Archive pour la Catégorie '* CHALUMEAU Isabelle'

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Interrogations

Quand mes yeux trouveront le souvenir des choses
Pour unique aperçu du monde environnant,
Pourras-tu me donner, d’un pinceau dominant,
Les couleurs de la terre et ses métamorphoses ? 

Lorsque mon cœur tari par les chagrins divers
Et mon corps fatigué par le poids des années
Ne charmeront, hélas ! que des âmes damnées,
Voudras-tu partager mes ultimes hivers ? 

Du jour où le désir privé de sa jeunesse
Ne viendra plus gommer d’un coup nos désaccords,
L’usure par le temps malgré tous nos efforts
Cessera-t-elle enfin pour que l’amour renaisse ? 

Maudite lassitude ! au nom de quels tourments
Ou de quels idéaux dois-tu troubler nos vies ?
Et ces folles ardeurs que nous avons suivies
N’étaient-elles qu’un leurre exempt de sentiments ? 

Si la mort aujourd’hui, pour un dernier voyage,
Me prenait dans ses bras, deviendrais-je regret ?
Et conserverais-tu, comme un tendre secret,
Le parfum du plaisir semé dans mon sillage ? 

(Extrait du recueil Rouge et Noir Eden)

Au large du Pouldu

Lorsque la mort, hélas ! nous aura séparées,
Si je pars la première au pays des gisants,
Ne laisse pas mon corps aux mains des bienfaisants,
Ces marchands de chagrins en chères simagrées. 

Refuse le cercueil aux charnières dorées,
Les gerbes et les croix, les tombeaux imposants ;
Ma dernière demeure au large des brisants
Sera belle et profonde au secret des marées. 

Marche un peu sur la grève, entends les goélands,
Ecoute les échos de nos anciens élans,
Observe bien la brise et libère mon âme ; 

Mes cendres quitteront la plage du Pouldu,
Où mon cœur aujourd’hui proche du tien se pâme,
Avec le souvenir de ton amour perdu. 

(Extrait du recueil Rouge et Noir Eden)

Février

Est-ce pour se venger de sa petite taille
Que cet instable mois, dans un brusque sursaut,
Se jette à corps perdu dans l’ultime bataille,
Pour offrir à l’hiver le bonheur d’un assaut ?

Mais bravant la froidure ou les flocons de neige,
Les enfants déguisés fêteront carnaval ;
Sur la place déjà les chevaux d’un manège
Attendent les acteurs du joyeux festival.

Au milieu de sa vie une journée entière
Est vouée à l’amour grâce au cher Valentin ;
Le cœur d’une fleuriste ou d’une bijoutière
Bat au rythme effréné des pièces du butin.

La douleur de partir est parfois prolongée ;
Un jour supplémentaire est un cadeau cruel
Pour qui voit sa tristesse à peine soulagée
Par le retour certain de l’an perpétuel.

(Ecrit le 01.01.1998)

Janvier

Arrivé le premier au milieu de la fête
Il explose de joie au son des violons,
Des bouchons de champagne et des coups de trompette,
D’une valse musette et des joyeux flonflons.

Après les baisers longs et les tendres étreintes
Des amoureux toujours mais pour combien de temps,
Les résolutions, d’enthousiasme empreintes,
Se prennent chaque année et se perdent longtemps.

Vers le petit matin, les yeux lourds de fatigue
Et la bouche pâteuse à cause de l’alcool,
Chacun rentre chez soi comme l’enfant prodigue,
Malgré le brouillard dense et givrant sur le sol.

Trente et un jours de neige, autant de nuits polaires,
Janvier s’étire et dure et tue avec froideur
Les exclus du système en plusieurs exemplaires
Avant de disparaître au fort de son ardeur.

(écrit le 29 novembre 1997)

Le soleil, décidément…

Dans la blancheur de l’aube, au seuil d’un jour nouveau,
Devant mes yeux rêveurs que la beauté fascine,
Un long trait vermillon lentement se dessine
Pour former dans les cieux l’éphémère écheveau.

Une lueur saumon festonne les nuages
Avant de se répandre, embrasant l’horizon,
Incendiant la ville à perte de raison,
Offrant à la cité ses plus beaux éclairages.

Puis il s’élève enfin majestueusement,
Symbole permanent de la force tranquille,
Et la lune pleurant une impossible idylle
Se retire en silence au bord du firmament.

Si j’étais le soleil, malgré l’ordre des choses,
Pour l’amour d’un regard je brillerais la nuit,
Illuminant ton cœur d’un sentiment qu’il fuit
Et réchauffant tes reins de mes rais grandioses.
(Extrait de mon recueil Amours Multiples édité en 1999)

A chacun son soleil noir…

A l’heure où le brouillard lentement se retire,
Le ciel se découvrit, déserts incendiés,
Aux yeux des citadins, muets, pétrifiés,
Et la lune versa quelques larmes de cire.

Un sapin, torche vive, agonise au milieu
Des cris de désespoir, des gémissements rauques,
Et sur les bords en feu d’une mare d’eaux glauques,
Je vois un cœur se tordre, ultime écho vers Dieu.

Dans le silence impur de cette fin d’un monde,
Captive d’une cage aux barreaux de cristal,
Devant ce cataclysme à mon amour fatal,
Mon âme gît au fond de ce cloaque immonde.

Alors un soleil noir surgit à l’horizon,
Issu de mes tourments d’un passé solitaire,
Quand la peur me tenaille et m’oblige à me taire,
Et dans le doute, hélas ! vacille ma raison.

(extrait de mon recueil Les Hallucinations édité en 2000)

La neige

Pendant la nuit, sans bruit, les flocons ont paru
Et valsé dans le ciel avant de toucher terre,
La recouvrant bientôt jusqu’au moindre parterre
D’un mince tapis blanc de nul pas parcouru.

A l’aube cependant le silence est sublime :
La ville a revêtu son manteau virginal,
Et chacun découvrant ce décor hivernal
Est saisi malgré soi d’un respect légitime.

Parfois le vent s’amuse à frôler dans le parc
La cime des sapins frissonnant sous le souffle ;
Le pied d’un banc chaussé d’une étrange pantoufle
Réconforte un rameau recourbé comme un arc.

Moi, si j’étais la neige, à partir de novembre
Je tomberais sans cesse avec l’espoir diffus
De semer un émoi dans ton regard confus,
Au risque de périr sur le seuil de ta chambre.

(Extrait de mon recueil Amours Multiples édité en 1999)

Le Poète

Homme ou femme, être seul devant la feuille blanche,
Le poète en silence apprivoise les mots
Pour libérer les cris, les soupirs, les sanglots
Que son cœur accumule où son âme se penche.

Il respire l’odeur d’un bâtonnet d’encens
Pour construire des vers au feu de sa magie,
Aux rythmes violents, puis la fougue assagie,
Se laisse envelopper dans ses parfums puissants.

Son esprit vagabonde au gré de ses pensées
Que sa plume est trop lente à transcrire en quatrains,
Rimes plates ou non, parfaits alexandrins,
La césure conforme aux règles avancées.

Dans cette solitude il écoute, la nuit,
La tristesse lunaire et perçoit des paroles
Qu’il interprète au mieux sans trahir les symboles
Des messages d’amour cachés dans chaque bruit.

Il chevauche le vent, décroche les étoiles,
Quitte nos horizons pour d’autres univers
Où l’ombre des étés réchauffe les hivers
Que la brume d’automne abrite sous ses voiles.


Le poète quittant le charme et la beauté,
Dépassant le terrain de ses douleurs intimes,
Devient porte-parole en dénonçant les crimes
Perpétrés tous les jours contre l’humanité.

Car s’il a pour devoir d’offrir du rêve au monde,
Il faut qu’il sache aussi faire entendre sa voix
Pour parler des martyrs dont il porte la croix
Lorsqu’une bombe éclate ou que la terre gronde,

Condamner la torture et ne pas dire amen
Aux bourreaux déguisés en maîtres respectables,
Soulever les tabous, démasquer les coupables
Et malgré tout chanter ce rouge et noir Eden.

(Extrait de mon recueil Rouge et Noir Eden publié en 2005) 

Isabelle Chalumeau

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Isabelle Chalumeau, née en 1957, membre de la SPAF depuis 1998, lauréate de nombreux concours locaux, nationaux et internationaux.
Grand Prix des Poètes Lorrains en 2002, j’ai obtenu l’Alérion d’or en 2005 et 2007.
Secrétaire commerciale trilingue en France et l’étranger pendant vingt-cinq ans, j’ai été licenciée en 2002. Après une année d’intérim, j’ai décidé de travailler comme écrivain public indépendant. J’ai créé ZAZ-ECRITOIRE en janvier 2004. Pour en savoir plus :
http://ichalumeau.free.fr
Depuis 1999, je publie chaque année un ouvrage en autoédition : poèmes, nouvelles, roman épistolaire, poésies pour enfants.
Ecrire était pour moi un exécutoire ; cela est devenu mon métier.

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