Forêt noire

Les vaches clochetent dans la danse des grands pins ;

ils balancent lourdement leurs mâts sous la bruine de septembre, là-haut, dans les hautes vagues de la lumière en pâturage.

Hier soir de lune, Traudel a tressé une longue natte blonde, devant la cheminée de chêne massif où flammèchent les esquilles d’un espoir encore tout vert et secret ;

elle a le regard égaré dans des yeux de jade sombre, et la peau laiteuse aimée de ses agnelets

Hansi fend le bois dans la remise de son cœur automnal où croissent les chrysanthèmes des mauvais jours ;

il songe à ces femmes qui l’ont trahi et qu’il voudrait brûler de ses buches au fond du Hexenloch.

Martha, la sage, qui a usé ses mains au bréviaire des anciennes coutumes, ira ce dimanche encore sur la colline, prier Maria in der Tanne et allumer un cierge pour dissiper la brume mécréante de sa mémoire

Sorti d’un hasard joyeux, un tortillard s’affirme et, facétieux, trépigne d’allégresse sur ses rails serpentins ;

il siffle au passage les brouteuses en robe bicolore.

Au bord du ruisseau, enfant échappée de la Grande Cascade et du livre des légendes, Joséphine pose ses pas de vair entre les colchiques et la chanterelle ;

les truites fugitives finiront -c’est sûr- dans la poêle, au son de son appeau ;

au printemps prochain, ornée du Bollenhut, son cœur rouge vif sera à prendre.

Dans le vallon, le moulin a broyé toutes les joies d’hier, et toutes les peines ;

mais le grain de l’aube nouvelle est à moudre.

En forêt, comme en cuisine, le coucou ubiquiste s’égosille à chanter qu’il faut vivre, et vivre encore, le torrent de beautés qui se déverse dans le silence…

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