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Jardin de la sérénité infinie

Outre temps, du toit enneigé d’un monde inspiré, à travers les âges nus, un Océan de sagesse est venu offrir un libre hommage à l’empire des puissances terrestres, dans ce jardin de la sérénité infinie…

Lac tranquille aux nénuphars cloisonnés, entre les joncs manchonnés de velours noir, entre le rose nacré des calices étoilés, entre les lotus blancs et les iris en liens de sang bleu, sur ses lèvres mordorées, l’onde, joueuse à peine, unit de sa robe suave l’immense étendue de ses riches émaux dans la tiédeur du soir.

Un savant silence peint le fond d’or d’un théâtre naturel où déjà se meuvent des apparences porteuses de lampions aux trouées de vivants soleils. Les fourreaux emblématiques de processionnaires égéries franchissent l’ombre du poirier où se dénouèrent tant de subtiles intrigues; froissement de la soie sur des semelles muettes jusqu’aux abords du pavillon de la bienfaisance où sera bientôt servi le festin des cultures de l’esprit dans la faïence précieuse des émerveillements.

Sous les masques de jade qui ont traversé des siècles de marbre, dans la plainte des cordes pincées au quart d’émoi, s’insinue l’extatique sourire du bouddha repu de sagesse. Songeant sans doute aux lointains guerriers d’argile dans les travées de l’empire d’un mort ; empreinte fossilisée d’une monstrueuse folie en marche vers les portiques du néant. Armée d’orphelins dépouillés de leur âme et dressés dans leur superbe creuse, admirables fantômes des exploits consignés dans le dogme des vanités ; réincarnation glaiseuse d’un orgueil ébloui, gardant la poussière d’un improbable tombeau.

O que s’arrête, rien qu’une heure, le cours des turpitudes et des vénalités !

Le temps de boire les soifs de beauté dans la sombre laque des pupilles où dansent les feux mouillés d’une trouble tendresse.

Mouvance des mains, mouvance des corps, chorégraphie des mimes subjugueurs sur la scène des abandons consentis, le charme emprunte les chemins d’une langue sibylline pour réduire la raison à son lit de jouissance.

Séraphiques vénustés, sentinelles d’une Chine éternelle, officiant au seuil d’un éden qui surpasse les splendeurs de la Cité céleste dans ses ordonnancements lithiques et de santal…Cette nuit sera un fleuve de purs diamants où s’abreuvent les dieux de toutes les félicités !

In memoriam André Martin

In memoriam André Martin dans * MARTIN André martin-andre Notre ami André MARTIN, de Villers-les-Nancy, nous a quittés brutalement le 7 septembre dernier, après une
courte hospitalisation.

André avait obtenu le Grand Prix des Poètes Lorrains en 2010 et nous avions pu goûter sa poésie à travers ses textes consacrés à sa chère Lorraine et à ses « Symboles Vivants » : son histoire, ses valeurs, sa terre, son terroir, ses hommes et ses femmes, ses mirabelliers et son fruit d’or.

 « Les nuits de mai, la voie lactée goutte du ciel / Dans les coupes des fleurs, en poussière de miel / Les racines qui fouillent leurs entrailles charnelles / Vont transmettre la vie en féconde litière / Vie d’un témoin fidèle, en glèbe
maternelle / D’un vieil arbre aux fruits d’or, orfèvre en la matière. »

Une pensée pour André, en le remerciant pour les beaux textes qu’il nous laisse et pour son doux sourire. Toutes nos condoléances à son épouse Suzanne et à sa famille.

Armand BEMER,
délégué régional de Lorraine.

Précy jardin

Je vois ce jardin de Précy,
Précis, aux fines fleurs de ma peine
Où je m’avance triste et sereine,
Où je tombe comme au fonds d’un puits.

Mais c’est sur la pointe de l’esprit
Le cœur à l’envers, déchiré
Sur un coin de pierre du passé
Où l’oiseau de l’enfance s’est pris.

Et je retrouve au creux du nid
Entre les roses d’un voyage blond
Des restes de rêves à mon front
Derrière un voile tremblant de nuit.

Me pousse un arbre dans la tête.
L’arbre des souvenirs, infini,
Dont je vois les rameaux flétris
Au bout d’un éclat qui s’entête.

Mais ma voix reste prisonnière
Et je ne reviens de ces plis
Des chaleurs de tant d’étés fuis
Qui me couchent dans un lit amer.

Flottent les chuchotements volatiles
Me portant plus frêle qu’une fourmi
Pour me ramener jusqu’ici
Sur les rails d’un réel futile.

La main

Si mignonne elle était, si douce et potelée
Mais le hochet pourtant fermement retenait.
Elle était fort maligne et les tresses tirait,
Coquine aussi parfois, mimait des pieds de nez.

Souvent de confiture elle était décorée,
Du suc de l’encrier elle était colorée.
Elle a grandi pourtant et puis s’est affinée,
Alors un de ses doigts d’un anneau s’est orné.

Elle s’est épaissie, rompue à tout labeur,
Adroite et déliée, a soulagé les peurs
Du gamin enfiévré. A son front en moiteur
D’une tendre caresse a posé la douceur.

D’autres tâches encor’, elle accomplit, habile,
Elégante, imposante et rarement servile
Et ses fiers ouvriers tels de petits marteaux
Avec dextérité courent sur le piano.

Lors, belle travailleuse, amplement nervurée,
Sans avoir eu le temps d’être manucurée,
Délaisse son ouvrage et les armes dépose
Puis dans le marbre enfin un jour elle se pose.

Jardin de la sérénité infinie

Outre temps, du toit enneigé d’un monde inspiré, à travers les âges nus, un Océan de sagesse est venu offrir un libre hommage à l’empire des puissances terrestres, dans ce jardin de la sérénité infinie…

Lac tranquille aux nénuphars cloisonnés, entre les joncs manchonnés de velours noir, entre le rose nacré des calices étoilés, entre les lotus blancs et les iris en liens de sang bleu, sur ses lèvres mordorées, l’onde, joueuse à peine, unit de sa robe suave l’immense étendue de ses riches émaux dans la tiédeur du soir.

Un savant silence peint le fond d’or d’un théâtre naturel où déjà se meuvent des apparences porteuses de lampions aux trouées de vivants soleils. Les fourreaux emblématiques de processionnaires égéries franchissent l’ombre du poirier où se dénouèrent tant de subtiles intrigues; froissement de la soie sur des semelles muettes jusqu’aux abords du pavillon de la bienfaisance où sera bientôt servi le festin des cultures de l’esprit dans la faïence précieuse des émerveillements.

Sous les masques de jade qui ont traversé des siècles de marbre, dans la plainte des cordes pincées au quart d’émoi, s’insinue l’extatique sourire du bouddha repu de sagesse. Songeant sans doute aux lointains guerriers d’argile dans les travées de l’empire d’un mort ; empreinte fossilisée d’une monstrueuse folie en marche vers les portiques du néant. Armée d’orphelins dépouillés de leur âme et dressés dans leur superbe creuse, admirables fantômes des exploits consignés dans le dogme des vanités ; réincarnation glaiseuse d’un orgueil ébloui, gardant la poussière d’un improbable tombeau.

O que s’arrête, rien qu’une heure, le cours des turpitudes et des vénalités !

Le temps de boire les soifs de beauté dans la sombre laque des pupilles où dansent les feux mouillés d’une trouble tendresse.

Mouvance des mains, mouvance des corps, chorégraphie des mimes subjugueurs sur la scène des abandons consentis, le charme emprunte les chemins d’une langue sibylline pour réduire la raison à son lit de jouissance.

Séraphiques vénustés, sentinelles d’une Chine éternelle, officiant au seuil d’un éden qui surpasse les splendeurs de la Cité céleste dans ses ordonnancements lithiques et de santal…Cette nuit sera un fleuve de purs diamants où s’abreuvent les dieux de toutes les félicités !

Quand revient l’automne

Les hirondelles se rassemblent
Demain elles seront reparties
Dans le vent, les arbres tremblent
Et je me sens toute engourdie.

Le ciel est d’humeur changeante
Taches de bleu. Nuages gris
L’amant contre son amante
Reste blotti au fond du lit.

Au ras du sol, les feuilles courent
Et cherchent des portes ouvertes
Les vergers dans leurs beaux atours
Ne cachent plus de pommes vertes.

Les hirondelles sont reparties
Elles volent toutes vers le soleil
Le soleil ne luit plus ici
Octobre nous ensommeille.

Sous les bourrasques et les averses
Je traverse la nuit en courant
La pluie jusqu’aux os transperce
Et glace ce que j’ai de sang.

Je ne pas vu venir l’automne
Hier encore je cherchais l’ombre !
L’hiver viendra si monotone
Avec ses jours et ses nuits sombres.

Les hirondelles sont reparties
Par dessus les forêts de feu
Plus un seul oisillon au nid
Cet automne m’attriste un peu.

La Solitudine (Version II)

Ce soir…

La nuit se pare de l’église aux vitraux
Pâles et éburnés comme d’un joyau.
Entre le sommeil des croix des cierges des Jésus
La lune exalte le recueillement des statues.

Impassibles statues ! Mystiques icônes !
Mon rêve vous sculpte des expressions humaines ;
Ses ciseaux sur votre marbre se promènent,
Ils sont forgés à la flamme rouge-jaune
De mon amour inassouvi.

Majestueuses statues
Qui rempliraient l’idéal en mes bras !
Et ce frisson sur ma joue
Est-ce le souffle de vos inaudibles voix ?

Parmi vos présences où se pressent le divin,
Parmi toi jolie Marie et tes yeux de mère
Je viens apaiser le manque, le chagrin
A ma solitude plus glacée que votre pierre.

(Michaël Reigner – Mes fondements)

La Solitudine

Ce soir…

La nuit se pare de l’église aux vitraux
Pâles et éburnés comme d’un joyau.
Entre le sommeil des croix des cierges des Jésus
La lune exalte le recueillement des statues.

Impassibles statues ! Mystiques icônes !
Mon rêve vous sculpte des expressions humaines ;
Ses ciseaux sur votre marbre se promènent,
Ils sont forgés à la flamme rouge-jaune
De mon amour inassouvi.

Parmi vos étranges présences séculaires
Que dépaysent les secrets en vos yeux témoins,
Parmi vous, majestueuses, et l’aura des saints
Parmi toi jolie Marie et tes yeux de mère
Je viens apaiser le manque, le chagrin
A ma solitude plus glacée que votre pierre.

(Michaël Reigner – Novembre 1999)

Portrait

Planète je dessine ton visage :

herbe mièvre et folle et tiède et molle

nue pends-toi à la chevelure bleue

du ciel

 

 

 

arbre ruisselant ouvre ton œil vert

et laisse l’Hiver peindre tes sourcils

de blanc

Everest de ce pas quitte la carte

endormie et dresse-toi en un nez

de marbre

lagon balaye de tes bras ces lèvres

qui libéreront larmes et baisers

de sel

 

veuillez-vous lever madame Tortue

prêtez ce manteau à l’affreux menton

de l’Homme

pourquoi me voler

c’est la Création

c’est quoi

une erreur

L’amoureuse abandonnée

les cheveux gondolés par la pluie de minuit
la jeune fille allait sur le cœur une rose
son pas triste et léger sur l’herbe où l’air se pose
fit briller le lichen sur ces statues de suie

la Lune en silence s’enfuyait et pleurait
assombrissant l’enfant et le cimetière
de sa peau brune et pâle elle embrassait les bières
au loin le coq stagnait  les nuages chantaient

la jeune fille allait la main close et l’œil sourd
les pans noirs de sa robe allongeaient des sourires
froids et indifférents en un cortège lourd
les pierres à ses pieds égrenaient des soupirs

la jeune fille allait enfin elle arriva
le tombeau de Mausole avait moins de beautés
une fleur se fanait la nuit l’enrubanna
là dormait le plus doux des plus doux des aimés

l’amoureuse accroupie dessina sur le marbre
un bouquet lacrymal de roses et de larmes
silencieux tout autour s’agenouillaient les arbres
comme des généraux faisant tomber leurs armes

elle embrassa la dalle et se signa muette
elle inspira son rêve et referma les yeux
sur le monde et la nuit comme un feu sur les Crêtes
sa tempe scintilla de rouge elle vit Dieu

Onirie sous son bras
la prit et la guida
sertie de chants heureux
jusqu’à son amoureux

Un matin s’éveille

Glissé longuement dans la nuit,

encore allongé sur la campagne dans l’engourdissement de l’inerte,

le matin au creux de son lit ouvre la lueur diaphane du crépuscule.

Sur un arbre, une chouette pousse un hululement et bouscule le silence.

Du rideau nocturne apparaissent des chemins bordés de couleurs

et mêlés à des restes d’ombres.

Des bosquets de bouleaux s’érigent en relief et se détachent du ciel

dans les prémices d’ascension du jour.

À leur pied, la rosée casse son collier et pare de perles l’herbe coquette.

Les maisons du village, au bout de la perspective des glèbes en plein étirement, montrent à nouveau leurs fenêtres.

L’aurore au soleil levant du lointain a commencé le jour…

Bientôt l’Angélus…

Instants silence

Lumière éclatante
Dévoilant les pensées
Du jour qui se lève
Clarté pâle, nuages translucides
Chatoiement fragile
Magnificence révélée
Silence absolu !
 
Quand le soir tombe
Dans l’âtre le crépitement du feu se tait
Les heures s’écoulent lentement
Les braises se meurent doucement
Autre foyer, autre flamme, autre chaleur
Que la nuit recouvrira à son tour de son silence.
 
 Automne silencieux
Arbres dévêtus en pleurs
Dont les branches se réflêtent
Sur le sol, jonché par les feuilles mortes,
Que mes pas foulent dans la grisaille et le silence du matin.
 
Nuit silencieuse
Esquisse de deux corps
Qui s’étreignent dans la pénombre
Sentiments qui s’éveillent
Force tendre , danse sacrée de l’amour.

L’oiseau et l’enfant

Si j’avais des ailes comme mon oiseau 

Je partirai, par les chemins de l’azur 

Si j’avais des ailes comme toi l’oiseau 

Je traverserai cet océan si pur. 

 

Mais, je ne suis qu’un petit enfant 

Qui voit l’oiseau, voler dans le soleil 

Et je rêve qu’au bout de ce printemps 

Je m’envolerai vers ton pays de rêve. 

 

Gracieux souverain, de cet azur bleu 

Ton aile, frôle mes yeux d’enfant 

Si je pouvais courir les cieux 

Tu m’apprendrais le chant du vent. 

 

Mais tu t’éloignes, toujours au loin 

Pour le compagnon, de ton destin 

Et je rêve qu’un beau matin 

J’aurai des ailes pour suivre ton chemin. 

 

Bel oiseau, au plumage fleuri 

Montre-moi l’arbre de ta vie 

Pour qu’un songe m’emporte une nuit 

Par les forêts, jusqu’à ton nid. 

 

Si j’avais des ailes, comme toi l’oiseau 

Je partirais, sur les chemins de l’horizon 

Si j’avais des ailes, comme mon oiseau 

Je traverserais, cet océan profond. 

 

Insomnie

Je me réveille 

dans la nuit 

Est-ce 

le volet 

que heurte 

l’épaule du vent? 

 

Le cri plaintif 

de la hulotte? 

La cheminée où rôde 

une voix aigrelette? 

L’arbre qui grelotte 

près de la gouttière? 

 

Ma main 

cherche sans fin 

ton ventre ton bras ta main 

et se perd 

dans les plis froids 

du drap  

 

Pourquoi mon coeur 

ce tremblement? 

C’est ma chère 

le tendre soupir 

du souvenir 

 

ou le pouls fidèle 

de Minette 

qui s’endort  

les yeux ouverts 

sur le corps 

de ta longue Attente  

Ne plus rien…

Je voudrais…te prendre la main, 

                            Quand nos cœurs se font un peu lourds, 

                            T’emmener le long des chemins 

                            Jusqu’à ce que tombe le jour, 

                            Et surtout, ne plus dire rien … 

                            Que tu entendes mon amour. 

 

                            Je voudrais…te conter l’histoire 

                            D’enfants en quête de tendresse 

                            Qui ont cousu des nids d’espoir 

                            Sur de grands arbres de caresses 

                            Et suspendu dans leur mémoire 

                            Les chauds soleils de leur jeunesse. 

 

                            Je voudrais…puiser dans tes yeux, 

                            Où pétille la petite fille, 

                            Le grand courage d’être vieux, 

                            De ne pas partir en guenilles, 

                            Et d’allumer toujours le feu 

                            D’un vrai bonheur qui s’écarquille. 

 

                            Et je voudrais… rentrer le soir, 

                            Sur ton épaule ma main posée, 

                            Taire les mots, si dérisoires, 

                            Tout simplement te regarder, 

                            Et puis laisser la nuit s’asseoir… 

                            Pour boire un peu d’éternité. 

C’est le printemps

Filent, filent les hirondelles 

Dans le ciel, couleur océan 

C’est le printemps, il fait soleil 

Qu’il est doux ce petit vin blanc ! 

 

Corolles vives et jupes s’ouvrent 

Fleurs et filles en beauté 

Dans la lumière l’on retrouve 

De l’allégresse enfin la clé 

 

Forsythias et prunus explosent 

De couleurs, au fond des jardins 

Dans l’herbe reverdie se pose 

Un blanc papillon de satin 

 

Je te regarde sculpter ton bois 

A l’ombre d’un arbre chantant 

Puis à la même cruche on boit 

En riant, le petit vin blanc 

 

Tiens, voici que quatre heures sonnent 

L’on entend au loin des enfants 

Près de nous, un bourdon bourdonne 

Les mésanges pépient gaiement 

 

C’est le printemps, il fait soleil 

Il flotte des nuages blancs 

C’est le printemps qui émerveille 

Et nous prend amoureusement. 

C’est clair

Ellipse de lumière à l’horizon faiblit
Mille feux tout de roses incendient le bleu nuit
Et l’éclair de la lune égratigne haut la voûte
Rutilants les éclats du couchant d’or m’envoûtent.
Validés par la buse immobile en son champ
Elle fixe aux anges le soleil qui descend
Ilot de lumière qui s’attarde et se pose
Les arbres ruisselants d’étoiles s’interposent.
Le géant hypnotique au loin fait doux visage
Et persiste le bleu profond tel un présage
Mes yeux sont attirés comme par un aimant
Et contemplent le beau de si riches moments.
Nature nul autre n’offre scène si belle
Touchée à chaque jour d’une perfection telle.

Un arbre rêve

                                      Un arbre rêve

                                               Au bord de l’étang,

                                               Il rêve

                                               Au printemps.

                                               Dépouillé par

                                               L’automne,

                                               Il frissonne.

                                               Sur ses branches nues,

                                               Les oiseaux se sont tus,

                                               Ils sont partis

                                               Bien loin d’ici.

                                               Bientôt viendra

                                               L’hiver,

                                               Recouvert

                                               Seront ses branches

                                               D’une couche blanche,

                                               Il aura froid.

                                               Un arbre rêve

                                               Au bord de l’étang,

                                               Au printemps.

 

 

                                               Gérard  Bollon-Maso (délégation lyonnaise)

 

Lorrain

Une croix de Lorraine hissée sur la victoire ; 

Le blason d’un duché d’or et de sang teinté, 

Dans l’envol fulgurant d’alérions argentés ; 

Un beau mirabellier, arbre prémonitoire. 

 

 

 

Voici de la Lorraine un emblème notoire. 

L’or rutilant des fruits au blason incrusté, 

Ailes d’oiseaux et fleurs de même pureté. 

Glorieux pilier vivant d’un noble territoire. 

 

 

 

Migrant venu d’ailleurs en terre d’adoption, 

Promu lorrain de souche comme être d’exception. 

Par tous ceux qu’endurcit le climat de rigueur. 

 

 

 

Au mois d’août le Lorrain dans sa charpagne* égrène, 

Sous les mirabelliers enracinés de cœur, 

Les merveilleux fruits d’or aux couleurs de Lorraine. 

 

 

 

 

* Panier à deux anses. 

Terre charnelle

Au pays éprouvé des marches de Lorraine, 

De l’argile rebelle aux calcaires profonds, 

Un nectar d’eau de vie sourd sans fin du tréfonds, 

Un nectar d’eau de mère à couronner des reines. 

 

 

 

Promesse de fruit d’or, discrète et souterraine, 

Quand s’ouvre, imperceptible, un œil sur un greffon. 

L’arbre au sein de sa mère en secret puise à fond 

Un élixir de vie pour prunes souveraines. 

 

 

 

Les nuits de mai, la voie lactée goutte du ciel, 

Dans les coupes des fleurs, en poussières de miel. 

Les racines qui fouillent leurs entrailles charnelles 

 

 

 

Vont transmettre la vie en féconde litière, 

Vie d’un témoin fidèle, en glèbe maternelle 

D’un vieil arbre aux fruits d’or, orfèvre en la matière. 

Début d’automne

                            La maison frissonne sous un soleil déchu. 

                                   Sous les arbres proches, murmurent les fontaines 

                                   Berçant l’écho des bois et nos pensées sereines. 

                                   Un vol de passereaux s’éloigne dans les nues. 

 

                                   Dans l’or du crépuscule, une lune laiteuse 

                                   Maintenant apparaît dans un voile embrumé ; 

                                   Un vent vif de fraîcheur passe tout parfumé, 

                                   Puis le ciel étale son ombre ténébreuse. 

 

                                   Un air très frais nous pousse à rentrer sagement 

                                   et à nous installer devant la cheminée; 

                                   Un bon feu crépitant réchauffe la soirée ; 

                                   Tel jadis les veillées, nous discutons gentiment. 

 

                                   Déjà la nuit est noire et le vent plus grand. 

                                   En ce début d’automne où change le climat, 

                                   Les matins seront froids en ces premiers frimas, 

                                   Nous allons vers l’hiver, inexorablement. 

 

 

                                   Gérard  Bollon-Maso 

Premier mirabellier

« Des arbres beaux à voir ; des fruits bons à manger » 

La Genèse en couleurs et parfums confondus. 

Pur bonheur exhalé dans le profond verger 

Du beau jardin d’Eden, le paradis perdu ! 

 

 

 

Les premières lueurs d’une aurore vermeille 

Teintent d’or les beaux fruits de la félicité : 

Mirabelles mûries au jardin des merveilles, 

C’est Lorraine promise à la fécondité. 

 

 

 

Au couchant, le brasier du premier jour s’achève, 

Il fait rougir d’envie le fruit mûr du pommier 

Qui nourrit en secret un serpent de sa sève, 

En défiant l’éternel, le divin jardinier. 

 

 

 

L’arbre n’était connu ni d’Eve ni d’Adam, 

Capable d’éloigner du démon de l’envie, 

Au merveilleux jardin, les premiers résidents. 

Mirabellier – Dieu seul le sait – « l’Arbre de vie » ? 

 

Devant les tombes

Avec ces bruyères et ces jolies fleurs,
Avec aux arbres autour, une fois encore,
Ces feuilles d’or en décrépitude qui meurent,
Elle avance,
Elle avance un peu plus sombre,
Chaque premier novembre, avec certitude,
La mort.

Tous ces gens debout devant les tombes, alors,
Graves et raides, ces vieux
Aux longues barbes, aux blancs cheveux,
Engourdis dans leurs beaux habits,
Terreux, comme s’ils venaient d’en sortir,
Des tombes,
Et ces autres, priant et pleurant,
Comme s’ils s’apprêtaient à y entrer,
Sur le seuil de la nuit, le cœur déjà mourant.

Destins fragiles et mortels
Subodorés auprès des stèles
Où reposent les dépouilles des pères,
En tout, n’ayant passé que quelques décennies
Sur l’éternelle terre.

Les gens voient les ombres de ces pères,
Les pères qu’ils ont aimés,
Leurs ombres qui se meuvent sur la pierre ;
Ils distinguent leurs visages surgis du passé,
Ils voient l’infâme, ils voient l’éphémère,
Et, d’un coup, les voilà prêts, le jour même,
À rendre leur âme, comme çà,
Là, dans les effluves des chrysanthèmes.

Oh ! elle avance un peu plus sombre,
Chaque premier novembre, avec certitude,
La mort. 

Etat d’âme

Au-dessus de mes os, le soleil de septembre
Avait chauffé la peau de pierre d’Italie
Que nettoieront bientôt pour rendre son poli
Mes enfants aussitôt qu’arrivera novembre…

Sa chaleur en défaut, aussi tiède que l’ambre,
Me poussait son cadeau jusqu’au fond de mon lit
Avant qu’avec leurs seaux, leurs brosses et leur folie
Ils enlèvent à grande eau sa vie de tous leurs membres…

En effet, les lichens, tout heureux d’avoir su
S’accrocher non sans peine sur ce marbre tout nu
Me rappelaient ma joie du jour de leurs naissances !

Alors, tel un vivant râlant sur ses soucis
Mon squelette sans voix soupira d’impatience
En attendant le temps de l’archéologie !

Bribes d’automne

         La brume s’effiloche, 

          en voiles de dentelle, 

                            sur octobre qui tremble 

                            aux pourpres horizons :                    

          lumière sans pareille sur la toile du ciel… 

 

         Le peintre s’émerveille de la rousse saison… 

 

                  Les forêts incendiées, 

                           lentement , 

                                      au grand vent, 

                                              se dépouillent… 

                  Sur le seuil des frileuses clairières, 

                            les chemins embourbés, 

                                     sous l’averse, 

                                               s’enrouillent… 

          

         Oh ! longs sanglots de feuilles endeuillant les lisières ! 

 

                  Le vieil arbre qui craque, 

                            avant la fin du jour, 

         tend ses bras douloureux vers d’obèses nuages… 

                            Quelques fangeuses flaques, 

                                      posées sur les labours, 

                  invitent les corbeaux à d’étranges voyages. 

 

                            Des pas pressés s’enfuient … 

                   loin des gris insipides. 

                            L’inéluctable nuit, 

                                      se glisse, 

                                                pour le pire, 

         dans les moindres recoins des campagnes livides. 

 

                   Octobre, 

                             tout chagrin, 

                                      s’éclipse sans rien dire… 

Au coeur de la nature

Six heures trente. La campagne doucement s’éveille, une brume légère enveloppe telle une grande écharpe le paysage qui s’étire à perte de vue. Les herbes, dont les extrémités sont perlées par la rosée matinale, ressemblent à une myriade de diamants.
J’emprunte un sentier que longe une petite rivière, un couple de colverts au plumage chatoyant glisse amoureusement sur l’eau translucide.
La lune blafarde commence à baisser sa garde en jetant un dernier regard sur ce paysage éternel, laissant alors le champ libre aux premiers  rayons pâles du soleil qui percent timidement derrière une rangée de peupliers gigantesques semblant se tenir au garde à vous. Je continue ma marche silencieuse sur un étroit sentier qui serpente la colline. Au loin se font entendre les sept coups de l’angélus.
Sur ma gauche, à peine apparente, recouverte de mousse, une voie de chemin de fer aux traverses de bois rongées par les intempéries, usées par le temps et abandonnées depuis de nombreuses années.
Pourtant, en la regardant, dans mes oreilles résonnent le grondement sourd du train ainsi que son sifflement, c’est une image du passé qui ravive mes souvenirs car la modernité a pris le pas sur l’ancienneté.
Entre de petits îlots verdoyants, des arbres dénudés conjuguent vie et mort à l’image de nos vies.
Un champ labouré me rappelle la présence du paysan vivant pour sa terre au sein même de cette nature généreuse et magnifique.
Habitations en vue, des tas de bois adossés aux maisons annoncent un hiver rude, mais évoquent aussi des veillées joyeuses au coin du feu entre voisins, soirées faites de rencontres, d’échanges et de partage.
Mes pas me conduisent ensuite près d’un enclos où  des vaches ruminent paisiblement.
A l’écart en contre-bas un poulain tête sa mère. Fascinée par ce charmant tableau, je me dis que Dame Nature est bien belle.
Chemin faisant ici et là, des petits monticules de feuilles desséchées, palette de couleurs variées qui vont du rouge vif en passant par le brun et l’ocre, une merveille pour les yeux. Merci à toi le vent qui n’as pas encore accompli ton oeuvre.
Nudité presque indécente des arbres qui ont perdu leurs habits de verdure, qui agitent leurs branches comme des spectres formant des ombres inquiétantes sur le sol.
Une buse vient de faire une halte sur un câble à haute tension avant de reprendre son envol vers une mystérieuse destination.
Je m’assois sur un tronc d’arbre, je respire l’air si vivifiant, je fais le plein de mes poumons.
J’apprécie ce silence qui se dégage de la nature, il me ramène plusieurs années en arrière au temps où je n’étais qu’une petite fille vivant à la campagne.
La beauté de ce paysage m’émeut profondément, elle pénètre mon âme pour me faire oublier le quotidien de ma vie à la ville. 

La croix du chemin

Pareille au chêne de cent ans,
La vieille croix de bois sur les maisons sommeille.
Des soirs bleus à l’aube merveille,
Sous les neiges d’hiver, dans les fleurs du printemps.
Elle est là, dans les chaumières.
De l’orage annonce les chants, pour dire aux paysans :
Soyez bons, aimez-vous comme des frères.
C’est la vraie croix du chemin rêveuse et solitaire,
Dans les fleurs du printemps et dans la paix du soir.
A travers le sol beauceron, pas un arbre n’etend
Son feuillage immobile de l’or vert.
C’est une île que l’on voit se dresser sur le grand horizon.
L’alouette des champs se pose dans son ombre.
Le vagabond s’abrite du soleil en mangeant le pain rond,
Qu’un filet d’eau de source arrose.
C’est la croix du chemin, qui parle au vent d’automne,
Avec ces bras tendus qui creusent la terre.
A travers les échos de l’angélus qui sonne.
Dans les rumeurs du vent et de la paix du soir.
Moi qui ne tremble devant rien,
Incrédule, indécis, remué par la souffrance,
Perdu parmi la plaine immense,
J’ai dit: que fais-tu là, vieille croix du chemin?
Sous la nuit étendant ses voiles,
Tu te penches plus qu’il ne faut,
C’est afin, dit la croix, qu’un de mes bras, là-haut,
Vous montre encore les étoiles,
C’est la croix du chemin dont la pitié pardonne,
Toi qui ne crois en rien, tu crois peut-être en Dieu? 

Comment réagissez-vous à l’automne et aux mois en « bre » ?

Marie-France nous propose un nouveau sondage.
L’automne, la fin de l’été, le retour des vacances, la rentrée, le brouillard, les frimas, la Toussaint et Noël. Mais aussi les couleurs chaudes des arbres en rouge et jaune dans toutes leurs nuances, la transparence du givre, l’opacité de la brume matinale, la neige et ses cristaux. Quel effet l’automne et ces mois en « bre » ont-ils sur vous ? Ils vous mettent le moral dans les chaussettes ou au contraire vous inspirent ? N’hésitez pas à voter ci-contre.

L’oiseau

Un oiseau m’appelle
Dans les arbres nus.
Sa voix est si belle
Que j’en suis ému.

Mais à tire d’aile
Et à mon insu,
L’ami infidèle
A quitté ma rue.

Plus rien dans le ciel
Ne me distrait plus.
J’apprends mes voyelles :
A – E – I – O – U

(Extrait du recueil « Dessine-moi un poème » illustré par Monique Colin)
loiseau.jpg
 

Si près de la nuit

Dans le parc les arbres frissonnent,
Le pin courbé pleure des stalactites
Sur la lune rousse qui s’abandonne…

Dans la cheminée, les flammes crépitent…

En prélude à une harmonieuse soirée,
Mezzo voce,
Un concerto de piano,
Egrène, lento,
Ses notes mélodieuses.
Les sonorités chaudes et caressantes
Rendent l’atmosphère troublante.

L’immense miroir reflète
La danse endiablée du feu…

Autre pas de deux :
Tendrement enlacés,
L’un contre l’autre serrés,
Deux corps vibrent comme corde d’archet.
Une petite voix implore :
« Berce-moi, berce-moi encore
Longuement dans tes bras,
Comme si c’était la dernière fois.
Je veux garder l’empreinte de tes doigts
Et m’endormir au creux de toi,
Ne plus avoir ni peur ni froid ! »

Les bras tendus vers le ciel
En une plainte éternelle,
Les vieux charmes
Rendent les armes
Et lancent une ultime prière…

Les yeux des amants
Se font suppliants
Et, tandis que la nuit s’effiloche,
Deux cœurs s’accrochent…
S’accrochent…

( ce poème a obtenu le premier prix en poésie libre au Grand Prix 2010 de la société ARTS-SCIENCES-LETTRES     de PARIS) 

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