portiques du néant. Armée d’orphelins dépouillés de leur âme et dressés dans leur superbe creuse, admirables fantômes des exploits consignés dans le dogme des vanités ; réincarnation glaiseuse d’un orgueil ébloui, gardant la poussière d’un improbable tombeau.

O que s’arrête, rien qu’une heure, le cours des turpitudes et des vénalités !

Le temps de boire les soifs de beauté dans la sombre laque des pupilles où dansent les feux mouillés d’une trouble tendresse.

Mouvance des mains, mouvance des corps, chorégraphie des mimes subjugueurs sur la scène des abandons consentis, le charme emprunte les chemins d’une langue sibylline pour réduire la raison à son lit de jouissance.

Séraphiques vénustés, sentinelles d’une Chine éternelle, officiant au seuil d’un éden qui surpasse les splendeurs de la Cité céleste dans ses ordonnancements lithiques et de santal…Cette nuit sera un fleuve de purs diamants où s’abreuvent les dieux de toutes les félicités !




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