Archive pour la Catégorie '* CHALUMEAU Isabelle'

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L’île du jour d’avant

Sur la mer couleur jade une terre est posée,
Joyau de la nature au milieu du désert
Où le soleil se mire aux perles de rosée
Sous l’œil émerveillé d’un perroquet disert.

Sur l’or de son rivage un matin de tristesse,
Lasse de solitude avec toi j’ai dormi,
En dépit de la peur me poursuivant sans cesse
Dans l’ombre du passé, mon unique ennemi.

Sous un rayon de lune, à l’abri du silence,
Mon âme s’est donnée avec le cri du corps,
Et mon cœur a rompu son air d’indifférence
Pour te rejoindre enfin dans cet autre décor.

Mais alors que l’espoir renaissait de mes cendres,
Une vague de feu submergea l’avenir,
Emportant notre amour dans l’ire des méandres,
Me laissant démunie et libre d’en finir. 

Si j’étais… une fleur

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Poisson d’avril !

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Petit mouton
Sur son nuage
Met du coton
Sur le village.
Poisson d’avril !

Un oiseau bleu
Sur une branche
Crache le feu
Et fumée blanche.
Poisson d’avril !

Un chat rouquin
Mange une glace
Mais un requin
Lui prend la place.
Poisson d’avril !

Pour toi l’enfant
J’ai dans la poche
Un éléphant
Nommé Gavroche.
Poisson d’avril !

Ne pleure pas,
C’était pour rire,
Façon sympa
De le redire :
Poisson d’avril ! 

(Extrait de mon recueil pour enfants de poèmes illustrés « Dessine-moi un poème » paru en 2007) 

Evasions

Dormir les yeux ouverts, braqués sur les barreaux
Pour capturer dès l’aube un rayon d’espérance,
Un carré de ciel bleu sur le chemin d’errance
De tous les prisonniers, victimes ou bourreaux.

Dessiner une fleur sur le noir des carreaux
Pour oublier l’arôme âpre de la souffrance,
Apprivoiser l’angoisse avant la délivrance
De ces enfants martyrs aux mains des généraux.

Composer un cantique à l’ombre d’une église
Pour éviter de voir jusqu’où l’âme s’enlise
Quand l’artiste se meurt sur le marché de l’or ;

Et moi j’écris l’amour pour essayer de vivre,
Rêverie éphémère en face de la mort,
Au soleil des amants de chaque nouveau livre.

(Extrait du recueil « Les hallucinations »)

Paradis bleu

Au centre du cosmos une étoile est tombée
Dans un bouquet de fleurs, bleuets, myosotis,
Souvenir de cristal d’une tendre oasis,
Larme d’un millénaire au soleil dérobée.

Cette pluie argentée embrase l’horizon
Et sème des joyaux pour la muse infidèle,
Toujours prête à s’enfuir dans un bruissement d’aile
Vers un pauvre poète à la morte-saison.

Un violon répand dans la brise océane
Des promesses de paix, l’espoir de jours meilleurs,
Le serment solennel de se revoir ailleurs
Sur la planète Amour, turquoise courtisane.

Dans cet autre univers le temps ne file pas ;
La rivière jamais ne déborde, assassine ;
Le chant du rossignol dans l’azur se dessine
Pour guider le passant de la vie au trépas.

Ange ou démon, venez, voyageurs solitaires,
Me prendre par la main, sans troubler mon sommeil,
Pour que je puisse alors franchir à mon réveil
La frontière indigo de ces nouvelles terres. 

Si j’étais… le soleil

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La journée de la femme ?

Une journée offerte aux femmes ? Quel scandale !
Car n’est-ce pas la preuve, irréfutablement,
De l’inégalité, déguisée en vestale
Pour nous faire oublier à quel point l’on nous ment ?

Juge, maire ou docteur, procureur ou ministre,
Tous ces métiers virils sans forme au féminin
Ont aujourd’hui le « la », mais le genre est sinistre
Quand la bouche d’un mec l’éructe avec dédain.

Les patrons ont toujours sur nous droit de cuissage,
Le salaire en dépend, notre carrière aussi ;
Il faut travailler plus, entrouvrir son corsage,
Satisfaire le chef et lui dire merci.

Et dites-moi combien, de ces femmes battues
Par des maris jaloux, aveuglés par l’alcool,
Oseront porter plainte, exhiber, dévêtues,
Les bleus, témoins des coups subis avant le viol.

En outre que penser de ces filles d’Afrique
Que l’on mutile au nom de la tradition,
Que l’on marie enfant, pour le prix d’une bique,
À qui ne tremble pas au mot d’excision ?

Alors votre cadeau d’un jour me fait bien rire !
Les femmes iront mieux quand vous, les hommes forts,
Eduquerez vos fils à préserver du pire
Le sexe faible. Après, nous parlerons d’effort !… 

Si j’étais… une fleur

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Si j’étais… la neige

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Une rencontre littéraire fracassante…

Nous étions plusieurs auteurs de la SPAF à participer ce jour à la manifestation « Autour du Livre » de Chaligny.
Au départ de chez moi, le vent ne soufflait que modérément malgré la tempête annoncée et je pris la route avec confiance, mon Tomtom branché pour m’aider à retrouver ma route. Depuis l’année dernière, j’avais oublié…
Soudain, dans le rétroviseur, je crus reconnaître un ami poète qui tournait à droite alors que j’étais engagée pour continuer tout droit. Perplexe, je me rangeai sur le bas-côté et réfléchis. Puis je décidai de redémarrer pour aller faire demi-tour. Soudain, un choc cloua ma voiture sur place ! Une fraction de seconde, je pensai : « Quel est l’abruti… » et je vis dans le rétroviseur latéral… mon ami poète Bernard Appel !
Nous sommes sortis de nos véhicules respectifs et avons commencé par nous faire la bise, ce qui a dû étonner un éventuel observateur !
En réalité, j’étais soulagée que ce soit lui car une femme peut redouter le pire lorsqu’elle se rend responsable d’un accident qui abime la voiture d’un macho… Avec Bernard, j’étais assurée de ne pas recevoir à la figure les noms d’oiseaux et autres réflexions désagréables sur la soi-disant incapacité des femmes à maîtriser un véhicule. Et comme je ne suis guère plus compétente aux fourneaux, je me serais sentie pour le coup franchement dévalorisée ! Alors peu m’importait que ma voiture soit endommagée (plus que celle de Bernard, ce qui n’est que justice) et que mon assureur me pénalise !
Et comme je pars demain en vacances (si nous réussissons à faire remettre en place une tuile du toit que le vent a soulevée !!!), mon garagiste aura une belle grande semaine pour bichonner ma petite Aygo ! Et Bernard aura grâce à moi une belle aile toute neuve !…

Aimer à Venise

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Muette supplique

Je suis morte en mon corps depuis cet accident ;
Seul mon esprit divague au gré du souvenir
Où j’entends le tonnerre et le cheval hennir,
Vacarme camouflant l’écho d’un cri strident.

Un trou noir a suivi le chaos précédent,
Coma de plusieurs mois avant de revenir ;
Sans bouger ni parler que vais-je devenir ?
Et comment me soustraire au désespoir mordant ?

Aveugles sont mes yeux, cernés de barricades,
Que mon cerveau nourrit de clichés en cascades,
Prisonniers du passé sur mon île d’airain ;

Clouée au pilori d’une vaine survie,
Je compose en mon cœur un douloureux quatrain
Mais ne peux fuir les jours dont je n’ai plus envie ! 

Orfèvres de la langue…

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Le tueur fou

Cette nuit sans sommeil a renforcé la rage
Qu’il détient en son cœur malade et malheureux
Depuis qu’il sait perdu son bien-être amoureux,
L’avenir devenant un sinistre mirage.

Un sombre coup du sort, comme un brusque virage,
Fit perdre le contrôle à l’homme généreux
Et prendre un peu d’alcool dans un estomac creux,
Cocktail d’un feu d’enfer pour y puiser courage.

Dans le camaïeu d’or d’un rayon de soleil
Surgit devant ses yeux la salle du Conseil
Où se tiennent assis les sujets de son crime ;

Et des larmes de sang ruissellent sur les murs
Au son des cris de ceux que son fusil supprime,
Puis sautant dans le vide, il fuit ces lieux impurs.

(Extrait du recueil Rouge et noir Eden, 2005) 

Si j’étais… le feu

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Quatrain final du poème « Le feu » extrait du recueil « Amours Multiples » sur une photo réalisée par Monique Colin.

Malou de Zaz Chalumeau

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Malou, suite de La lavandière d’Igney, est le 2e tome de la saga familiale intitulée Colin-Maillard.
Format 14×20 cm - 285 pages - 13,00 euros (+ 3 euros de frais de port).

Le choix des maux

Depuis six mois déjà, je n’aime plus rentrer :
Ma maison est un piège où j’ai peur d’être prise ;
Je retarde l’instant de tomber sous l’emprise
De l’homme qui jamais n’aurait dû m’engendrer. 

J’ai tant de fois cherché le soutien de ma mère !…
N’a-t-elle pas voulu comprendre mes humeurs ?
A-t-elle craint l’opprobre et le poids des rumeurs,
Son regard dans la glace, ennemie éphémère ? 

Impossible de fuir le redoutable accueil.
Ma clef dans la serrure explose le silence ;
Puis-je encore espérer tromper sa vigilance ?
Je marche vers ma chambre… Il m’attend sur le seuil. 

Je subis ses baisers, ses mains sur ma peau nue,
L’obscénité des mots qu’il murmure, essoufflé,
La douleur qui surprend mon corps écartelé,
Le dégoût qui soudain dans mon cœur s’insinue. 

Je le retrouve à table, assis devant l’écran.
On y parle d’inceste et de pédophilie.
La boue est toujours là dont je me sens salie.
Pour sourire quand même, il faut beaucoup de cran. 

Maman dit qu’à leur place, elle en mourrait de honte,
Qu’elle reconnaîtrait un pervers sexuel,
Qu’elle divorcerait d’un mari criminel
Mais ne survivrait pas aux procès qu’on raconte. 

Ne rien dire, bien sûr, est lui donner raison
Et refuser de mettre un terme à mes souffrances.
Le choix me fait horreur : sauver les apparences
Ou briser la famille aux murs d’une prison. 

Le paradis des oiseaux (poème quiz)

Le chemin forestier traversant la pinède
Guide nos pas pressés vers ???,
Réserve naturelle et fragile berceau
Du héron, de la grue et autre palmipède. 

Loin des bruits de la ville et des plages aussi,
Mon oreille n’entend que le chant des cigales,
Monotone refrain, mesures inégales,
Ritournelle d’ailleurs mais aux parfums d’ici. 

Le terrain sablonneux, remplacé par des herbes,
Des fleurs aux coloris pastel ou violents,
Des arbustes frôlés par nos mouvements lents,
Cède bientôt la place aux fougères superbes. 

Un virage aboutit en bordure des eaux ;
Soudain l’humidité prend d’assaut mes narines.
Des nénuphars groupés en taches purpurines
Attirent le regard au-delà des roseaux. 

Sur l’onde reflétant les feux du crépuscule,
Flânent encore un peu deux couples de colverts ;
Mais ils s’endormiront, de leurs ailes couverts,
Avant que le soleil à l’horizon bascule. 

Déjà la lune veille, il est temps de partir ;
Quittant ce paradis, que peut éprouver l’homme
Sinon le désarroi, sentiment que l’on nomme
Regret de l’innocence ou même repentir ?

(De quel site s’agit-il ?)

??? (poème quiz)

Arrivée à Florence un matin de printemps,
Je vais au rendez-vous qu’un bel éphèbe en rêve
Me fixe chaque nuit, le répétant sans trêve
Par des mots prometteurs, des regards envoûtants. 

Au pied de la rotonde, humble quelques instants,
J’écoute la rumeur qui près de moi s’élève,
Puis dans un long murmure avec respect s’achève
Face au géant de marbre aux muscles éclatants. 

Le doute se devine à la bouche boudeuse
Et dans ses yeux se lit l’expression songeuse
Du guerrier solitaire à l’aube d’un duel ; 

Les veines en relief, le pli d’une phalange,
La fronde sur l’épaule, un maintien sensuel :
Ici rôde toujours l’esprit de Michel-Ange.

(De quoi s’agit-il ?)
Je sens que cela va être trop facile pour les experts en quiz que vous êtes !!!

La Lavandière d’Igney de Zaz Chalumeau

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Onzième ouvrage et premier tome d’une saga familiale intitulée Colin-Maillard.

L’histoire commence en 1865 avec la naissance de Marie-Joséphine Vuillemin, dans un village vosgien. Elle épouse Jules Maillard et emménage à Igney. Parents de onze enfants, ils ccueillent régulièrement des petits de l’Assistance Publique. Pour élever et nourrir tous ces enfants, Jules travaille à l’usine et Marie devient lavandière.
À Remoncourt, un autre village vosgien entre Mirecourt et Vittel, vit la famille Gavot. Germaine et Jean ont cinq filles. Après la mort de la mère suite au décès de la dernière des filles, Jacqueline, l’aînée, endosse le rôle de maîtresse de maison. Sophie part travailler comme domestique, Alice aide son père à la ferme et Léonie quitte le domicile pour suivre des études de sage-femme à Nancy.

Colin-Maillard comprend :
1. LA LAVANDIERE D’IGNEY
2. MALOU
3. VIES CROISEES
4. ELLES

N° ISBN : 978-2-9529576-1-8
Dépôt légal : mars 2009
13,00 € TTC

La course (poème quiz)

Les athlètes sont là, pieds bloqués, dos courbés.
Le coup de pistolet tarde à se faire entendre
Et les muscles sont prêts, comme un arc, à se tendre
Sous l’enflure des reins et des mollets galbés. 

Le départ est donné sous les cris de la foule.
Un homme se détache, un deuxième le suit ;
Le peloton s’essouffle et le public, séduit,
Ondule au fil des pas, souple comme la houle. 

Au sol, les deux coureurs se disputent l’exploit.
L’Afrique est à l’honneur : Maroc et Ethiopie
S’envolent vers la gloire et la vieille utopie
D’amour universel dans le stade recroît. 

Les deux vainqueurs distants de quelques centimètres
S’étreignent avec force et les pleurs dans leurs yeux
Sont des larmes de joie. Et les drapeaux soyeux
Dans leurs poings réunis flottent pour leurs ancêtres. 

Sportifs de haut niveau qui porterez demain
Les couleurs du pays pour les Jeux Olympiques,
Souvenez-vous de l’être aux vertus atypiques
Qui nous charme aujourd’hui par son pouvoir humain. 

Ce poème a été écrit en août 2004 en hommage à un athlète. De qui s’agit-il ?

Juin

Le muguet s’est fané, la jonquille a péri ;
Au pied des arbres gît la parure éphémère
Du printemps vieillissant après avoir mûri
Sous le soleil et l’eau d’une aube douce-amère.

Le vent libère aussi les fleurs d’un cerisier,
Eparpillant partout l’averse de pétales ;
Sur la branche un pinson, chantant à plein gosier,
Accompagne leur chute aux prémices fatales.

Dans un vase agonise un bouquet de lilas,
Dans les jardins bientôt reparaîtra la rose ;
Sous la toiture un nid, duveteux matelas,
S’emplit des gazouillis d’une famille éclose.

Et pour fêter le jour de son avènement,
L’été s’offre la nuit la plus folle en musique :
Dans les bars et dehors tout un assortiment
De concerts pour atteindre au bonheur amnésique.

Mai (poème porte-bonheur)

La première journée est toujours un cadeau
Offert aux travailleurs de France et de Navarre,
Et les brins de muguet dérident le badaud
Lorsque le ciel de bleu se montre trop avare.

Car malgré le printemps et son heure d’été,
La météo n’est pas encore à la clémence,
Et le gel sait punir avec méchanceté
Ceux qui n’ont pas voulu protéger la semence.

Qu’importe cependant ! partout naissent des fleurs !
Si le crocus se meurt, vive la primevère !
Dans la nature en fête éclatent les couleurs
Et le vent nous les conte, inlassable trouvère.

Sous le rose organdi d’un pommier du Japon,
Un couple de moineaux chante l’amour volage,
Celui des séducteurs dont le regard fripon
Aime à se faufiler sous le mince corsage.

(Ecrit le 16 avril 1998)

Avril

Au sortir de l’hiver, alors que le printemps
Pressé de s’installer s’était montré précoce,
La pluie inaugura le changement de temps
Et le vent rugissant se déchaîna, féroce. 

Mais dès le premier jour, ce mois capricieux
Présenta son aspect le plus irrésistible :
Son amour de la farce et du facétieux
Dans l’accomplissement d’un rite irréductible. 

Les averses de mars ont déclaré forfait ;
Le soleil courageux perce à l’aube la brume
Et le chant des oiseaux dans un accord parfait
S’élève dans les airs, léger comme une plume. 

Mais il ne faudra pas se découvrir d’un fil
Avant que ne s’en aille, avec la bise rude,
La dernière gelée, ô funeste péril !
Pour les arbres en fleurs malgré l’incertitude. 

Pour ceux

Quand le printemps fleurit les arbres de la ville,
Dans les cours des prisons toujours gris sont les murs
Et le vent, chaque soir, sème les chants obscurs
Des hommes en colère au fond de cet asile. 

Lorsqu’à l’aube l’oiseau nous siffle son refrain,
Dans un lit d’hôpital une femme agonise,
Et malgré la douleur, son âme s’éternise
Au bord de cette rive où s’ancre son chagrin. 

Alors qu’un papillon, dans sa métamorphose,
Réunit dans l’instant la grâce et la beauté,
Un enfant doit subir laideur et cruauté
Sous le corps d’un pervers dans une chambre close. 

À l’heure où le soleil épouse l’océan,
Tout un peuple se lève au son de la torture,
Car au cœur du conflit contre la dictature,
La fleur de l’innocence est couverte de sang. 

Il faut chanter pour eux l’espoir d’une autre vie,
Oublier nos tourments, ne serait-ce qu’un jour ;
Il faut écrire aussi des poèmes d’amour
Et donner à nos mots le poids de leur survie. 

(Extrait du recueil « Rouge et Noir Eden ») 

Obsession

Quand le cri d’un enfant qu’on outrage en silence
Ne couvre pas les pleurs d’une femme qui fuit
L’ombre folle d’un homme ivre de violence,
Je danse avec les mots suspendus dans la nuit. 

Une image, à l’écran, de la misère humaine
Aux quatre coins du monde accompagne, le soir,
Mon repas ; néanmoins mon regard se promène
Au gré des faits divers quotidiens sans rien voir. 

Lorsque la terre tremble à l’autre bout du globe
Ou qu’un volcan s’éveille, où suis-je dans mon cœur
Pour entendre les vers que la musique enrobe,
Point les gémissements des témoins de l’horreur ? 

Et si mon fils, un jour, me confie un problème,
Aurai-je encore un œil, une oreille à donner
Pour l’écouter vraiment, sans penser au poème
Que j’écris dans ma tête au petit déjeuner ? 

Ceux que j’aime ont parfois le sentiment de n’être
À mes côtés que vent, sans projet d’avenir ;
Pourtant je n’aurais plus, sans eux, qu’à disparaître
Dans l’espoir que la mort sache nous réunir. 

(Extrait du recueil « Rouge et Noir Eden »). 

La pluie

La ville ce matin s’est réveillée en pleurs.
Quelques heures plus tôt, la lune était partie
Vers d’autres horizons, par la brise avertie
D’un orage imminent sur les balcons en fleurs. 

Face à la violence à peine retenue
Des vents presque mauvais dans ce décor plombé,
Accablé de chagrin le ciel a succombé,
Et des larmes de verre ont mouillé l’avenue. 

Dans la pâleur de l’aube elles coulent toujours,
Laissant sur le carreau des traces cristallines,
Comme un code secret de lettres sibyllines,
Anagramme annonçant la fin de mes amours. 

Moi, si j’étais la pluie, avec délicatesse
Je me déposerais sur l’or de tes cheveux
Et m’en irais mourir, au son de tes aveux,
Sur ta bouche aux côtés d’un soupir de tristesse. 

(Extrait du recueil « Amours multiples »). 

Mars

L’hiver se retira lorsque mars fut venu ;
Fatigué de sévir depuis quelques semaines,
Il s’en alla plus loin dans le brouillard ténu,
Vers d’autres horizons, pour de nouveaux domaines.

Pour effacer la trace encore fraîche au sol
De la neige, la pluie est tombée abondante,
Imposant au printemps la touche d’un bémol,
Incitant la nature à se montrer prudente.

Car chaque nuit le givre imprime avec ardeur
Sur les carreaux gelés des fleurs imaginaires,
Des perles en cristal, ornements de splendeur
D’un costume argenté sous les rayons lunaires.

Le soleil matinal, l’innocent criminel,
Gomme sans le vouloir le décor éphémère
D’un spectacle magique au pouvoir éternel,
Jusqu’à ne plus savoir le vrai de la chimère.

Souviens-toi

Tu n’avais invité, le jour de tes vingt ans,
En plus de la famille et des amis d’enfance,
Que deux ou trois garçons, sortis de l’innocence
Mais soumis au respect de mes trente printemps. 

À l’écart, j’admirais ta beauté juvénile,
Incitant ton regard à se poser sur moi
Et suivant sur ton cou le rouge de l’émoi
Que pouvait expliquer ton discours volubile. 

Tes parents endormis sous l’ombre d’un figuier,
Des couples ont quitté la table et la terrasse ;
Alors j’ai vu l’azur de tes yeux pleins d’audace
Me montrer le chemin de ta chambre à coucher. 

Ton corps à pivoté dans un bruit de dentelles
Et dans ce mouvement, plus vif qu’un tourbillon,
Ta robe s’est ouverte, aile de papillon,
Sur le galbe d’un sein… J’ai défait mes bretelles. 

J’ai cueilli sur ta bouche un râle de plaisir
Quand mes doigts ont touché le velours de ton ventre
Tendu vers la caresse, et de cet épicentre
Une onde évolutive a failli m’engloutir. 

Ta chevelure éparse autour de ton visage
Éclairait ton amour d’un rayon de soleil
Tandis que dans ta gorge en forme d’o vermeil
Naissait la volupté comme un heureux présage. 

Puis tes reins ont creusé la vague du bonheur,
Poussant ma résistance au bord de l’agonie
Jusqu’à ce que l’étreinte, étroite symphonie,
Me libère d’un cri de joie et de douleur. 

Nos souffles emmêlés dans un tendre murmure
Formulaient des serments ponctués de baisers
Pour aviver le feu de désirs apaisés,
Sur nos lèvres sentir le goût de la luxure. 

Ta langue récoltait la liqueur d’abandon
Quand un gémissement marquait l’apothéose ;
J’ai butiné cent fois le bouton de ta rose
Sans me lasser des fruits dont tu me faisais don. 

L’extase dure encore après cinquante années ;
Les gestes sont plus lents mais le cœur bat toujours
À l’approche d’appas devenus presque lourds,
Et le temps se mesure aux nuits désordonnées. 

(Poème écrit pour un concours de poésie érotique)
(Extrait du recueil « Rouge et Noir Eden ») 

 

Les vendanges

Je t’ai vue, accroupie au pied du cep tordu,
Cheveux emprisonnés dans un foulard pervenche,
Et mon âme s’enfla d’un amour éperdu
Qui persiste aujourd’hui même si mon cœur flanche. 

Rencontrant mon regard, ton visage rosit
Au souvenir si doux de ce matin d’octobre,
Et l’élan mutuel du désir nous saisit
Comme il nous fit jadis amants malgré l’opprobre. 

Je te revois encore, au milieu du raisin,
Piétinant les fruits mûrs, tes jupes relevées,
Tenant farouchement le bras de ton voisin
Et je sens m’envahir des ardeurs retrouvées. 

Sur la peau satinée et blanche de ton sein
Mes doigts suivent sa courbe, et sa pointe durcie
Semble appeler ma bouche à calquer son dessin
Avant de se poser sur ta lèvre épaissie. 

Les râles de ta gorge excitent mon émoi ;
Ma langue aventureuse explore tes cachettes.
Me renversant, soudain, tu te couches sur moi,
Souriant du bonheur dans lequel tu me jettes. 

Car tu mènes la danse aux rythmes endiablés
Ponctués par les sauts de ta poitrine lourde,
Les échos lancinants des soupirs redoublés
Et de mes cris de grâce auxquels tu restes sourde. 

Rien n’a vraiment changé depuis le premier jour
Où nos corps l’un à l’autre unis dans l’érotisme
Ont emporté nos cœurs dans un élan d’amour,
Mêlant avec succès luxure et romantisme.

(Poème écrit pour un concours de poésie érotique) 
(Extrait du recueil « Rouge et Noir Eden »)

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