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Sous les figuiers

Sous les figuiers faiseurs de rêves

et la mollesse des abandons serviles

le vieil Anglais qui fut mangeur d’opium

étalait l’offrande de ses grêles os

au brasier de Midi-purificateur

Les paupières pellucides en persiennes

le regard arrimé aux rives d’un lointain azur

et tout à la songerie des temps fameux

où les zéphyrs enfantaient la douceur de vivre

dans les palmes d’un empire tropical

 

Sous les figuiers porteurs de fruits amers

coule une fontaine de thé vert

La servante au galbe chantourné

libre chevelure et capiteuses effluves

chantonne la mélodie lascive

des natives d’amours enamourées

Le gravier grafigne dans les allées

et le jardinier parfume de roses pâles

les fées ailées qui murmurent dans l’air

une prosodie pour les hôtes du paradis

 

Sous les figuiers faiseurs de rêves

les heures se consument comme le tabac

et la mémoire s’invente une ancienne vie

peuplée d’oiseaux moqueurs et de singes rieurs

de soies flamboyantes comme les coulis de soleil

sur l’ambre des paysannes en libation

et le cuir mouvant des pachydermes

peuplée de palais marmoréens et de sucre d’orge

où des courtisanes mangeuses de pierres précieuses

éventent la paresse des princes en pagne

 

 

Sous les figuiers infusent les jours dénudés

jusqu’à la chair suffocante de l’été défaillant

au pied d’un océan de langueur

Le vieil Anglais – qui avait appris le français

sans accent au cœur de l’antique Albion -

pensait à haute voix aux jardins

de Bangalore et de Pondichéry

où la volupté naissait sur un lit de fleurs

et où la mort ne pouvait se concevoir

que dans le sourire d’un dieu dansant

Te arii vahine (la femme du roi)

                       

La caresse des courbes, et déjà l’invite au trouble des sens…

Chair de mangue exquise dans les cloisonnements du tendre,

tu ne seras plus le fruit défendu aux lèvres du désir,

là où les palmes filtrent le miel de la lumière,

là où la mer affairée à son offrande d’écume

lisse, inlassable, un lit de sable rose et de succin

aux nudités esclaves des libertés souverainement captives

 

Le temps est insensé où se livre la raison aux Maîtres-du-jouir

où s’évaporent les mots exsangues d’une langue devenue inepte

à dire la transparence de l’heure en son abîme de tempérance

Affranchie des mimétismes, dans l’éblouissement d’un jardin hiératique,

la main naïvement prodigieuse enfante un absolu

sur la scène d’une genèse si calme, si langoureuse, si lénifiante

et les couleurs de l’épure, épanouies en un usage révélé

 

Rêve des rêves certes, mais sous une peau si suave !

La toile des jours immobiles imprégnée des tropiques libidineux

embrase les ombres paresseuses dans la luxuriance des fruitiers

Voici un don qui sied aux dieux que de peindre les natives exaltées

chantant la rumeur de mer qui court dans les veines du plaisir,

à sa plus forte emprise, à son abandon suprême, à son plus grand éclat !

Et peuvent enfin mourir tous les possibles dans un bonheur accompli…

 

 

 

 

BWV – J.-S. Bach

Mer

mer génésiaque,

mer de certitude absolue,

mer accourue du tréfonds des âges sonores,

mer nourricière des hautes colonnes ecclésiales,

mesure à mesure, exacte houle et houle exultante pour clamer la joie juvénile, pour proférer la foi festive ; houle portée parfaite par le peuple des anges dans les feux du prisme musical… Ah les croisées de ces lignes si pures à nouer et renouer les cordes exaltées dans la tessiture de la trame tenace ! Houle encore battant l’éblouissement de ses éclats à l’ouverture de la fresque céleste…

 

Mer matrice mathématicienne, enfantant le soutenu à l’infini, et pas de pèlerin dans les registres de la voix humaine, sûre du chemin à parcourir dans la résolution de l’âme première; l’entrain singulier et pourtant si simple surpasse la cadence des légions césariennes. Cette allure a déjà conquis tous les modes et marche encore dans son inlassable transgression.

 

Clameur en chamade cuivrée, ourlée de lèvres en épousailles d’une même modulation ; entrelacs de la langue dans les couleurs processionnaires ; lignes ascensionnelles du discours vers le sublime sacré.

Dans la palette des émois, la tessiture du hautbois cursif ou la chaude parole d’un cuivre déclamatoire sculptant une métope en mode dorique.

Bientôt l’équilibre bienheureux dans le suspens des phrasés, et l’élévation de l’âme en plénitude, quand l’harmonique prolonge son arrêt sur cœur.

La symétrie d’Apollon-concepteur tient le monde sur une corde chantante si longue qu’elle unit Hildegarde et le cantor de Leipzig dans une même offrande musicale… O plénitude !

 

Bruissante forêt aux dix mille fûts, aux cent espèces et aux rares essences ; tous les vents du monde y insufflent une sève vivifiante et les timbres de la console peignent les voûtes des chapelles intimes.

S’élance la phrase exclamative, essentielle issue d’un livre sacré, des antiques vérités,  et de la grammaire grégorienne ; s’élance dans l’ample creuset de la partition en fugace cheminement, prestement suivie de ses ombres gigognes dans la déclinaison d’une irrévocable assertion. Des multiples reprises des fondations s’élève une brodeuse architecture et le doigté aérien file la toile dans l’allégresse irrésistible du métier.

 

Nef dans la nef, proue colossale, proue vertigineuse à l’aplomb des introïts solennels ; au lever de la tempête, dix mille bouches d’une seule voix jubilante, pour emplir les abîmes de la méditation achevée, la parole révélée, d’un même élan jusqu’aux croisées d’ogives !

 

Dans les rondes majeures, la solennité d’un arc-en-ciel, puissance du souffle à son tremblement ; double quarte qui s’oublie dans une infinie et éternelle acception, dans une infinie et éternelle vérité… Dense félicité en résonnance d’un point d’orgue monumental !

Au lointain de perfection, des portes d’or s’ouvrent sur une transfiguration.

 

Et puis la sous basse en sourdine pour sonder les mystères de la foi ; âme esseulée courant des travées imaginaires, fidèle aux mains inspirées dans le fleuve d’une écriture improvisée. Ces chemins aventureux franchissent pourtant des terres de connaissance vers un lointain si dense qu’il chante une prière.

 

Primesautière allégresse des arabesques dans l’exploration de toutes les possibles légèretés de la perpétuelle invention…Sensualité des timbres en duetto enlaçant des colonnades manuélines ; et puis halètement, course folle, danse joyeuse de l’âme éprise de tant d’efflorescence.

Dire et redire encore dans toutes les langues chantantes la Babel musicale incessamment ressurgie de ses ondes : la voici illuminée de tous ses feux, la voici dans sa chape orchestrale aux glorieux éclats. Magnificat !

 

O joie grandiose, libre effervescence dans les flots ininterrompus de l’œuvre vivante !

Lignes de beauté incommensurables !

Zone maudite

Modernité à ton épopée d’un nouveau siècle

je ne chanterai pas tes charmes et tes hérauts

car je te hais, société du paraître en clinquance !

Sonnant et trébuchant la monnaie de singe

de tes agitations dans le cours des temps à reculons

Chair dépenaillée des jours fileyeurs charriant

leurs flots d’ombres momifiées dans des fleuves de bitume

dans les boyaux fétides des mégalopoles

à la vitesse intenable des diarrhées incurables

Légions de spectres mutilés étudiant leur errance

dans les soigneuses allées de hangars rutilants

où s’apprivoise la hâte à nourrir l’inanité de l’être

de la richesse de son néant.

O frères de misère absolue !

 

L’œil est dans le salon et regarde Zombie

 

Dans le carrousel aux fraîches images

des sourds jacassants font la leçon des choses

à des muets hébétés prenant la mesure

d’un monde à l’aune de leur duplication

« - A l’étranger, rien ne va plus en terre africaine :

le roi Moult-Fêlé qui règne en maître absolu

a répudié sa huitième épouse accusée

de fomenter un coup d’Etat au bénéfice

de son amant qui a été passé par les armes ! »

De notre correspondant permanent Nestor Voitou

« -En France, le président de la République

a brisé un miroir en voulant raser de près

le flot de vérités qui envahissait son esprit »

De bonne source, mais non rendue publique.

 

L’œil est dans la vitrine et regarde Zombie

 

Qui a coupé les têtes du dieu Chronos ?

Sans passé et sans avenir le présent agonise,

vidé du sang des lumineuses signifiances

Voici l’instant impérial consacré

sur l’autel de toutes les jouissances ;

Sodome et Gomorrhe perpétuelles licencieuses

gavées de l’objet tangible de tous les désirs

Homme et femme androgynes d’une même solitude

partagée dos à dos dans le sursis de la méfiance

Homme et femme au regard louchon

s’enivrant  à l’abreuvoir du Veau d’or

se nourrissant des chairs de leur image même

et livrant à la fulgurance des messageries

l’indispensable bégaiement de leur pauvre histoire

 

Zombie n’a pas fermé l’œil de toute la nuit

 

O Guillaume ! Je chanterai la chanson du bien-aimé

sur le pont de mes rêves prolifiques, de mes songes bâtisseurs,

sans tour Eiffel, sans automobile et sans aviateur

pour peupler le paysage des beautés fanées

qui subjuguent les âmes simples depuis l’aube des temps ;

sans calligrammes en échafaudage pour blanchir

les horreurs urbaines enfantées par un indomptable Moloch.

Je me laisserai bercer de mots en notes fredonneuses,

en strophes liées comme les épis moissonnés

sur le flanc des jours familiers et si clairs ;

si clairs qu’ils suffisent à éteindre l’orchestration

convenue de toutes les médiocrités rabâchées

par la congrégation des nouveaux prêtres

chargés de divertir les cathodiques âmes abandonnées.

Le partage et le don

Une enfant que le sort frappait cruellement

Découvrait qu’au village, avec sollicitude,

Chacun voulait combler sa perte des parents

En chassant de son cœur l’infâme solitude.

Pour grâce, la fillette offrait ses petits bras

Dans de menus travaux et, sagement discrète,

Elle œuvrait au labeur sans faire d’embarras

Pour ne pas révéler son épreuve secrète.

 

Ainsi faisant, la vie avait repris son cours

Et, dans chaque maison, la couche inoccupée

Permettait à l’enfant, sans quêter un secours,

De s’endormir en paix unie à sa poupée.

Son tissu de coton et d’éponge-douleur

Nourrissait, chaque soir, son amour pour sa mère

Qui, les doigts repliés sur un fil de couleur,

En petits points de croix, l’avait cousu naguère.

Puis vint la saison chaude et le chef de tribu,

Craignant la sécheresse au pouvoir maléfique,

Put convaincre les dieux d’offrir un sol herbu

En échange d’un gage ou cadeau magnifique.

Des villageois, pourtant, aucun n’était aisé

Et n’aspirait d’ailleurs à la moindre richesse

Puisque, pour noble prix et le geste apaisé,

Il pouvait partager l’honneur ou la tendresse.

Mais, ce fut la fillette agissant de plein gré

Qui, masquant de ses mains un cœur en ecchymose,

Fit don de sa poupée… alors que dans le pré,

Verdissant sous ses pleurs, naissait la primerose.

Le prix de la fleur

Il venait d’un pays qui n’existe qu’en rêve,

Un pays où la rose était comme une sœur,

Dont la seule présence avait ravi son cœur,

Pour elle, il accepta que sa fugue fut brève.

 

Dans son pays lointain, minuscule planète,

Le coucher du soleil venait, à satiété,

Illuminer sa vie et, parfois, l’habiller

D’un peu de poésie à l’heure où tout s’arrête.

 

* * *

 

Il est en mon jardin, mon pays, ma province,

Des centaines de fleurs au charme délicat,

Mais il est une rose, à la robe incarnat,

Unique et d’un grand prix, le sais-tu, « Petit Prince » ?

 

La fraîcheur du matin dépose en sa corolle

Une perle d’eau vive au reflet chamarré.

Et, dans la paix du soir, exaltant sa beauté,

Les couleurs du couchant lui sont une auréole.

 

Ainsi, nous dit l’enfant, chaque instant de la vie,

Nous offre une présence, un ami à aimer,

Un coucher de soleil pour nous émerveiller

Et pour nous rappeler que tout est poésie !

Eloge du Grand Prix 2013 Jacques Muller par Gérard Dalstein

Eloge du Grand Prix 2013 Jacques Muller par Gérard Dalstein dans Divers p11002622

« De t’aimer, je n’ai plus le cœur
cité de ma jeunesse grise
de mille oiseaux chanteurs éprise
au soleil fondant des fondeurs. »

Jacques, tu es né devant la batterie des hauts-fourneaux d’Hagondange, tu as vécu ta jeunesse au rythme de leurs feux, des gueulards animant les rues des cités. Et tu offres là dans un quatrain d’octosyllabes une vision d’une poignante justesse. Au soleil fondant des fondeurs… Magie des mots qui plongent dans l’instant inoubliable de la coulée.

Mais à saisir la suite du texte, de tes autres textes, on change tout à coup de registre. Pauvre monsieur Jourdain. Il était si heureux de sa belle découverte. Ainsi ce qui n’est point vers est prose et ce qui n’est point prose est vers ! Merveilleux ! Mais à te lire, est-ce si simple, est ce si sûr ?  Si ce n’est point vers, si ce n’est point prose, qu’est-ce donc. Mais oui ! L’œuf de Colomb ! C’est du Jacques Müller !

Mais en entrant dans ton monde, les considérations sur la forme deviennent dérisoires.

Les voici, « les cités incrustées dans la carapace de crustacés monstrueux…saoules du râle de leurs gueulards embouchés jusqu’à la lie…des cités ruisselantes de sueurs acides aux portes des exploits, des cités ayant poussé au pied des pyramides de laitier, hautes et lisses comme les tombeaux des pharaons dans la vallée des rois ; des cités aux draps de cendre flottant sur les pavés, les cours et les jardins ; la cendre jusqu’au lit des chambres nuptiales, là où les nichées ancestrales et multilingues dormirent à la même paillasse des rêves de terre promise. »

Lorsqu’on connaît cette Lorraine là, ses tribus du fer, on peut te voir passer les murailles au gré de ton chant pour nous interpeller depuis l’autre côté du miroir. Tu as traversé le Styx et tu en es revenu avec ta cantilène, un mot bien taillé pour qualifier ton expression poétique. N’aurais-tu pas, dans une autre vie, après le Parnasse, fréquenté le bateau lavoir, avec Picasso  et Apollinaire ?

Picasso formé au dessin le plus classique pour lequel il avait un don et qui va progresser pour passer lui aussi de l’autre côté du miroir avec son génie propre, au-delà des règles et des sécurités bien apprises ! Et toi, nourri de culture classique, car tu as notamment suivi Khâgne au lycée Poincaré à Nancy, toi qui a écrit des quantités de vers dans  cette tradition, tu abandonnes le confort des consonances de la rime, de la mesure bien réglée, arithmétique des syllabes, des recettes normatives de la prosodie pour explorer le monde intérieur des émotions inaccessibles à qui ne voyage pas les yeux grand ouverts avec une belle curiosité du coeur.

« visages aimés, visages de toujours, au front de la paroi rocheuse où vient mourir la déferlante des jours, enfants dela Curiedes innombrables qui ont fui les éclats du bonheur ; visages du don de soi baignés par le travail d’une mer de métal, d’une mer nourricière à ses marées de hautes et basses règles, et tout à la grammaire du faire dans le communautaire de l’esprit, je vous invoque de toute puissance des émois ! »

Oui, tu invoques, ainsi que les Anciens invoquaient les dieux, et au fil des partitions de ton lyrisme, on sent se redresser, comme dans la caverne de Platon, l’ombre de ces anciens pour retrouver des accents homériques, de l’épopée de l’Odyssée, de l’Iliade, de l’Enéïde. La « Mare Nostrum » s’est faite mer de métal.

Tu n’as pas oublié tes racines, passant des humanités à l’humanisme. Moderne, tu l’es dans la forme, classique tu le demeures dans l’esprit. Sur ton Agora, la guerre des Anciens et des modernes n’aura pas lieu, et alors que les combats des derniers représentants de la longue lignée des ferrons semblent vains, tu continues à déchirer l’omerta qui s’installe peu à peu sur la terrible trahison de la frénésie du profit qui va broyer l’avenir de milliers de familles, tuer l’image du père jadis héros et réduit à la prostration des vaincus.

Installé dès tes premières années professionnelles dans l’encadrement journalistique au grand-duché du Luxembourg, dans le luxe d’une population s’alimentant à la corne d’abondance des trente glorieuses, tu deviens chef de l’agence du Républicain Lorrain de Longwy, découvrant le drame de la misère matérielle et personnelle de la horde des travailleur laissés sur le carreau du plus grand démantèlement industriel de tous les temps, et l’ambiance fataliste qui étouffe ton propre métier. Tu aurais pu, comme beaucoup, attendre que l’exil longovicien se passe pour aller vers des cieux plus rieurs. Non, tu t’es attaché à ce peuple, refusant de t’associer à ce déclin tous azimuts, et au cœur de l’agence où tout semblait perdu, tu as, selon ta propre expression « ouvert en grand les fenêtres ». Je le sais par ton propos lorsque je t’ai rencontré pour préparer cette journée, mais je le sais aussi par un ami qui travaillait alors sous ta responsabilité, et auquel tu passeras ensuite le témoin.

Poète engagé, loin des salons et estaminets, ta discrétion ne suffit pas à masquer une certaine grandeur d’âme, une grandeur d’âme certaine. Et si tu as mis tout ton cœur dans ton métier de journaliste pour apporter de l’espoir à ceux de ta « tribu » dans les heures les plus sombres, tu n’as pas attendu le déclin pour pénétrer au cœur des antres du travail en prenant durant les vacances de tes années d’étude divers travaux postés, notamment un poste de pontonnier manipulant les lingots incandescents de plusieurs tonnes au bout d’énormes pinces se balançant au dessus de la fournaise des fours Pitt.

Tu nous laisses, avec ce cri qui n’est pas formulé comme une question, et qui pourtant me pousse à apporter une réponse :

« Des trompes funestes fissuraient depuis un temps déjà, les hautes murailles du temple du faire, et il m’appartiendrait – ô chantre des tribus honnies, abandonnées au sort des parias- de pratiquer les Langues de feu, figées dans leurs Coulées de larmes »

Oui, Jacques, cela t’appartient ! Et tu le fais si bien passant au-delà des mots dans l’esprit des choses.

D’ailleurs, avec la richesse, la précision de tes images, certaines de tes expression vont déjà passer dans l’un des plus impressionnants dictionnaires de langue, dont la dernière édition est en cours, dictionnaire né sur la terre Lorraine, dans la terre lorraine, une somme faisant référence en la matière en 6 volumes avec 80 000 entrées, le Glossaire du haut-fourneau.

En guise de conclusion, et puisque l’ouvrage dont ont été tirés les textes présentés au concours est maintenant édité sous le titre « Industrieuses amours », je ne peux m’empêcher de partager à l’assemblée  un extrait de tes propos gravés in fine de la quatrième de couverture, et qui résonnent comme un viatique pour l’avenir aux présents et futurs esclaves du virtuel :

« Mais il faudra dire aussi à tous les analphabètes de la communion des sens, l’incommensurable bonheur à pratiquer cette langue universelle -c’est-à-dire le braille ouvrier qui ne se lit qu’avec les doigts de l’expertise révélée- et transmise dans la perfection du geste. »

Bravo, Jacques pour ces multiples facettes de la poésie au grand air des fenêtres ouvertes sur un pays, une terre, et le cœur des hommes, et si sur ton chemin tu trouves de l’étonnement, peut-être même de l’incompréhension sur ton art d’écrire, je te citerai cette très belle invitation d’un poète que tu ne renies probablement pas, je veux parler de René Char. Il te dit :

« Impose ta chance,
Serre ton bonheur
Et va vers ton risque.
A te voir, ils s’habitueront. »

Villers les Nancy le 30 septembre 2013

 

L’angelus

Au clocher de Sainte-Gudule
Chante l’angélus du matin.
Un moine entonne son latin,
Alors sourit un incrédule.

Les airs que le sonneur module
Réveillent le jour incertain.
Au clocher de Sainte-Gudule
Chante l’angélus du matin.

Comme un solennel hiérodule
S’avance le vieux sacristain.
Son regard luit, presque enfantin,
Quand l’airain vibre, puis ondule,
Au clocher de Sainte-Gudule.

De t’aimer je n’ai plus le coeur

De t’aimer, je n’ai plus le cœur
cité de ma jeunesse grise ;
de mille oiseaux chanteurs éprise
au soleil fondant des fondeurs

Le temps gorgé du sang des heures heureuses poursuit son blanc chemin anesthésique.
Les chatons pendouillent comme les regrets qui jamais n’ont enfanté la résurrection de l’humble gaité d’hier. Est-ce trop demander que de ne plus entendre, sur le clavier muet des absences, la voix graveleuse et cruelle du souvenir qui submerge la grève des vaines attentes ?

Visages aimés, visages de toujours, au front de la paroi rocheuse où vient mourir la déferlante des jours, enfants de la curie des innommables qui ont fui les éclats du bonheur ;
visages du don de soi baignés par le travail d’une mer de métal, d’une mer nourricière à ses marées de hautes et basses règles, et tout à la grammaire du faire dans le communautaire de l’esprit,
je vous invoque de toute puissance des émois !

Mais ce regard aimant n’est amarré qu’aux rives blanches et glacées des justes quartiers de l’heure nouvelle née, et déjà tombée dans la suite amnésique des nombres ;
regard mouillé de toutes les pluies versées les nuits d’orage quand les peines font craquer le ciel à l’horizon d’un courage anémié…
Dans cet outre monde, dans ce monde de jadis, les êtres avaient une face familière ; les choses également. Même le temps fané était doux dans son amas de feuilles mortes…

De t’aimer, je n’ai plus le cœur
cité de ma jeunesse grise ;
de mille oiseaux chanteurs éprise
au soleil fondant des fondeurs

18 ans ; coeur brisé

Un jour d’avril, mon sommeil au zénith.
Dix huit printemps, songes rêves adolescents.
J’ouvre mes yeux, sur des mots qui crépitent
J’entends l’horloge, bouger l’aiguille du temps.

Dans cette chambre soleil, au bout de la nuit.
Je quitte mon lit, l’esprit encore emporté.
Au mur, le portrait d’une enfant au paradis
Dans le miroir mon visage, dix huit années.

J’écoute les bruits, ce matin du mois d’avril.
La bêche fend la terre, qui craque sous les coups.
Le café se mêle aux épices, arômes subtils.
Sous la flamme, le murmure de l’eau qui bout.

Dix huit ans, les sourires frappent à ma porte.
Baisers cadeaux papa, maman vous mes parents.
Sur la joue de mon père, une larme, passion si forte.
Dans ses bras je me blottis, bonheur de cet instant.

Je me souviens de ses mots «Ma fille, un autre Père»
Des paroles qui me brisent au cœur, je l’aime tant.
Je m’effondre sans regard, sans réponse de ma mère.
Dix huit ans, une pluie glacée m’inonde en un instant.

Papa oh mon père, pourquoi cette terrible déchirure !
Dans ma chambre je me réfugie, le jour s’écroule.
Mon père oh papa, comment supporter cette blessure.
Ma vie défile et je crie sur cette vérité qui m’enroule.

Alors les jours, les années passent et meurent.
L’adieu de mon père, dans cette maladie sans parole.
Anéantie terrassée, je m’enlise dans de sombres heures.
Submergée de chagrin, aux portes du vide je m’envole.

Je me relève fébrile, les yeux toujours mouillés.
Dans le miroir mon reflet, je cherche un autre regard.
Silence de ma mère, sur les douleurs de son passé.
Mon père n’est plus, l’autre sans doute trop tard.

Lui il est là proche et loin, les yeux encore ouverts.
Des frères des sœurs, dois-je les ignorer! les oublier!
Quelques phrases écrites, sans réponse de ce père.
Il est pourtant l’homme sans qui, je ne serais pas née.

Un jour de printemps, mon réveil au zénith.
Dix huit ans, je quitte mon rêve adolescent.
J’ouvre mes yeux, sur des voix qui s’agitent
J’écoute l’horloge, avancer les aiguilles du temps.

Syrie

                                                               Drôle, cet encrier que possédait mon père !

                                                               C’était un animal en bronze, un dromadaire.

                                                               Son dos creusé portant le couvercle bossu

                                                                              Passait d’abord inaperçu.

 

                                                               Il avait voyagé de Syrie en Lorraine

                                                               Dans la malle aux trésors d’un ami capitaine.

                                                               Il parlait de désert, d’oasis, de palmiers,

                                                                              Berçant mes rêves buissonniers.

 

                                                               Qu’importent maintenant Damas, Alep, Palmyre ?

                                                               J’imagine plutôt telle cité martyre

                                                               Où Bachar assassine en toute impunité

                                                                              Les amoureux de liberté.

 

                                                               Le journaliste intègre y devient une cible ;

                                                               Le mensonge s’ajoute à l’horreur indicible ;

                                                               Un monstre dissimule, aidé par ses nervis,

                                                                              Son goût des  peuples asservis.

 

                                                               Que la guerre s’éteigne en cette république

                                                               Où l’on a  dévoyé l’élan patriotique !

                                                               Que plus jamais n’y meure un enfant innocent

                                                                              De qui la terre boit le sang !

Maman, j’avais dix ans

Son sourire son visage; comme un soleil d’été.
Dans ses yeux, la beauté de la lumière.
Ses mots, comme un poème d’éternité.
Ses baisers ceux d’une reine, ceux de ma mère.

Oh! toi si belle, de l’aube à la nuit naissante
Ton regard caresse, posé sur mes cheveux blonds.
Ton amour, comme des braises incandescentes .
La douceur de ta main, le bonheur d »être un enfant.

L’arôme sucrée de la vanille, desserts parfumés.
Dans ma mémoire, l’odeur des galettes des gâteaux.
Tant de rires de joies, de farine éparpillée.
Maman tant de tes délices, comme des cadeaux.

Prés de mon lit des contes des légendes, ta voix.
Un livre ouvert, ton regard princesse sur le mien.
Le sommeil les rêves, qui m’emportent loin de toi.
Juste pour la nuit, jusqu’au baiser du lendemain.

Nos promenades, nos pas, notre beau village.
Le coucher du jour, au profond de tes yeux.
Les quatre saisons, comme de grands voyages.
Ta main dans la mienne sur le chemin des cieux.

Un sentier dans la forêt , des bouquets sauvages.
Des fraises des bois des baies, dans nos paniers.
La chaude saison, des fleurs cueillies bleues rivage.
Le blanc de l’hiver, la nuit de Noël les chants sacrés.

Maman dans le miroir, ton reflet , mon image.
Ton regard, mes yeux du même éclat de pureté.
Mon sourire gravé sur le tien, comme un partage.
Ma vie offerte par la tienne ,et nos cœurs enlacés.

Oh! toi si belle dans mes jours, dans mes nuits.
Ton amour comme un diamant, un joyau éternel.
Pour toi, ma passion plus brûlante que le soleil.

Transparence d’un rêve

Transparence du temps et de la raison
Histoire d’un rêve, au bout de la nuit
Au miroir d’un songe, aux quatre vents
Une pensée nue, balance sans un bruit.

Irréelle vision d’un monde transformé
Où, vont et viennent des hommes créatures
Étranges silhouettes, au regard déformé.
Qui avancent et reculent, aux portes de l’azur.

Reflets de fins bouquets éparpillés
Sur un tapis, de fleurs aux mille couleurs
Flotte, le voile d’une enfant de pureté
Qui entre ses mains, tient sa fragile candeur.

Illusion d’infinis, songe étrange de l’humain
A ces limites, de l’inconscience liberté
Des mots, des phrases naissent d’incertain
Des mots, des phrases meurent sans lendemain.

Amour, jamais connu, jamais vécu
Une fille de rêve, et de virginité
Dresse son corps et son innocence nue
Un voile blanc flotte sur son sein caché.

Clairières d’aurore, encore en brume
Où quelques ombres, au loin se faufilent
Entre une lueur et une étrange brume
Des formes sans regard se profilent.

Quelle couleur, quelle splendeur
Ce paysage, aux frontières de l’irréel
Fruit d’une nuit, au sommet de sa candeur
Un songe, passe et repasse à tire d’aile.

Transparence du temps et de raison
Souvenir d’un songe au bout de la nuit
Au miroir d’un rêve aux quatre vents
Une pensée étrange, balance sans un bruit.

Adoption

Adoption, adoption, drôle de situation
C’est un mot qui résonne,
A mes oreilles, qui tonne
Papa, maman,
Dites-moi, vous qui êtes mes parents :
Pourquoi les autres ont-ils
Tout le systématique
De l’enfant biologique ?

De leur famille, ils ont la ressemblance
Et puis de leur enfance,
Partagent la connaissance
Papa, maman,
Dites-moi, vous qui êtes mes parents :
Pourquoi suis-je esseulée
Souvent le cœur ailleurs,
Et comme abandonnée ?

Ecoute mon Cœur, entends chanter la joie
Qui nous est arrivée
Par ton petit minois.
Ecoute papa, maman,
Nous sommes tes parents,
Tu le sais, t’en souvient-il ?
Si tu es née ailleurs,
C’est pour notre bonheur

Adoption, adoption, c’est comme une chanson
Un très doux mot qui sonne,
Récompense et couronne
Des années de labeur,
Pour faire vibrer nos cœurs.
Ecoute papa, maman,
Nous sommes tes parents
Tu le sais, t’en souvient-il ?

Avance maintenant et essaie de rêver,
Avec les souvenirs
Que nous avons créés
Tu es bien notre enfant,
C’est là ton avenir
Nous sommes tes parents,
Pour t’aider à grandir,
Pour être à tes côtés et cela, à jamais.

Garde -le en ton cœur pour les jours de malheur.
Souviens -toi pour toujours,
Que l’adoption, au fond,
C’est une histoire d’amour,
Un chemin difficile,
Qui peut rendre fragile,
Une superbe aventure
Que d’avoir deux cultures.

Patientez !

Les enfants ont repris le chemin des écoles,
Les grands oiseaux s’en vont, ivres de liberté.
Déjà, le chrysanthème, au cœur des nécropoles,
Fleurit le souvenir et invite à prier.

Le soleil s’est joué des brumes automnales,
Pour habiller de pourpre un ténébreux ponant
Et les ors du couchant, au front des cathédrales,
Ravivent le credo des artistes d’antan.

Non, ce n’est pas le glas qui résonne à nos portes !
Une trêve s’annonce, un repos. Patientez !
C’est le temps de Prévert, le temps des feuilles mortes,
Car il faut bien mourir pour revivre … Attendez !

Attendez ! Patientez ! Car Sainte Catherine
Promet de donner vie aux greffons incertains.
On peut bien s’endormir lorsque l’heure est chagrine
Sans oublier l’espoir qui fait les lendemains.

(Extrait du recueil « Hymne à la vie » qui a reçu l’Alérion d’Or 2012 décerné par la SPAF Lorraine)

Noël blanc

Décembre mois immaculé, sur un chemin d’étoiles.
Sur le village, l’hiver a jeté sa fourrure d’hermine.
Au bord de la nuit, la saison s’est posée cristalline
Une pluie de neige opaline, se répand dans un voile.

Des maisons montent les fumées, voltigent les flocons.
Au cœur des cheminées; brulent les bûches crépite le bois.
C’est la longue nuit de Noël, la nuit divine de la saison.
Celle qui réunit les familles, dans les cœurs aux émois.

Moments festifs qui chassent, les bruits de l’an passé.
Fleurissent alors les rires, autour des festins de réveillon.
Dans la chaleur des foyers, les visages se parent de gaieté.
C’est la belle nuit de Noël, vibrante d’amour et de chants.

Au pied des sapins illuminés, les souhaits des enfants.
Sur leurs frimousses devenues anges, un rêve une prière.
Au fond de leurs yeux, un très vieux traîneau étincelant
Glisse par monts et par vaux, venu d’une terre millénaire.

Minuit carillonne au clocher, pour le prince des cieux.
Une chapelle scintille, en haut d’une colline blanchie.
Ses vitraux brillent de lumière, comme un brasier en feu.
Dans cette nuit sacrée, des hommes agenouillés prient.

Le sommeil s’est répandu, chacun songe dans la nuit.
Noël est à la porte des chaumières, de pourpre habillé.
Sous les sapins ornés, mille présents cotillons et confettis
Dans le ciel neige, un traineau file sous la voûte étoilée.

Au fond de la nuit, la saison s’est couchée cristalline.
Sur le village, l’hiver a posé son manteau d’hermine.

Ecoutez !

Ecoutez ces accents de la fête lointaine,
Le temps des Carnavals éloigne les frimas,
La musique de l’eau réveille la fontaine,
L’hiver s’en est allé sur des airs de sambas.

Et voilà qu’on entend, céleste mélopée,
Les cris des grands oiseaux, comme un chant de retour.
Ecoutez ! Dans le bois, de sa flûte enchantée,
Le merle vient fêter la naissance du jour.

Ecoutez ! C’est le cri qui annonce la vie !
Un cri, comme un appel au monde des vivants.
Un petit d’homme est né qui, déjà, nous convie
A venir célébrer le réveil du printemps.

Dans un souffle nouveau, comme brise légère,
L’enfant s’est endormi au creux des bras câlins,
L’heure est sérénité, qu’elle soit messagère
De l’avenir secret qui forge les destins !

(Extrait du recueil « Hymne à la vie » qui a reçu l’Alérion d’Or 2012 décerné par la SPAF Lorraine)

Situation réelle

Loin des discussions stériles
De ces gens jamais cupables,
Et des villes comme une étable
Où dorment les troupeaux serviles

Loin des ‘’charmes’’ au parfum d’exhibition
Que redéfinissent clameurs et érections,
Avec dans les esprits le rêve sous-jacent
D’être réincarné en sous-vêt’ment

Loin des violences suscitées
En tout homme d’esprit
Témoin d’la dyslexie
D’un peuple envers les priorités
Des signes de la vie

Loin des points cardinaux de notre société
L’argent, le pouvoir, le sexe et le succès ;
Du stress et des mensonges qui troublent l’esprit,
Le beau temps appartenant désormais aux psys ;
Loin des raisons sans raison, de ce grand bazar
-Bruit, trafic, paraître, pulsions, régimes à l’instar
Du tiers monde, fantasmes de débauche…car
La civilisation est une hypocrisie,
Une astucieuse mise en scène où les envies
Les plus viles se manifestent à la chute
Du rideau sur lequel elles grimpent et exultent
Loin de la techno, (des frimeurs et des pétasses)
De l’accord du rire
Au verbe séduire,
Des regards salaces
Contenant la préface
De la fin de la soirée,
Moi qui trouve à ma solitude une volupté
Je me promène, je dépasse l’escargot,
Je vois le lapin qui s’étonne et surveille
Les oreilles droites-deux petites ombrelles-,
Et je souris…Chaque réflexe dit ‘’aimer’’

Aux abords d’un pont rouillé,
Ou d’une ancienne charrue
J’devine les chevaux fourbus
Et les artisans du passé
Façonnant de leurs bras de fer
L’énorme chef-d’œuvre de terre… Campagne

Ici ma franchise perd son double tranchant,
La nature est digne de mon idéalité
Et mon imagination trouve son alphabet
Comme une langue maternelle forme l’enfant

O jamais la terre est ingrate,
La graine toujours fleurit
La plante offre ses tomates
Un peu de soin lui suffit

J’avance seul sans secours
Mais sans raison de tomber ;
Chaque motte du labour
Ebauche un cœur de fermier

Je m’approche des vergers aux odeurs malaxées
De pommes de cerises dans l’auroral creuset,
Les herbes mouillées s’affolent à mes rotules
Elles les noient, les embrassent, les adulent.

Les peupliers grattent la barbe aux nuages
Les roses dispersent comme des marques-pages
Leurs pétales parfumées. Le gros hérisson
File à travers une fourche oubliée dans un sillon

Déjà l’épouvantail au champ
Me susurre un refrain de Hard-Rock
De Warrant de Heart ou de Warlock,
Et a capella j’en fais un chant…

Chenille en ville sous une chrysalide
D’usages et de béton,
Entre les pissenlits de ma thébaïde
Je suis un papillon

Mon âme s’ouvre
Et mes poings lourds
S’ailent de doigts

Bè hè hè…la brebis et ses deux agneaux
Comme liés à mon ombre longent l’enclos,
Un bouquet d’herbe géant me tend les bras
Je l’arrache et l’offre à leur estomac.
A leur insu ils s’attachent au même brin
Comme d’autres s’attachaient au même spaghetti,
Et museau contre museau ils réalisent
Soudain.
Parmi eux les poules et les oies médisent…
-En cette heure endormie
Où l’aube caresse les coteaux comme des seins
Doux soupirs, élans du renouveau utérin…
Un troupeau nous épie-
L’église au loin, les fermes et quelques persiennes
Sont les seules choses à suggérer les vie humaine.

Dans une cour somnole
Le chien, le grand saule,
Le puits enrhumé…
L’air sent la forêt !
Au même moment là,
Tout bas, tout bas,
Un fil barbelé
S’offre en collier
A une jolie fleur…
En rosée, elle pleure.

Plus loin
L’Espierres, comme un réseau de veines
Engraissé par le cholestérol,
Irrigue les terres dottigniennes
En une molle et perpétuelle systole.
Alors qu’à un endroit il trace
En son cours le I de impasse,
Il m’arrive en un saut d’affronter
Assuré que je suis le plus hardi,
Les bras puissants de la gravité
Sous l’œil de ma chienne Sandie

Je marche vers l’horizon rougi ;
L es passereaux paient en harmonie
Le loyer de leurs verts abris.
Des merles sautent de branche en branche
Traçant du moment de la partition
Et leur ramage pose une question :
Sais-tu combien la rosée qu’épanche
La feuille jusqu’à notre gosier
Peut d’un chant affiner la pureté ?

J’écoute…Mon cœur me donne l’heure ;
Mon corps n’est plus que le médiateur
Entre mon âme pure et l’action,
Il soumet sa matérialité
Elle le gratifie de sa bénédiction
-sagesse et sentiment de grandeur-
Que les sens perçoivent sans peine,
-Doux effets d’une conscience saine !-

Aux chiendents les pensées se confient…
Assoupi contre un piquet de prairie
Mon corps dans les boutons d’or frais baigne ;
J’aperçois le bois de Bellegem
Petit poumon riche en oxygène,
Là-bas même les ombres respirent,
Elles ont des alvéoles solaires
Qui sous la gorge chaude des vents
Bronchent et s’étirent brusquement

Au centre de tout, dans le ciel
Un cœur palpite : le soleil !

Quelque part (c’était hier ici)
Sous une membrane d’ozone
La pluie soigne et régénère
La mousse la terre les aulnes
Comme un système immunitaire !

Quand je me sens seul à avoir compris hélas
Cet agrément, ce respect-ci !
Une strophe d’Hugo ou de Desbordes m’enlace
En sous-entendant ‘’moi aussi !’’

Et pendant que Sandie
S’acharne à débusquer un lapin,
Je me rappelle de Betsy
Et des années quatre-vingts

(Michaël Reigner – Mes fondements)

Le songe d’un enfant, l’Ange bleu

Je me souviens, dans mon enfance, d’un songe étrange qui m’habitait. C’était un rêve fabuleux, qui me poursuivait durant mes nuits. Ce songe que je fis durant tout un hiver, fût pour moi un souvenir inoubliable.
Quand venait la nuit, dans mon pays et que le ciel se paraît de ses compagnes lumineuses, je revois encore ce sillon d’argent qui m’emportait dans ce futur qu’était mon songe.
Je m’évadais jusqu’au matin, sur un nuage flottant, je traversais des océans et des montagnes de cristal et là-bas vers cet autre horizon, j’ouvrais mes yeux d’enfant sur un royaume merveilleux. Je ne me souviens pas, avoir vu quelque chose de plus féerique, que ce monde qui emplissait mon regard de merveilles à jamais gravées dans ma mémoire.
Je revois encore ce palais, qui scintillait dans ce soleil, comme un miroir aux mille glaces.

(Pour lire la suite, cliquer sur ce fichier :
fichier doc Weber Le songe

Mon père

Des milliers de bouquins rayonnaient en étages
Dans une pièce de vie cirée comme un parloir.
Des fauteuils et des chaises, des tables et des armoires
Croulaient sous les papiers et récits de voyages.

Mon Père était debout me lisant un passage
D’un conte fabuleux dont le fil de l’histoire
Déroulait des images gravées dans ma mémoire :
J’étais ce Chevalier, ce preux du Moyen Âge…

Au refus de subir, de voir le temps passer
Toujours petit enfant, je garde dans mes pensées,
Les instants de bonheur vécus avec mon Père.

Ce matin la poussière joue et danse au soleil.
Entre mes rêves d’enfant et ces livres en éveil,
J’aimerais encore dire : « Comme on est bien mon père ! »

SEBASTIÂO SALGADO

En complément de ma récente publication sur le photographe Sebastiao Salgado et ses photos N&B, voici un texte d’hommage rédigé en 1993 lors de la sortie de l’ouvrage qui lui était consacré dans la collection Photo Poche.
Armand Bemer

Muscles cuivrés, luisants
Qu’un soleil humilie

Regards hagards
Vers un objectif trop lointain

Longues silhouettes drapées
Dans des lins élimés

Guenilles désincarnées
Que nul visage n’habite

Fourmis agglutinées
Dans la gueule d’un gouffre
Agrippées aux échelles
Pour remonter de l’or

Peintre de la misère
Qui fixes l’essentiel
Du tableau de la vie
En clichés « noir et blanc »

Ombres lasses et tristes
Se vidant de leur vie

Réfugiés du Tiers-Monde
Où nos rêves agonisent

Mère à l’enfant chétif,
Dont le sein est tari

Visages noirs de suie
Où brillent leurs fiertés

Dans un monde en folie
Tu dis l’abominable
Quand croire encore aux hommes
N’est que crucifixion.

Photo Poche 93

L’amoureux retrouvé

tes mânes libérés de leurs tombeaux de suie

promenant sur mes pieds leurs complaintes brûlées

de clairs capharnaüms en palais sous la pluie

égrènent aux foulées leurs images brouillées

 

 

 

c’est la date abhorrée qui ploie ses voiles noires

sur l’océan perdu de nos rêves d’enfants

c’est la date enlacée aux murmures des soirs

sur l’oreiller noué de mes larmes d’antan

 

 

 

devenu ce marin cet aviateur des mers

qui vole ton image aux vagues infernales

je poursuis cette Errance en Robin ou Corsaire

sur ma bicoque neuve en vue d’Avril fatal

 

 

 

la voile noire ornée du vingt-cinq ennemi

soudain paraît et rit de mon esquif roulant

je me nomme Amiral et lance mes torpilles –

le vingt-six lumineux dresse un mât triomphant

 

et je ris

L’amoureuse abandonnée

les cheveux gondolés par la pluie de minuit
la jeune fille allait sur le cœur une rose
son pas triste et léger sur l’herbe où l’air se pose
fit briller le lichen sur ces statues de suie

la Lune en silence s’enfuyait et pleurait
assombrissant l’enfant et le cimetière
de sa peau brune et pâle elle embrassait les bières
au loin le coq stagnait  les nuages chantaient

la jeune fille allait la main close et l’œil sourd
les pans noirs de sa robe allongeaient des sourires
froids et indifférents en un cortège lourd
les pierres à ses pieds égrenaient des soupirs

la jeune fille allait enfin elle arriva
le tombeau de Mausole avait moins de beautés
une fleur se fanait la nuit l’enrubanna
là dormait le plus doux des plus doux des aimés

l’amoureuse accroupie dessina sur le marbre
un bouquet lacrymal de roses et de larmes
silencieux tout autour s’agenouillaient les arbres
comme des généraux faisant tomber leurs armes

elle embrassa la dalle et se signa muette
elle inspira son rêve et referma les yeux
sur le monde et la nuit comme un feu sur les Crêtes
sa tempe scintilla de rouge elle vit Dieu

Onirie sous son bras
la prit et la guida
sertie de chants heureux
jusqu’à son amoureux

C’est sur la ville

Dans la nuit noire de la ville
Une église d’un ton léger
Egrène trois notes tranquilles…

Un rêve vient me consoler.

Comme un écho sur les toitures
L’Italie à l’été flambant
Chuchote alors mon nom d’enfant

Et je m’attarde à son murmure.

Rues et gens sont endormis
Quand mon cœur traîne un peu dehors.
L’église sonne dans la nuit :

C’est sur la ville où Elle dort

(Cheminements)

Grand-mère

Grand-mère, aux cheveux si blancs
Grand-mère, au sourire si chaud
Je me souviens, de ce temps d’avant
Je me souviens, de ce temps si beau.

Toi ma belle et si douce grand-mère
Souvenir, d’une image d’éternité
Toi qui fus, pour moi comme ma mère.
Je t’offre ma pensée et mes baisers.

Je revois encore, ce regard aimant
Que j’embrassais en m’éveillant
Tu me berçais, si tendrement
Moi l’enfant, de cet heureux temps.

Sur tes genoux, je me taisais
Dans tes légendes, je m’évadais
Et ton visage, quand tu me contais
Se transformait, en prince et en fée.

Combien de fois, t’es-tu penchée
Sur mes rêves, quand je dormais
Dans mes nuits, je te retrouvais
Emportée au fond de mes secrets.

A toi, qui ne fut jamais colère
A toi qui pensait tant de prières
Souvent au fond de tes yeux clairs
J’ai vu resplendir la lumière.

Grand-mère, ce fut mon histoire sur cette terre
Un bouquet de fleurs en plein hiver

Ce n’était qu’un rêve

L’air des champs et des bois s’était assoupi, le long du chemin creux, à travers la prairie où coulait un ruisseau avec des bruits de pleurs.
J’avançais lentement, couverte de fleurs blanches, ce n’était plus hélas, le printemps des pervenches.
Dans les nids désertés se taisaient les chansons.
Je marchais effleurant les branches et soudain apparaissaient des fleurs sauvages dans les buissons ardents.
Une voix d’enfant secouée par des sanglots me parvint, je me réveille en sursaut, le visage humide, était-ce ma propre voix ? étaient-ce mes pleurs ? étais-je cette enfant ?

Prise de frissons et haletante, l’instant d’une respiration je m’abandonne au ciel.

Nostalgie

Le printemps est revenu depuis longtemps

Où sont donc les cavaliers blancs

Aux cœurs joyeux, aux rires d’enfant?

Ils sont partis là où les étoiles

Même le jour ne cachent pas leurs voiles

Ils ont descendu les vallées de saphirs

Où dorment leurs silences et leurs soupirs

Ils ont perdu leurs épées d’or et d’argent

Mais pour leurs bien-aimées s’en vont combattant.

 

Pour eux, il n’y avait qu’écrit dans les cieux

Des histoires de cœur au corps encore soyeux

Des rivières aux reflets encore trop bleus

Emportaient leurs larmes tendres sans feu

Ils ont souffert comme je souffre aujourd’hui

Du chagrin d’un espoir qu’on oublie

Ils ont effacé leurs maux sous la pluie

Pendant que leurs amours loin se sont enfuies.

Au cirque

Sur la piste,
dans l’orgie de lumière
un clown fait son tour,
jardin des artistes
des enfants tout autour.
Il est l’auguste et tombe…
Un enfant crie :  » Poum !  »
Et tous sourient puis éclatent en rires profus de dents.
Allongé,  » le nez rouge  » supplie en jérémiades…
…………………………………………………………
Dans le jardin des artistes,
au milieu de la piste,
il y a toujours un clown blanc…
Arrive le clown blanc une étoile d’argent à l’œil droit.
Aussitôt, il hèle vers les coulisses :
 » À l’aide mes amis, ma famille étoilée  »
Et chaque étoile des numéros précédents du spectacle
revient en piste.
La première revenue, par la main,
relève l’auguste soulagé qui salut.
Le public ravi applaudit comme un coup du ciel.
………………………………………………………..
Sur la piste un clown à fait son tour,
au jardin des artistes
des enfants tout autour,
et dans l’orgie de lumière…
le cirque sera toujours la piste aux étoiles…

Plus rien à dire

                               Plus rien à dire,

                                               tout à crier

                               et plus de larmes pour pleurer.

                La locomotive est déjà dans l’escalier.

                               Et cognent, cognent,

                                               mes peurs d’enfant

                                                               dans l’oreiller.

 

                               Plus rien à croire,

                                               tout à vomir

                               et plus de rêves pour dormir.

                L’inéluctable en guise de proche avenir.

                               Imminence du mur

                                               où nous allons finir.

 

                               Plus rien à dire,

                                               plus qu’à attendre

                               et plus de mots

                                                pour dire

                                                                le tendre.

                Les dents serrées,

                               le corps tendu,

                                               l’angoisse au ventre.

                               Monde abruti,

                                               bêtise au bord,

                                                               absurde au centre.

 

                               Plus rien à dire,

                                               tout à crier

                               et plus de souffle pour prier.

                La bête immonde

                               monte déjà

                                               dans l’escalier

                               et crache sa bave noire

                                               sur mon oreiller.

 

                               Plus rien à croire,

                                               tout à vomir

                               et plus de fièvre pour frémir.

                L’irréversible en guise d’ultime avenir.

                               Evidence du gouffre

                                               où nous allons finir.

 

                               Plus rien à faire,

                                               plus qu’à attendre.

                               Plus guère d’amis

                                               pour dire

                                                               le tendre.

 

                Cœur misanthrope,

                               tête épuisée,

                                               l’horreur au ventre.

                               Monde ahuri,

                                               le vide au bord,

                                                               la mort au centre.

 

Mon horizon

Mon horizon s’est fait sournois 

Ce matin, 

Il veut jouer au plus malin, 

Avec moi. 

 

Le médecin m’a dit : « prends garde, 

C’est malin ! » 

Qui veut donc briser mon destin ? 

La camarde ? 

 

Elle voudrait faire des siennes ! 

Mais demain, 

Je vais encor prendre ta main 

Dans la mienne. 

 

Mon horizon m’a fait faux bond 

Ce matin, 

Il veut jouer au plus malin 

Pour de bon. 

 

Mais que sait-il de mes espoirs, 

de mes rêves ? 

C’est l’aurore qui me soulève 

Pas le noir ! 

 

Moi, je connais quelque chemin 

En forêt, 

Où l’on peut cueillir le muguet, 

Le jasmin. 

 

Je veux cueillir la fleur sauvage, 

Au printemps. 

Trouver dans un regard d’enfant 

Le présage 

 

D’un lendemain qui sera fait 

De lumière. 

J’ai trouvé près de la rivière, 

Joie et paix. 

 

Le petit roitelet huppé, 

De ses trilles, 

M’enchantera sous la charmille 

Tout l’été. 

 

Mon horizon fait le malin, 

Quelle audace ! 

Il faudra que je le remplace 

Dès demain. 

 

Je veux aller par les vallons, 

Les chemins 

Et retrouver tous mes refrains 

Et chansons. 

 

Et je récrirai des poèmes, 

C’est promis, 

Pour te dire en catimini 

Que je t’aime. 

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