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Sous les figuiers

Sous les figuiers faiseurs de rêves

et la mollesse des abandons serviles

le vieil Anglais qui fut mangeur d’opium

étalait l’offrande de ses grêles os

au brasier de Midi-purificateur

Les paupières pellucides en persiennes

le regard arrimé aux rives d’un lointain azur

et tout à la songerie des temps fameux

où les zéphyrs enfantaient la douceur de vivre

dans les palmes d’un empire tropical

 

Sous les figuiers porteurs de fruits amers

coule une fontaine de thé vert

La servante au galbe chantourné

libre chevelure et capiteuses effluves

chantonne la mélodie lascive

des natives d’amours enamourées

Le gravier grafigne dans les allées

et le jardinier parfume de roses pâles

les fées ailées qui murmurent dans l’air

une prosodie pour les hôtes du paradis

 

Sous les figuiers faiseurs de rêves

les heures se consument comme le tabac

et la mémoire s’invente une ancienne vie

peuplée d’oiseaux moqueurs et de singes rieurs

de soies flamboyantes comme les coulis de soleil

sur l’ambre des paysannes en libation

et le cuir mouvant des pachydermes

peuplée de palais marmoréens et de sucre d’orge

où des courtisanes mangeuses de pierres précieuses

éventent la paresse des princes en pagne

 

 

Sous les figuiers infusent les jours dénudés

jusqu’à la chair suffocante de l’été défaillant

au pied d’un océan de langueur

Le vieil Anglais – qui avait appris le français

sans accent au cœur de l’antique Albion -

pensait à haute voix aux jardins

de Bangalore et de Pondichéry

où la volupté naissait sur un lit de fleurs

et où la mort ne pouvait se concevoir

que dans le sourire d’un dieu dansant

Te arii vahine (la femme du roi)

                       

La caresse des courbes, et déjà l’invite au trouble des sens…

Chair de mangue exquise dans les cloisonnements du tendre,

tu ne seras plus le fruit défendu aux lèvres du désir,

là où les palmes filtrent le miel de la lumière,

là où la mer affairée à son offrande d’écume

lisse, inlassable, un lit de sable rose et de succin

aux nudités esclaves des libertés souverainement captives

 

Le temps est insensé où se livre la raison aux Maîtres-du-jouir

où s’évaporent les mots exsangues d’une langue devenue inepte

à dire la transparence de l’heure en son abîme de tempérance

Affranchie des mimétismes, dans l’éblouissement d’un jardin hiératique,

la main naïvement prodigieuse enfante un absolu

sur la scène d’une genèse si calme, si langoureuse, si lénifiante

et les couleurs de l’épure, épanouies en un usage révélé

 

Rêve des rêves certes, mais sous une peau si suave !

La toile des jours immobiles imprégnée des tropiques libidineux

embrase les ombres paresseuses dans la luxuriance des fruitiers

Voici un don qui sied aux dieux que de peindre les natives exaltées

chantant la rumeur de mer qui court dans les veines du plaisir,

à sa plus forte emprise, à son abandon suprême, à son plus grand éclat !

Et peuvent enfin mourir tous les possibles dans un bonheur accompli…

 

 

 

 

Zone maudite

Modernité à ton épopée d’un nouveau siècle

je ne chanterai pas tes charmes et tes hérauts

car je te hais, société du paraître en clinquance !

Sonnant et trébuchant la monnaie de singe

de tes agitations dans le cours des temps à reculons

Chair dépenaillée des jours fileyeurs charriant

leurs flots d’ombres momifiées dans des fleuves de bitume

dans les boyaux fétides des mégalopoles

à la vitesse intenable des diarrhées incurables

Légions de spectres mutilés étudiant leur errance

dans les soigneuses allées de hangars rutilants

où s’apprivoise la hâte à nourrir l’inanité de l’être

de la richesse de son néant.

O frères de misère absolue !

 

L’œil est dans le salon et regarde Zombie

 

Dans le carrousel aux fraîches images

des sourds jacassants font la leçon des choses

à des muets hébétés prenant la mesure

d’un monde à l’aune de leur duplication

« - A l’étranger, rien ne va plus en terre africaine :

le roi Moult-Fêlé qui règne en maître absolu

a répudié sa huitième épouse accusée

de fomenter un coup d’Etat au bénéfice

de son amant qui a été passé par les armes ! »

De notre correspondant permanent Nestor Voitou

« -En France, le président de la République

a brisé un miroir en voulant raser de près

le flot de vérités qui envahissait son esprit »

De bonne source, mais non rendue publique.

 

L’œil est dans la vitrine et regarde Zombie

 

Qui a coupé les têtes du dieu Chronos ?

Sans passé et sans avenir le présent agonise,

vidé du sang des lumineuses signifiances

Voici l’instant impérial consacré

sur l’autel de toutes les jouissances ;

Sodome et Gomorrhe perpétuelles licencieuses

gavées de l’objet tangible de tous les désirs

Homme et femme androgynes d’une même solitude

partagée dos à dos dans le sursis de la méfiance

Homme et femme au regard louchon

s’enivrant  à l’abreuvoir du Veau d’or

se nourrissant des chairs de leur image même

et livrant à la fulgurance des messageries

l’indispensable bégaiement de leur pauvre histoire

 

Zombie n’a pas fermé l’œil de toute la nuit

 

O Guillaume ! Je chanterai la chanson du bien-aimé

sur le pont de mes rêves prolifiques, de mes songes bâtisseurs,

sans tour Eiffel, sans automobile et sans aviateur

pour peupler le paysage des beautés fanées

qui subjuguent les âmes simples depuis l’aube des temps ;

sans calligrammes en échafaudage pour blanchir

les horreurs urbaines enfantées par un indomptable Moloch.

Je me laisserai bercer de mots en notes fredonneuses,

en strophes liées comme les épis moissonnés

sur le flanc des jours familiers et si clairs ;

si clairs qu’ils suffisent à éteindre l’orchestration

convenue de toutes les médiocrités rabâchées

par la congrégation des nouveaux prêtres

chargés de divertir les cathodiques âmes abandonnées.

Eloge du Grand Prix 2013 Jacques Muller par Gérard Dalstein

Eloge du Grand Prix 2013 Jacques Muller par Gérard Dalstein dans Divers p11002622

« De t’aimer, je n’ai plus le cœur
cité de ma jeunesse grise
de mille oiseaux chanteurs éprise
au soleil fondant des fondeurs. »

Jacques, tu es né devant la batterie des hauts-fourneaux d’Hagondange, tu as vécu ta jeunesse au rythme de leurs feux, des gueulards animant les rues des cités. Et tu offres là dans un quatrain d’octosyllabes une vision d’une poignante justesse. Au soleil fondant des fondeurs… Magie des mots qui plongent dans l’instant inoubliable de la coulée.

Mais à saisir la suite du texte, de tes autres textes, on change tout à coup de registre. Pauvre monsieur Jourdain. Il était si heureux de sa belle découverte. Ainsi ce qui n’est point vers est prose et ce qui n’est point prose est vers ! Merveilleux ! Mais à te lire, est-ce si simple, est ce si sûr ?  Si ce n’est point vers, si ce n’est point prose, qu’est-ce donc. Mais oui ! L’œuf de Colomb ! C’est du Jacques Müller !

Mais en entrant dans ton monde, les considérations sur la forme deviennent dérisoires.

Les voici, « les cités incrustées dans la carapace de crustacés monstrueux…saoules du râle de leurs gueulards embouchés jusqu’à la lie…des cités ruisselantes de sueurs acides aux portes des exploits, des cités ayant poussé au pied des pyramides de laitier, hautes et lisses comme les tombeaux des pharaons dans la vallée des rois ; des cités aux draps de cendre flottant sur les pavés, les cours et les jardins ; la cendre jusqu’au lit des chambres nuptiales, là où les nichées ancestrales et multilingues dormirent à la même paillasse des rêves de terre promise. »

Lorsqu’on connaît cette Lorraine là, ses tribus du fer, on peut te voir passer les murailles au gré de ton chant pour nous interpeller depuis l’autre côté du miroir. Tu as traversé le Styx et tu en es revenu avec ta cantilène, un mot bien taillé pour qualifier ton expression poétique. N’aurais-tu pas, dans une autre vie, après le Parnasse, fréquenté le bateau lavoir, avec Picasso  et Apollinaire ?

Picasso formé au dessin le plus classique pour lequel il avait un don et qui va progresser pour passer lui aussi de l’autre côté du miroir avec son génie propre, au-delà des règles et des sécurités bien apprises ! Et toi, nourri de culture classique, car tu as notamment suivi Khâgne au lycée Poincaré à Nancy, toi qui a écrit des quantités de vers dans  cette tradition, tu abandonnes le confort des consonances de la rime, de la mesure bien réglée, arithmétique des syllabes, des recettes normatives de la prosodie pour explorer le monde intérieur des émotions inaccessibles à qui ne voyage pas les yeux grand ouverts avec une belle curiosité du coeur.

« visages aimés, visages de toujours, au front de la paroi rocheuse où vient mourir la déferlante des jours, enfants dela Curiedes innombrables qui ont fui les éclats du bonheur ; visages du don de soi baignés par le travail d’une mer de métal, d’une mer nourricière à ses marées de hautes et basses règles, et tout à la grammaire du faire dans le communautaire de l’esprit, je vous invoque de toute puissance des émois ! »

Oui, tu invoques, ainsi que les Anciens invoquaient les dieux, et au fil des partitions de ton lyrisme, on sent se redresser, comme dans la caverne de Platon, l’ombre de ces anciens pour retrouver des accents homériques, de l’épopée de l’Odyssée, de l’Iliade, de l’Enéïde. La « Mare Nostrum » s’est faite mer de métal.

Tu n’as pas oublié tes racines, passant des humanités à l’humanisme. Moderne, tu l’es dans la forme, classique tu le demeures dans l’esprit. Sur ton Agora, la guerre des Anciens et des modernes n’aura pas lieu, et alors que les combats des derniers représentants de la longue lignée des ferrons semblent vains, tu continues à déchirer l’omerta qui s’installe peu à peu sur la terrible trahison de la frénésie du profit qui va broyer l’avenir de milliers de familles, tuer l’image du père jadis héros et réduit à la prostration des vaincus.

Installé dès tes premières années professionnelles dans l’encadrement journalistique au grand-duché du Luxembourg, dans le luxe d’une population s’alimentant à la corne d’abondance des trente glorieuses, tu deviens chef de l’agence du Républicain Lorrain de Longwy, découvrant le drame de la misère matérielle et personnelle de la horde des travailleur laissés sur le carreau du plus grand démantèlement industriel de tous les temps, et l’ambiance fataliste qui étouffe ton propre métier. Tu aurais pu, comme beaucoup, attendre que l’exil longovicien se passe pour aller vers des cieux plus rieurs. Non, tu t’es attaché à ce peuple, refusant de t’associer à ce déclin tous azimuts, et au cœur de l’agence où tout semblait perdu, tu as, selon ta propre expression « ouvert en grand les fenêtres ». Je le sais par ton propos lorsque je t’ai rencontré pour préparer cette journée, mais je le sais aussi par un ami qui travaillait alors sous ta responsabilité, et auquel tu passeras ensuite le témoin.

Poète engagé, loin des salons et estaminets, ta discrétion ne suffit pas à masquer une certaine grandeur d’âme, une grandeur d’âme certaine. Et si tu as mis tout ton cœur dans ton métier de journaliste pour apporter de l’espoir à ceux de ta « tribu » dans les heures les plus sombres, tu n’as pas attendu le déclin pour pénétrer au cœur des antres du travail en prenant durant les vacances de tes années d’étude divers travaux postés, notamment un poste de pontonnier manipulant les lingots incandescents de plusieurs tonnes au bout d’énormes pinces se balançant au dessus de la fournaise des fours Pitt.

Tu nous laisses, avec ce cri qui n’est pas formulé comme une question, et qui pourtant me pousse à apporter une réponse :

« Des trompes funestes fissuraient depuis un temps déjà, les hautes murailles du temple du faire, et il m’appartiendrait – ô chantre des tribus honnies, abandonnées au sort des parias- de pratiquer les Langues de feu, figées dans leurs Coulées de larmes »

Oui, Jacques, cela t’appartient ! Et tu le fais si bien passant au-delà des mots dans l’esprit des choses.

D’ailleurs, avec la richesse, la précision de tes images, certaines de tes expression vont déjà passer dans l’un des plus impressionnants dictionnaires de langue, dont la dernière édition est en cours, dictionnaire né sur la terre Lorraine, dans la terre lorraine, une somme faisant référence en la matière en 6 volumes avec 80 000 entrées, le Glossaire du haut-fourneau.

En guise de conclusion, et puisque l’ouvrage dont ont été tirés les textes présentés au concours est maintenant édité sous le titre « Industrieuses amours », je ne peux m’empêcher de partager à l’assemblée  un extrait de tes propos gravés in fine de la quatrième de couverture, et qui résonnent comme un viatique pour l’avenir aux présents et futurs esclaves du virtuel :

« Mais il faudra dire aussi à tous les analphabètes de la communion des sens, l’incommensurable bonheur à pratiquer cette langue universelle -c’est-à-dire le braille ouvrier qui ne se lit qu’avec les doigts de l’expertise révélée- et transmise dans la perfection du geste. »

Bravo, Jacques pour ces multiples facettes de la poésie au grand air des fenêtres ouvertes sur un pays, une terre, et le cœur des hommes, et si sur ton chemin tu trouves de l’étonnement, peut-être même de l’incompréhension sur ton art d’écrire, je te citerai cette très belle invitation d’un poète que tu ne renies probablement pas, je veux parler de René Char. Il te dit :

« Impose ta chance,
Serre ton bonheur
Et va vers ton risque.
A te voir, ils s’habitueront. »

Villers les Nancy le 30 septembre 2013

 

18 ans ; coeur brisé

Un jour d’avril, mon sommeil au zénith.
Dix huit printemps, songes rêves adolescents.
J’ouvre mes yeux, sur des mots qui crépitent
J’entends l’horloge, bouger l’aiguille du temps.

Dans cette chambre soleil, au bout de la nuit.
Je quitte mon lit, l’esprit encore emporté.
Au mur, le portrait d’une enfant au paradis
Dans le miroir mon visage, dix huit années.

J’écoute les bruits, ce matin du mois d’avril.
La bêche fend la terre, qui craque sous les coups.
Le café se mêle aux épices, arômes subtils.
Sous la flamme, le murmure de l’eau qui bout.

Dix huit ans, les sourires frappent à ma porte.
Baisers cadeaux papa, maman vous mes parents.
Sur la joue de mon père, une larme, passion si forte.
Dans ses bras je me blottis, bonheur de cet instant.

Je me souviens de ses mots «Ma fille, un autre Père»
Des paroles qui me brisent au cœur, je l’aime tant.
Je m’effondre sans regard, sans réponse de ma mère.
Dix huit ans, une pluie glacée m’inonde en un instant.

Papa oh mon père, pourquoi cette terrible déchirure !
Dans ma chambre je me réfugie, le jour s’écroule.
Mon père oh papa, comment supporter cette blessure.
Ma vie défile et je crie sur cette vérité qui m’enroule.

Alors les jours, les années passent et meurent.
L’adieu de mon père, dans cette maladie sans parole.
Anéantie terrassée, je m’enlise dans de sombres heures.
Submergée de chagrin, aux portes du vide je m’envole.

Je me relève fébrile, les yeux toujours mouillés.
Dans le miroir mon reflet, je cherche un autre regard.
Silence de ma mère, sur les douleurs de son passé.
Mon père n’est plus, l’autre sans doute trop tard.

Lui il est là proche et loin, les yeux encore ouverts.
Des frères des sœurs, dois-je les ignorer! les oublier!
Quelques phrases écrites, sans réponse de ce père.
Il est pourtant l’homme sans qui, je ne serais pas née.

Un jour de printemps, mon réveil au zénith.
Dix huit ans, je quitte mon rêve adolescent.
J’ouvre mes yeux, sur des voix qui s’agitent
J’écoute l’horloge, avancer les aiguilles du temps.

Syrie

                                                               Drôle, cet encrier que possédait mon père !

                                                               C’était un animal en bronze, un dromadaire.

                                                               Son dos creusé portant le couvercle bossu

                                                                              Passait d’abord inaperçu.

 

                                                               Il avait voyagé de Syrie en Lorraine

                                                               Dans la malle aux trésors d’un ami capitaine.

                                                               Il parlait de désert, d’oasis, de palmiers,

                                                                              Berçant mes rêves buissonniers.

 

                                                               Qu’importent maintenant Damas, Alep, Palmyre ?

                                                               J’imagine plutôt telle cité martyre

                                                               Où Bachar assassine en toute impunité

                                                                              Les amoureux de liberté.

 

                                                               Le journaliste intègre y devient une cible ;

                                                               Le mensonge s’ajoute à l’horreur indicible ;

                                                               Un monstre dissimule, aidé par ses nervis,

                                                                              Son goût des  peuples asservis.

 

                                                               Que la guerre s’éteigne en cette république

                                                               Où l’on a  dévoyé l’élan patriotique !

                                                               Que plus jamais n’y meure un enfant innocent

                                                                              De qui la terre boit le sang !

Maman, j’avais dix ans

Son sourire son visage; comme un soleil d’été.
Dans ses yeux, la beauté de la lumière.
Ses mots, comme un poème d’éternité.
Ses baisers ceux d’une reine, ceux de ma mère.

Oh! toi si belle, de l’aube à la nuit naissante
Ton regard caresse, posé sur mes cheveux blonds.
Ton amour, comme des braises incandescentes .
La douceur de ta main, le bonheur d »être un enfant.

L’arôme sucrée de la vanille, desserts parfumés.
Dans ma mémoire, l’odeur des galettes des gâteaux.
Tant de rires de joies, de farine éparpillée.
Maman tant de tes délices, comme des cadeaux.

Prés de mon lit des contes des légendes, ta voix.
Un livre ouvert, ton regard princesse sur le mien.
Le sommeil les rêves, qui m’emportent loin de toi.
Juste pour la nuit, jusqu’au baiser du lendemain.

Nos promenades, nos pas, notre beau village.
Le coucher du jour, au profond de tes yeux.
Les quatre saisons, comme de grands voyages.
Ta main dans la mienne sur le chemin des cieux.

Un sentier dans la forêt , des bouquets sauvages.
Des fraises des bois des baies, dans nos paniers.
La chaude saison, des fleurs cueillies bleues rivage.
Le blanc de l’hiver, la nuit de Noël les chants sacrés.

Maman dans le miroir, ton reflet , mon image.
Ton regard, mes yeux du même éclat de pureté.
Mon sourire gravé sur le tien, comme un partage.
Ma vie offerte par la tienne ,et nos cœurs enlacés.

Oh! toi si belle dans mes jours, dans mes nuits.
Ton amour comme un diamant, un joyau éternel.
Pour toi, ma passion plus brûlante que le soleil.

Mon père

Des milliers de bouquins rayonnaient en étages
Dans une pièce de vie cirée comme un parloir.
Des fauteuils et des chaises, des tables et des armoires
Croulaient sous les papiers et récits de voyages.

Mon Père était debout me lisant un passage
D’un conte fabuleux dont le fil de l’histoire
Déroulait des images gravées dans ma mémoire :
J’étais ce Chevalier, ce preux du Moyen Âge…

Au refus de subir, de voir le temps passer
Toujours petit enfant, je garde dans mes pensées,
Les instants de bonheur vécus avec mon Père.

Ce matin la poussière joue et danse au soleil.
Entre mes rêves d’enfant et ces livres en éveil,
J’aimerais encore dire : « Comme on est bien mon père ! »

SEBASTIÂO SALGADO

En complément de ma récente publication sur le photographe Sebastiao Salgado et ses photos N&B, voici un texte d’hommage rédigé en 1993 lors de la sortie de l’ouvrage qui lui était consacré dans la collection Photo Poche.
Armand Bemer

Muscles cuivrés, luisants
Qu’un soleil humilie

Regards hagards
Vers un objectif trop lointain

Longues silhouettes drapées
Dans des lins élimés

Guenilles désincarnées
Que nul visage n’habite

Fourmis agglutinées
Dans la gueule d’un gouffre
Agrippées aux échelles
Pour remonter de l’or

Peintre de la misère
Qui fixes l’essentiel
Du tableau de la vie
En clichés « noir et blanc »

Ombres lasses et tristes
Se vidant de leur vie

Réfugiés du Tiers-Monde
Où nos rêves agonisent

Mère à l’enfant chétif,
Dont le sein est tari

Visages noirs de suie
Où brillent leurs fiertés

Dans un monde en folie
Tu dis l’abominable
Quand croire encore aux hommes
N’est que crucifixion.

Photo Poche 93

L’amoureux retrouvé

tes mânes libérés de leurs tombeaux de suie

promenant sur mes pieds leurs complaintes brûlées

de clairs capharnaüms en palais sous la pluie

égrènent aux foulées leurs images brouillées

 

 

 

c’est la date abhorrée qui ploie ses voiles noires

sur l’océan perdu de nos rêves d’enfants

c’est la date enlacée aux murmures des soirs

sur l’oreiller noué de mes larmes d’antan

 

 

 

devenu ce marin cet aviateur des mers

qui vole ton image aux vagues infernales

je poursuis cette Errance en Robin ou Corsaire

sur ma bicoque neuve en vue d’Avril fatal

 

 

 

la voile noire ornée du vingt-cinq ennemi

soudain paraît et rit de mon esquif roulant

je me nomme Amiral et lance mes torpilles –

le vingt-six lumineux dresse un mât triomphant

 

et je ris

Grand-mère

Grand-mère, aux cheveux si blancs
Grand-mère, au sourire si chaud
Je me souviens, de ce temps d’avant
Je me souviens, de ce temps si beau.

Toi ma belle et si douce grand-mère
Souvenir, d’une image d’éternité
Toi qui fus, pour moi comme ma mère.
Je t’offre ma pensée et mes baisers.

Je revois encore, ce regard aimant
Que j’embrassais en m’éveillant
Tu me berçais, si tendrement
Moi l’enfant, de cet heureux temps.

Sur tes genoux, je me taisais
Dans tes légendes, je m’évadais
Et ton visage, quand tu me contais
Se transformait, en prince et en fée.

Combien de fois, t’es-tu penchée
Sur mes rêves, quand je dormais
Dans mes nuits, je te retrouvais
Emportée au fond de mes secrets.

A toi, qui ne fut jamais colère
A toi qui pensait tant de prières
Souvent au fond de tes yeux clairs
J’ai vu resplendir la lumière.

Grand-mère, ce fut mon histoire sur cette terre
Un bouquet de fleurs en plein hiver

Plus rien à dire

                               Plus rien à dire,

                                               tout à crier

                               et plus de larmes pour pleurer.

                La locomotive est déjà dans l’escalier.

                               Et cognent, cognent,

                                               mes peurs d’enfant

                                                               dans l’oreiller.

 

                               Plus rien à croire,

                                               tout à vomir

                               et plus de rêves pour dormir.

                L’inéluctable en guise de proche avenir.

                               Imminence du mur

                                               où nous allons finir.

 

                               Plus rien à dire,

                                               plus qu’à attendre

                               et plus de mots

                                                pour dire

                                                                le tendre.

                Les dents serrées,

                               le corps tendu,

                                               l’angoisse au ventre.

                               Monde abruti,

                                               bêtise au bord,

                                                               absurde au centre.

 

                               Plus rien à dire,

                                               tout à crier

                               et plus de souffle pour prier.

                La bête immonde

                               monte déjà

                                               dans l’escalier

                               et crache sa bave noire

                                               sur mon oreiller.

 

                               Plus rien à croire,

                                               tout à vomir

                               et plus de fièvre pour frémir.

                L’irréversible en guise d’ultime avenir.

                               Evidence du gouffre

                                               où nous allons finir.

 

                               Plus rien à faire,

                                               plus qu’à attendre.

                               Plus guère d’amis

                                               pour dire

                                                               le tendre.

 

                Cœur misanthrope,

                               tête épuisée,

                                               l’horreur au ventre.

                               Monde ahuri,

                                               le vide au bord,

                                                               la mort au centre.

 

Mon horizon

Mon horizon s’est fait sournois 

Ce matin, 

Il veut jouer au plus malin, 

Avec moi. 

 

Le médecin m’a dit : « prends garde, 

C’est malin ! » 

Qui veut donc briser mon destin ? 

La camarde ? 

 

Elle voudrait faire des siennes ! 

Mais demain, 

Je vais encor prendre ta main 

Dans la mienne. 

 

Mon horizon m’a fait faux bond 

Ce matin, 

Il veut jouer au plus malin 

Pour de bon. 

 

Mais que sait-il de mes espoirs, 

de mes rêves ? 

C’est l’aurore qui me soulève 

Pas le noir ! 

 

Moi, je connais quelque chemin 

En forêt, 

Où l’on peut cueillir le muguet, 

Le jasmin. 

 

Je veux cueillir la fleur sauvage, 

Au printemps. 

Trouver dans un regard d’enfant 

Le présage 

 

D’un lendemain qui sera fait 

De lumière. 

J’ai trouvé près de la rivière, 

Joie et paix. 

 

Le petit roitelet huppé, 

De ses trilles, 

M’enchantera sous la charmille 

Tout l’été. 

 

Mon horizon fait le malin, 

Quelle audace ! 

Il faudra que je le remplace 

Dès demain. 

 

Je veux aller par les vallons, 

Les chemins 

Et retrouver tous mes refrains 

Et chansons. 

 

Et je récrirai des poèmes, 

C’est promis, 

Pour te dire en catimini 

Que je t’aime. 

Pour une terre fraternelle

(En hommage à l’Abbé Grégoire) 

  

  

Offrons-nous, aux enfants, la paix des nations ? 

A quelle vie ainsi nous les initions 

    Dans ce monde en alarme ? 

Au cœur de tous les temps l’Homme parfois se perd, 

Nourri d’un culte extrême, épris du feu qui l’arme 

    Pour tuer en expert. 

  

Qu’une race envers l’autre impose l’esclavage, 

Son acte vil nous montre une horde sauvage 

    Acquise au lucre obscur. 

La misère endémique exige qu’on offense 

Par un labeur cruel, gage d’un noir futur, 

    Les jeunes sans défense. 

  

La haine encor détruit nos rêves salvateurs, 

Transformant des humains en horribles vecteurs, 

    Vêtus d’ignominie. 

Le combat pour l’Amour se construit constamment. 

Vivre en toute amitié dans la joie infinie 

    Reste mon seul serment. 

  

Approuvant tes écrits, ton esprit nous éclaire 

Sur les valeurs à suivre en un pacte exemplaire,  

    Parchemin granité. 

Aussi, portons bien haut, tels bénis du Saint Chrême, 

Au fronton de nos cœurs le mot – FRATERNITE -, 

    Comme enseigne suprême !   

 

Les « coquins »

Le temps des vacances a permis à nos petits-enfants de passer une journée dans un Marine land du sud de la France .  Ils ont été émerveillés par le spectacle présenté par des dresseurs d’orques.  A leur retour, comme je gardais LISON, (  deux ans ), elle m’apporta un «  beau livre » dans lequel sont dessinés toutes sortes de poissons. Le jeu consistant à ce qu’elle tourne les pages de carton et que je lui dise le nom de chaque espèce, nous sommes arrivés aux requins. Et ma petite fée, croyant revoir les orques s’écria en pointant du doigt : «  Les coquins, piouf !  les  coquins, piouf ! »  Puis , comme  surprise, je la regardais, elle continua : «  Veux aller ! veux  aller ! 

 

Emerveillée, je constatais que cette petite puce de deux ans était déjà capable de se souvenir d’un fait remontant à trois semaines et à l’expliquer. 

 

Quelques jours plus tard, comme je cherchais dans une boite quelques colifichets appartenant à sa grande sœur de six ans, LISON vit une bague de plastique rose des plus clinquantes. Comme elle la prenait, je lui dis qu’elle était à était à APPOLINE et qu’il faudrait la lui demander. 

 

APPOLINE  revint avec sa maman dans la soirée et je dis à LISON : C’est le moment ma chérie, de demander à APPOLINE si elle veut bien te donner sa bague ! 

 

Alors LISON,  regardant APPOLINE, se jeta à genoux devant-elle ! Et je compris, à la fois étonnée et très émue que notre petite fée, incapable encore de parler suffisamment, savait déjà se faire comprendre de la manière la plus efficace qui puisse exister. 

 

On fait bien sur, pour les siens les rêves les plus fous : et je me prends déjà à penser que LISON pourrait bien avoir l’étoffe d’une grande tragédienne… 

Quelques instantanés, sous forme de haïkus

La lune barbouille 

Le toit d’ardoise à la craie. 

Demain, c’est Rentrée. 

 

Attention école ! 

Triangle équilatéral 

Pour cancre au volant. 

 

Mes rêves de verre 

Ecaillés sur le trottoir. 

Dans un sac de billes. 

 

Mercredi pluvieux. 

L’enfant taille sept crayons 

Copeaux d’arc en ciel. 

 

Vers un ciel de craie, 

Il traverse la marelle 

A cloche galère. 

 

S’il gratte sa nuque,
Est-ce pour mieux calculer?
Non!-Juste les poux! 

La vieille maison

Peut-être avez-vous vu cette vieille maison,
Qui borde le chemin menant à la rivière ?
Ne soyez pas déçu par son air d’abandon,
Ni par ses volets clos, hostiles à la lumière.

Car si elle est fermée, ainsi qu’un vieux coffret,
C’est qu’elle contient tant de ces heures précieuses
De ces morceaux de vie qu’elle garde secrets,
Et qui dorment ici comme des choses pieuses.

Mais cette vieille maison, je l’ai connue joyeuse,
Ses vieux murs résonnants de rires et de chansons,
Elle abritait alors une famille heureuse,
Ce vieux toit voyez-vous était notre maison.

Trois enfants ont grandi dans cet humble logis
Leur enfance, et plus tard leurs rêves de jeunesse
Je sais où les trouver, ils sont restés ici
Si souvent évoqués par moi avec tendresse.

Je suis seule aujourd’hui avec mes souvenirs,
Un à un m’ont quittée mes compagnons d’enfance,
Mais la vieille maison m’a gardé le sourire
Et sait me parler d’eux avec tant d’insistance.

Ne me dites pas que ce passé est mort,
Il est là, si vivant… et sur le seuil encore
Ma mère me sourit et m’attend peut-être. 

Le galet

Je serai roulé par la mer 

son jouet jusqu’à l’infini 

et poli luisant de lumière 

j’étincellerai dans la nuit. 

 

Un enfant jouant sur la plage 

m’emportera comme un joujou. 

Presse-papiers d’écolier sage 

je serai pour lui « le caillou » 

 

Mais je reviendrai dans ses rêves 

le hanter de sonorités : 

chevaux d’écume sur les grèves 

des manades hallucinées 

 

Alors je le verrai sourire 

dans la lumière du matin 

comme sourit un avenir 

dans les songes fous d’un gamin. 

 

                                    Élie Viné 

Toujours il y aura

Toujours il y aura

des découvreurs d’étoiles

Sur la mer il y aura

toujours au loin … une voile

Sur la plage il y aura

toujours des châteaux de sable

que la vague emportera

dans ses griffes impalpables

Toujours sur quelque chemin

brillera un coin  de ciel

dans les flaques du matin

quelquefois un arc-en-ciel

**

Même si mourait l’oiseau

dans la cage de la nuit

il renaîtrait aussi beau

dans les rêves éblouis

**

C’est vrai tant qu’il y aura

des hommes restés enfants

rien vraiment ne se perdra

le temps renaîtra du temps

** ** **

Élie Viné

Ėlie VINĖ (22 mai 1922- 22 décembre 2005)
(Prix de l’humour poétique en 1977 – Grand Prix des Poètes Lorrains en 1978 – Lyre d’Argent en 1979 – Le prix Voltaire au Cercle Littéraire de Graffigny en 2004 – L’Alérion d’or en 2004) 

Le jongleur de mots de Pascal Kwiatkowsky

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Pascal Kwiatkowski vous invite à découvrir son nouveau recueil de poésies  « le jongleur de mots » pour petits et grands publié chez l’éditeur « clhoé des lys ». L’auteur (qui est instituteur) aborde des thèmes qui passionnent les enfants : animaux, volcans, nature, amitié… L’écriture est simple, sensible, humoristique. Le livre est préfacé par Yves Duteil qui en parle en ces termes : 

«Entrez dans le monde poétique de Pascal… A demi-maux, il dissipe les douleurs. A mots couverts, il nous fait découvrir la subtilité de notre langue, qu’il plie, déplie pour la mettre en boîte, en pièces, en scène… et nous offre ses images jaillies d’un cœur lumineux dont les couleurs se mélangent… »  Les poèmes enchantent. Chats, chiens, dragons et fées se côtoient. La poésie de Pascal est un monde merveilleux, entre rêves et réalités.
De page en page, le poète sensibilise les enfants à l’écologie, à la musique et les invite à un voyage au pays des mots ! 
Le recueil peut être commandé chez l’auteur au prix de 15 euros (port compris).
Pascal Kwiatkowski        16 rue Jean Jaurès          57 310 Rurange les Thionville 

Hommage à Jean Ferrat

L’homme qui aimait l’Homme, honneur à son pays,
Quand il chantait « Ma France » à en tirer les larmes,
Il se battait sans cesse avec pour seules armes
Un idéal d’enfant bousculant les partis.

Il me venait ce matin en apprenant  le départ de jean Ferrat, ces quelques vers malhabiles et bien réducteurs, alors que j’entendais au fond de ma mémoire sonner cette chanson, ce cri, « ma France ».

Je regardais nos deux petits enfants que nous avions pour la jourée, je scrutais l’avenir, et j’entendais encore Aragon, comme un puissant remugle :

« Un jour portant un jour viendra couleur d’orange,
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche »

A l’heure où les grands idéaux, les grands rêves d’humanité, celle que l’on voudrait si fort sentir tirée « vers le haut », vers son point oméga de réussite comme le voyait l’un de mes maîtres,  ont laissé place aux marchands du temple, aux pays, aux cultures vendues aux sphères financières anglo-saxones dont le profit est le seul moteur, écrasant philosophies et morales, piétinant les dignités, la disparition de Ferrat signe un jalon, celui de la mort et du renouveau, comme un instant entrouvert sur tous les possibles.

« Le poète a toujours raison, qui voit plus loin que l’horizon, et l’avenir est son Royaume,
Loin des vielles malédictions, je déclare avec Aragon, la femme est l’avenir de l’homme ! »

Alors la porte s’entrouvre, sur le « tout est encore à faire », loin par exemple des femmes androgynes et prédatrices qui pensent que l’accès à la stupidité des hommes est une  conquête. Les yeux d’Elsa brillaient d’un autre feu ! Et ce feu est bien là, en plein cœur de Ferrat, dans les yeux de « sa môme », qui travaille en usine, à Créteil.

Si Ferrat s’en va, il nous laisse tout, et Aragon, le génie poétique insondable d’Aragon actualisé en son siècle, au cœur des tourments de son siècle :

« Pablo mon ami qu’avons-nous permis
L’ombre devant nous s’allonge s’allonge
Qu’avons-nous permis Pablo mon ami
Pablo mon ami nos songes nos songes

Nous sommes des gens de la nuit qui portons le soleil en nous
Il nous brûle au profond de l’être
Nous avons marché dans le noir à ne plus sentir nos genoux
Sans atteindre le monde à naître » …

Cela peut paraître sans doute paradoxal de rendre un hommage à un poète avec les textes d’un autre. Tout le mystère est là, de la grande humilité de l’artiste qui a finalement réussi, et c’est un exploit, d’immortaliser Aragon au cœur de sa vie même, de le porter plus loin, encore plus loin, toujours plus loin, comme une mission sacrée à laquelle il a obéi, montrant ainsi l’inégalable grandeur de savoir être petit et se mettre au service de ce qui nous dépasse.

Que dire encore d’autre pour l’accompagner que ces vers d’Aragon, comme s’il les avait écrit pour lui, en frère :

« Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger »

Etranger, peut être pas vraiment…

Vous souvenez vous de ce magnifique poème qu’il à dédié à son chien, Ouralou (je ne suis pas sûr de l’orthographe), poème à sa terre, à
la Vie à l’amour dont il débordait pour tout ce qui l’entourait ?

« Ton long museau à la fenêtre,
Tu nous accueilleras bientôt »

de l’amour pour son compagnon à quatre pattes à la profondeur des visions qu’il portait sur l’humanité, rien n’a échappé à son chant, appuyé, sans aucune tiédeur ni compromission d’aucune sorte. Il le dit, le crie, et le chante :

« Je ne suis qu’un cri ». 

Le chemin

Qu’avez-vous à déclarer ?
Le vieillard dit : « Mon Passé ! »
L’enfant dit : « Moi, je n’ai rien …
ah ! si … mon tout petit chien ! » 

« Que caches-tu dans tes poches ? »
« Mes rêves Monsieur l’Agent … »
« Et ici dans ta sacoche ? »
« Tout l’amour de mes parents ! … » 

« Peux passer ! » dit l’Avenir
-c’est un douanier curieux
ambigu est son sourire …
son regard … mystérieux- 

L’enfant n’est pas rassuré
en franchissant la barrière …
Il sent qu’il va cheminer
un sentier rongé d’ornières 

Mais son petit chien le tire
en avant et dans ses poches
il entend ses rêves rire
et puis ses parents tout proches

lui murmurent : « Aie confiance !  
ce chemin nous l’avons fait .
Songe à nous dans ta partance …
Ta vie est à inventer… » 

Ėlie VINĖ (22 mai 1922- 22 décembre 2005)
(Prix de l’humour poétique en 1977 – Grand Prix des Poètes Lorrains en 1978 – Lyre d’Argent en 1979 – Le prix Voltaire au Cercle Littéraire de Graffigny en 2004 – L’Alérion d’or en 2004) 

Jean-Yves et le paon

De ses grands yeux tout ronds,
Jean Yves examinait
La poule caquetant
Au milieu des poussins. 

Quand il vit l’enfant brun,
Le paon, tout près de lui,
En déployant ses ailes
Soudain s’épanouit ! 

Viens voir petite mère,
Dit Jean-Yves ébloui,
Le printemps vient de naître
La poule est toute en fleurs !

Hélène VESTIER , Lauréate de l’Académie Française
(Prix Auguste CAPDEVILLE 1967 pour son recueil intitulé : «  Tout au long d’une vie »,
Premier Prix de poésie au Tournoi international féminin en Juin 1967,
Déléguée Régionale de la S P A F pendant 40 ans.
A publié : «  Tout au long d’une vie «  ( 1966),
En collaboration avec les poètes de Lorraine : «  La Lorraine chante » : ( 1970) «  Laissez les rêves s’envoler » : ( 1981 ) 

 

Aimer

A  imer c’est le sourire au secret d’un visage
I   risant chaque jour de sa sérénité
M  ille rêves et mots donnant forme au mirage
E  t faisant naître en nous la soif d’immensité ! 

A  imer, c’est un enfant qui dessine une image
I   mprovisant un monde infini de beauté
M  êlant larmes et rire en un même langage
E  t puisant de ses mains l’eau de la pureté ! 

A  imer c’est avancer sur les sentiers de l’âge
I   sensés d’espérance et de fragilité
M  ais laissant chaque jour tel un léger sillage
E  parse en cet amour toute l’éternité ! 

 

Les vers extrêmes

Il est des vers extrêmes
Venus des abîmes,
Comme des complaintes lancinantes
Que seuls les enfants insensés
Et les vieux à demi gâteux
Peuvent aimer :
Juvénile indolence
Ou sénile démence.

Ils écoutent sur la roche noire,
Dans l’éclair du poème,
Le ruissellement fantasque de l’eau,
Le flot du torrent dissolvant, les mots,
Toutes ces gouttes
Qui emportent tout. 

Sous les rayons clairs
Qui percent les branchages,
Ils devinent aussi,
Plus qu’ils ne voient,
Les gouffres effrayants.
Alors, ils commencent leurs rêves :
Les rives fraternelles,
Les ailleurs mythiques, parfois,
Et toujours l’éternité bleutée. 




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