Archive mensuelle de juin 2013

La marguerite

Comme au gré d’une marguerite,
Quel futur s’impose à l’amour ?
Voici depuis le premier jour
Ce frisson dont le cœur hérite.

Chaque être devient émérite
A rendre meilleur son séjour ;
Comme au gré d’une marguerite,
Quel futur s’impose à l’amour ?

Lors, fidèle au plus tendre rite,
Vivant baigné d’un peu d’humour,
Libérant l’âme sans détour,
Nulle amertume ne m’irrite,
Comme au gré d’une marguerite.

Syrie

                                                               Drôle, cet encrier que possédait mon père !

                                                               C’était un animal en bronze, un dromadaire.

                                                               Son dos creusé portant le couvercle bossu

                                                                              Passait d’abord inaperçu.

 

                                                               Il avait voyagé de Syrie en Lorraine

                                                               Dans la malle aux trésors d’un ami capitaine.

                                                               Il parlait de désert, d’oasis, de palmiers,

                                                                              Berçant mes rêves buissonniers.

 

                                                               Qu’importent maintenant Damas, Alep, Palmyre ?

                                                               J’imagine plutôt telle cité martyre

                                                               Où Bachar assassine en toute impunité

                                                                              Les amoureux de liberté.

 

                                                               Le journaliste intègre y devient une cible ;

                                                               Le mensonge s’ajoute à l’horreur indicible ;

                                                               Un monstre dissimule, aidé par ses nervis,

                                                                              Son goût des  peuples asservis.

 

                                                               Que la guerre s’éteigne en cette république

                                                               Où l’on a  dévoyé l’élan patriotique !

                                                               Que plus jamais n’y meure un enfant innocent

                                                                              De qui la terre boit le sang !

Lettre d’immortalité

Programmer l’envoi
Pour l’an 3000, d’un mot
A ses descendants.

Scène d’été

Le sang des coquelicots éclatants ne sèche pas,
les boutons d’or enfants du soleil rayonnent flavescents,
la coccinelle : bête à bon Dieu se pose sur la main
et le présage heureux enjoue.
Poids de plume l’herbe se balance au vent
comme la fiancée chavirée de l’été,
la lenteur semble effilocher la course du temps
et la quiétude épargner de toute emprise
l’air libre qui règne en partage.
Un secret éthéré écoute le chant du coucou
qui n’a pas construit son nid,
le trèfle à quatre feuilles se cache dans le pré
et portera chance au garenne et à qui se promène.
Plus loin, à sa lisière, le bois promet un tapis de mousse,
une petite route champêtre s’étire dans le paysage
bordé de champs où le blé a fait ses grains,
la moisson approche comme la rente des efforts de sueur.
Une jeune fille à bicyclette qui passe en tenue vaporeuse
apporte une présence fraîche au délice enivrant de juillet
et la lumière , là, a un regard qui vous fait rencontrer
d’autres yeux limpides et doux…

Je rentre chez moi (haïku)

Je rentre chez moi
Une nuit pleine d’étoiles
Un chien qui m’engueule

Songe de nature

Le clapotis d’une source glacée
Sur la pierre lisse et tachetée
Comme un œuf de pigeon doré
Entre les terres rousses d’une rivière…

L’eau me vient à la bouche de boire
À ce jet tordu de miroirs
Morcelé en des diamants noirs,
Reflets des herbes sèches de l’hiver.

Le soleil criant sous les branches
Atteint la petite avalanche
Dont les perles éclaboussent mes manches
Quand je me penche, genou à terre.

Petite fraîcheur contre la joue
Rougie comme la main dans la boue
Rentrant dans les pierres qui la clouent
Comme le cri strident d’une mère.

La mousse est un meilleur support
À ma peau que le froid dévore.
Je m’assoupis contre un tronc mort,
Ivre de glace et de lumière.

La danse orange des feuilles tombées
À la brise d’un automne léger,
M’échafaude une triste pensée
Grimpant vers le coin d’un ciel vert.

Les yeux dans cette hauteur, vissés,
Le corps monte comme évaporé.
Comme il me manque déjà l’été !
Automne, la saison du désert.

La miséricorde

Elle ne pense pas à blesser
Son esprit, léger comme la plume,
Ne connaît ni loi ni coutume.
Elle joue de l’amour comme aux dés
Et elle gagne…Ils sont pipés.

Rappelle-toi ! Les rayons du savoir
Tu voulais les voir éclore en elle
-le bien est là !-même si son esprit noir*
souligne ton échec, n’agis pas comme elle !
Ta main est faite pour la tendresse
Ne la replie pas en un poing qui blesse !

Elle ignore que le corps est une enveloppe
Au service de l’âme, centre de toutes sphères.
Elle ignore que sous une façade austère
Le spirituel est un kaléidoscope…
Ses rides peuvent bien attester du contraire.

Hédoniste à défaut d’intelligence
Pas besoin de coups-bas ou de haine ;
En ne saisissant pas cette chance
Elle s’est punie elle-même.

(Michaël Reigner)

La 25e heure

Tu as failli avoir ma peau
Me manger la laine sur le dos

Tu as failli prendre ma vie
Pour un peu, je t’aurais suivie

Tu as voulu tout effacer
Poèmes et livres inachevés

Un temps, j’ai marché sur tes pas
J’avais des ailes comme toi

Tu ne t’étais pas présentée
Quand la main tu m’as attrapé

Tu n’as pas dit: « Je suis la Mort »
Mais tu t’es couchée sur mon corps

Avec toi, comme je m’ennuyais!
D’ici-bas, l’Amour m’appelait

Alors à deux mains, j’ai saisi
Le fil si ténu de la vie

A la 25e heure je songe
Quand le coeur devient éponge

Quand les os deviennent si cassants
Que l’on craint un souffle de vent

Je sais qu’alors tu reviendras
Tu m’emporteras dans tes bras

Un jour, je ne m’enfuirai plus
Ce jour là, je serai vaincue.

Compte-rendu café littéraire Isabelle Chalumeau

En ce soir du mois de mai, avait-il l’esprit jaloux ce timide soleil printanier qui s’éclipsa
rapidement alors que, chez les Frères Marchand, s’installait un climat chaleureux d’échange et de partage dans le groupe d’une vingtaine de membres entourant la personnalité à l’honneur qui se préparait à donner vie, matière et coloration au dernier café littéraire de la saison 2012 – 2013 ? Nul vraiment ne s’en soucia dans l’attention soutenue qu’il portait au jeu nourri des questions de l’animatrice, Nicole LAPORTE, et des réponses étayées de l’invitée, Isabelle CHALUMEAU.

Pour lire la suite, cliquer sur ce fichier :
fichier pdf Café littéraire du 30.05.13 Isabelle CHALUMEAU

Cendrier rond de nos grands-pères

Cendrier rond de nos grands-pères
Surmonté d’un vicieux bouton
Vous appuyez mégots poussières
S’effaçaient sous le tourbillon

Pipes en terre ou gueules de bois
Courraient déjà sous le jupon
Grands ou petits de ce temps-là
Ne savaient pas donner de noms

Aux gros fumeurs tige braisée
Collant terreur comme résine
L’amour aîné soufflant bouffées
Alcaloïde nicotine

Poison séquelle poison débile
Aux souvenirs éparpillés
Sous couvert d’une vie tranquille
Blanchit notables ou curés

Enfant retrouvez donc le fil
Sinon trépassez à tabac
Il s’agit bien de pédophiles
Cachés sous le masque d’un roi

Ne laissez plus cendrier rond
Vous abêtir en cigarette
Ecrasée sous le fin pilon
Des gros tordus de la braguette

Chance

« Au-revoir, à la prochaine », crie t’elle,
Je m’envole, suis passée sous ton nez, »
Farceuse, elle me fait un pied-de-nez.
Effrontée, insolente, péronnelle.

Satisfaite de mon sort, elle guette,
Et m’attend, là au tournant du passé,
Me brave, fait semblant de m’ignorer ; »
Au détour du destin, elle me tente,

Me dévoile toute sa séduction.
S’évanouit soudain dans le décor
Et me rappelle, sans moi elle dort,
Revient narguer, un gage en tentation.

Une autre fois dans son panneau je tombe.
Elle s’est efforcée de déguiser
L’appât qui me fait tellement rêver
Et à son charme envoûtant je succombe.

« A plus tard, quand tu seras plus en veine… »
Lance t’elle, partant chercher fortune,
Vers des pays où l’on manque de thune.
Et là aussi profite de l’aubaine.

Bouquet de mariée

La gracile reine des prés,
Pâle et tremblante sous la brise,
Se mire en les remous diaprés
Du ruisseau, mutine, et se grise…

Si d’aventure un bouton d’or,
L’auréolant de sa lumière,
L’amenait à perdre le nord,
Qu’elle sauterait, la barrière !

Si quelque adonis écarlate,
Pétales au vent déployés,
Se muait en discret pirate
Et fondait à ses pieds noyés.

Si encore venait la prendre,
D’un bel élan voluptueux
De ses feuilles peintes, le tendre
Compagnon rouge, duveteux.

A moins que n’ait la préférence
Le métallique bleu de fer,
Inaltérable en l’occurrence,
D’un fier casque de Jupiter.

L’étrange bouquet de mariée !
Délire de mots, de couleurs…
A combien d’accords tapageurs
L’imaginaire l’a conviée !

Combien de rimes sans raison !
Grappillant dans le dictionnaire
J’ai cueilli des mots, pour en faire
Un bouquet d’aucune saison.

Plic ! Ploc !

Les nuages se disloquent
Et jettent leurs habits noirs
Tels des curés qui se défroquent
Libérés, gonflés d’espoir

Solitaire, tu soliloques
En te demandant bien pourquoi
Cette année, le printemps évoque
L’ennui davantage que la joie

Dieu Soleil que l’on invoque
Quand la peau se plisse de froid
L’on voudrait changer d’époque
Changer le temps, garder la foi

L’hiver dans son lit, suffoque
Au mois d’avril l’on voudrait croire
Fragile comme une pendeloque
Le soleil luit sur son perchoir

Dernières gouttes de pluie : plic ! Ploc !
Le gris du ciel s’encre de bleu
De cette averse tu te moques
À la tristesse tu dis adieu.

Extrait de «Odes et Colères » (2008)




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