Situation réelle

Loin des discussions stériles
De ces gens jamais cupables,
Et des villes comme une étable
Où dorment les troupeaux serviles

Loin des ‘’charmes’’ au parfum d’exhibition
Que redéfinissent clameurs et érections,
Avec dans les esprits le rêve sous-jacent
D’être réincarné en sous-vêt’ment

Loin des violences suscitées
En tout homme d’esprit
Témoin d’la dyslexie
D’un peuple envers les priorités
Des signes de la vie

Loin des points cardinaux de notre société
L’argent, le pouvoir, le sexe et le succès ;
Du stress et des mensonges qui troublent l’esprit,
Le beau temps appartenant désormais aux psys ;
Loin des raisons sans raison, de ce grand bazar
-Bruit, trafic, paraître, pulsions, régimes à l’instar
Du tiers monde, fantasmes de débauche…car
La civilisation est une hypocrisie,
Une astucieuse mise en scène où les envies
Les plus viles se manifestent à la chute
Du rideau sur lequel elles grimpent et exultent
Loin de la techno, (des frimeurs et des pétasses)
De l’accord du rire
Au verbe séduire,
Des regards salaces
Contenant la préface
De la fin de la soirée,
Moi qui trouve à ma solitude une volupté
Je me promène, je dépasse l’escargot,
Je vois le lapin qui s’étonne et surveille
Les oreilles droites-deux petites ombrelles-,
Et je souris…Chaque réflexe dit ‘’aimer’’

Aux abords d’un pont rouillé,
Ou d’une ancienne charrue
J’devine les chevaux fourbus
Et les artisans du passé
Façonnant de leurs bras de fer
L’énorme chef-d’œuvre de terre… Campagne

Ici ma franchise perd son double tranchant,
La nature est digne de mon idéalité
Et mon imagination trouve son alphabet
Comme une langue maternelle forme l’enfant

O jamais la terre est ingrate,
La graine toujours fleurit
La plante offre ses tomates
Un peu de soin lui suffit

J’avance seul sans secours
Mais sans raison de tomber ;
Chaque motte du labour
Ebauche un cœur de fermier

Je m’approche des vergers aux odeurs malaxées
De pommes de cerises dans l’auroral creuset,
Les herbes mouillées s’affolent à mes rotules
Elles les noient, les embrassent, les adulent.

Les peupliers grattent la barbe aux nuages
Les roses dispersent comme des marques-pages
Leurs pétales parfumées. Le gros hérisson
File à travers une fourche oubliée dans un sillon

Déjà l’épouvantail au champ
Me susurre un refrain de Hard-Rock
De Warrant de Heart ou de Warlock,
Et a capella j’en fais un chant…

Chenille en ville sous une chrysalide
D’usages et de béton,
Entre les pissenlits de ma thébaïde
Je suis un papillon

Mon âme s’ouvre
Et mes poings lourds
S’ailent de doigts

Bè hè hè…la brebis et ses deux agneaux
Comme liés à mon ombre longent l’enclos,
Un bouquet d’herbe géant me tend les bras
Je l’arrache et l’offre à leur estomac.
A leur insu ils s’attachent au même brin
Comme d’autres s’attachaient au même spaghetti,
Et museau contre museau ils réalisent
Soudain.
Parmi eux les poules et les oies médisent…
-En cette heure endormie
Où l’aube caresse les coteaux comme des seins
Doux soupirs, élans du renouveau utérin…
Un troupeau nous épie-
L’église au loin, les fermes et quelques persiennes
Sont les seules choses à suggérer les vie humaine.

Dans une cour somnole
Le chien, le grand saule,
Le puits enrhumé…
L’air sent la forêt !
Au même moment là,
Tout bas, tout bas,
Un fil barbelé
S’offre en collier
A une jolie fleur…
En rosée, elle pleure.

Plus loin
L’Espierres, comme un réseau de veines
Engraissé par le cholestérol,
Irrigue les terres dottigniennes
En une molle et perpétuelle systole.
Alors qu’à un endroit il trace
En son cours le I de impasse,
Il m’arrive en un saut d’affronter
Assuré que je suis le plus hardi,
Les bras puissants de la gravité
Sous l’œil de ma chienne Sandie

Je marche vers l’horizon rougi ;
L es passereaux paient en harmonie
Le loyer de leurs verts abris.
Des merles sautent de branche en branche
Traçant du moment de la partition
Et leur ramage pose une question :
Sais-tu combien la rosée qu’épanche
La feuille jusqu’à notre gosier
Peut d’un chant affiner la pureté ?

J’écoute…Mon cœur me donne l’heure ;
Mon corps n’est plus que le médiateur
Entre mon âme pure et l’action,
Il soumet sa matérialité
Elle le gratifie de sa bénédiction
-sagesse et sentiment de grandeur-
Que les sens perçoivent sans peine,
-Doux effets d’une conscience saine !-

Aux chiendents les pensées se confient…
Assoupi contre un piquet de prairie
Mon corps dans les boutons d’or frais baigne ;
J’aperçois le bois de Bellegem
Petit poumon riche en oxygène,
Là-bas même les ombres respirent,
Elles ont des alvéoles solaires
Qui sous la gorge chaude des vents
Bronchent et s’étirent brusquement

Au centre de tout, dans le ciel
Un cœur palpite : le soleil !

Quelque part (c’était hier ici)
Sous une membrane d’ozone
La pluie soigne et régénère
La mousse la terre les aulnes
Comme un système immunitaire !

Quand je me sens seul à avoir compris hélas
Cet agrément, ce respect-ci !
Une strophe d’Hugo ou de Desbordes m’enlace
En sous-entendant ‘’moi aussi !’’

Et pendant que Sandie
S’acharne à débusquer un lapin,
Je me rappelle de Betsy
Et des années quatre-vingts

(Michaël Reigner – Mes fondements)

1 Réponse à “Situation réelle”


  • Thouvenin Maryline

    Loin de la civilisation servile et de ce qu’elle entraîne ou de ce qu’il en résulte l’auteur veut démontrer par une vie saine et toute simple qu’il est heureux dans la campagne, où il enrichit son esprit, sa curiosité, son envie de vivre heureux. Il nous emmène dans son petit paradis de fleurs, légumes, arbres et description de son paysage où il s’est réfugié. Trés beau texte.
    J’aime particulièrement la façon qu’il a eut pour aborder ce qu’il voulait exprimer.

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