Avec Siméon*

Ta main ne pèse rien, mon bras sert de boussole.

Marchons dans la lumière, et qu’au bord de ta nuit

La canne à demi libre à son gré batifole,

Improvisant au sol un rythme qui nous suit.

 

 

Nous cherchons une adresse. Un monde surréel :

Un jeu de construction tout gris, sur terrains vagues,

Le trottoir esquinté, fendillé  par le gel,

Des numéros sans suite nous jouant des blagues.

 

 

Le soleil est bien froid cet hiver, et si rare,

Autant que les passants. Mais voilà que ta voix,

Réchauffant l’atmosphère, en appelle au dieu lare

De ces lieux désertés, bien loin derrière moi.

 

 

Gaîment tu l’interpelles. Je n’avais pas vu

Ce veilleur trop discret. Ton oreille en alerte,

Captant le moindre froissement d’air imprévu,

L’a débusqué. Lui nous rejoint, la paume offerte.

 

 

Oui, tout est chamboulé, dit-il, tout le quartier.

Je vais vous y conduire, au Secours Catholique.

La plaque est illisible à cause du chantier.

Prenez la passerelle, puis la rue oblique.

 

 

Là, des nécessiteux muets. Le préposé

Au vestiaire les filtre, contrôle des fiches,

Veille à l’ordre de passage, d’un air posé,

Pendant que des gamins lacèrent des affiches.

 

 

La porte s’ouvre enfin pour toi, l’aveugle noir.

Tes mains d’explorateur s’activent dans les cintres.

Pour la taille tu juges ! Nul besoin d’y voir !

Ce chandail te sied-il ?Tu veux me faire peintre,

 

 

Tu veux que sans couleurs je te fasse une toile.

Des mots de géomètre épousent les dessins ;

L’allure, ma main guidant ta main la dévoile ;

Tu choisis l’élégance, avec des airs mutins.

 

 

Pour affronter l’hiver, tu veux de la chaleur,

Celle des vêtements, celle aussi, plus diffuse,

Impalpable et si forte, émise par le cœur.

Tu le sais, que ton corps, le mal le ronge, l’use.

 

 

Le printemps reste froid, gris, se terre, honteux.

Ta dépouille en sa boîte a volé vers l’Afrique

En laissant à Strasbourg, comme une trace en creux,

Ton surnom de là-bas : ‘Toujours content’ ! L’unique !

 

 

 

* Siméon, aveugle qui enseignait les sciences de l’éducation au Cameroun, était venu en France pour se soigner.

Il est décédé à Strasbourg  le 2 mars 2013.

2 Réponses à “Avec Siméon*”


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