6/ Le sonnet (par Jean-Jacques Chiron)

Cette forme fixe est venue d’Italie au XVIème siècle. Elle connut immédiatement

un immense succès.

Il est formé de 14 vers répartis en deux quatrains à rimes embrassées et deux tercets.

Deux formes sont correctes :

- abba abba ccd eed dite italienne,

- abba abba ccd ede dite régulière ou française.

Les quatrains doivent être de composition identique.

Au début, le sonnet était composé en vers décasyllabiques puis en alexandrins.

Il n’admet ni médiocrité, ni négligence et le dernier vers doit en être le fleuron.

Pour les rimes, il est recommandé de respecter les consonnes d’appui, comme l’absence d’écho est conseillé, avec au pire une seule tolérance, à condition qu’elle

n’affecte pas l’oreille et ne trouble pas l’harmonie et la sonorité de l’ensemble.

Ainsi les sixièmes pieds de chaque vers ne doivent pas rimer entre eux comme

avec les rimes finales de chacun.

Bien entendu, l’imagination des poètes a permis la formation de nouvelles fixes

du sonnet ou avatars (régulier négligé, estrambot, alterné, renversé, polaire, layé,

irrégulier, apparent, élisabéthain, quinzain, seizain et à codas) qui peuvent faire

l’objet d’une autre étude. Pour ces derniers, les règles citées plus haut sont

applicables.

Voici un sonnet de Pierre Montréal cité en exemple dans le livre de Jean-Claude

De Michieli intitulé : Les Arcanes Du Vers Ou Le Voyage En Prosodie :

 

LES TREFLES DU BONHEUR

 

Il suffirait d’un rien, sans doute d’une rose

Et d’un vil écu d’or offert au vagabond

Avec beaucoup d’égard, sans être pudibond,

Pour qu’un nouvel ami devînt bien douce chose.

 

Je le vois se blottir devant ma porte close

Une nuit de Noël, haineux ou moribond

Au bord du désespoir qu’il peut franchir d’un bond

Vers le monde à l’étroit de la métamorphose…

 

Il faut qu’il ait reçu d’un vieux samaritain

La moitié d’un manteau, comme fit Saint-Martin

Envers un pauvre diable, en couvrant sa détresse.

 

Peut-être, maintenant, vit-il en grand seigneur,

Tandis que, solitaire accablé de tendresse,

Je cherche dans les prés les trèfles du bonheur…

 

7 Réponses à “6/ Le sonnet (par Jean-Jacques Chiron)”


  • Merci Jean-Jacques pour cette présentation simple et claire de la forme du sonnet que je souhaitais te voir publier puisque tu pratiques couramment cette forme ;
    Justement, j’avais considéré que, eu égard aux sujets que je traitais sur le monde usinier tout particulièrement, cette forme paraissait désuète, héritière des « joutes de salons »
    Aussi j’avais choisi une forme particulière en deux quatrains et deux tercets, mais sur deux rimes avec respect de l’alternance des rimes. Il ne s’agissait donc pas de sonnets.

    Un échange à ce sujet avec Isabelle a fait bouger mon regard sur le sujet et ma foi, lorsque l’inspiration sera là, je ne négligerai pas de m’atteler à cette forme dans laquelle on relève cette particularité qui fait exception à la règle générale de l’alternance des rimes entre le dernier vers du second quatrain et le premier du premier tercet.

    C’est pourquoi il est également bon d’étudier les formes fixes.

    Merci pour ta contribution qui permet de poursuivre pour celles et ceux que cela intéresse, des échanges sur la versification qui peuvent nous être utiles. Il est vrai que dans ma formation d’humaniste, s’intéresser à une large palette de matières et de sensibilités est un atout précieux pour enrichir les échanges et éloigner un peu plus le risque de tomber dans une certaine forme d’intolérance. C’est justement le thème du mois !

    Aussi j’approcherai prochainement les formes de poésie dite libre, dans lesquelles j’ai beaucoup plus écrit qu’en classique, mais qui font appel à d’autres principes souvent plus difficiles à cerner.Mais il y a matière à apprendre comme en tous domaines. Le maître qui n’apprend rien à l’élève est un mauvais maître au même titre que celui qui n’apprend rien de ses élèves !
    Bien à toi et à vous.

  • Ne pourrait-on avoir quelques précisions sur la « médiocrité » et la « négligence » à éviter dans l’écriture du sonnet ?…. Quelques conseils pragmatiques seraient les bienvenus de la part d’un maître en cet art tel que JCC…..

  • Joëlle di SANGRO

    Je pense pour ma part que ces deux  » définitions » se suffisent à elles-mêmes et que ceux d’entre nous qui choisissent de prendre en compte les enseignements de Jean-Jacques sauront tenir comptes des recommandations qu’il a, avec beaucoup ce tact, faites à ce sujet.

  • Je reviens un instant sur mon premier commentaire au niveau du texte de JJC, il s’agissait d’alternances des rimes à différents endroits dans les deux formes, mais dans les quatrains et dans les tercets et non entre les deux.
    Mais le sujet de ce commentaire est d’un autre ordre.

    Je partage l’avis de Joëlle tout en ajoutant que je commence à être fatigué, et il m’en faut, par ce mot de médiocrité qui sur le blog a pris de « l’embonpoint » depuis un certain temps, parfaitement démesuré par rapport à son sens. Je souhaite vivement que l’on en finisse non pas avec le mot, il n’est pas tabou, mais avec ce qu’il recouvre au regard de nos sensibilités, car nous sommes parfois à « côté de nos godasses ».
    La recherche de l’excellence est une chose, un principe de vie qui rend heureux je crois. La médiocrité, c’est l’état « du milieu » de ce qui n’est ni mauvais ni bon. Et lorsque j’étais enseignant et que je signifiais à un élève que sa copie était médiocre (donc elle valait 10 sur 20 au plus mais pas moins de 8), cela signifiait simplement qu’il aurait pu mieux faire et/ou qu’il ne s’était pas trop « foulé » par rapport à ses capacités. Cela pouvait être la conséquence d’une ignorance, et ça se corrige –c’est dans cet esprit que Jean-Lacques nous communique son texte-, ou par tempérament « cool » comme ils disent aujourd’hui.
    Donc, fatalement, à un moment ou à un autre, nous sommes tous médiocres, ne pouvant avoir l’orgueil de nous cantonner dans le bon, ou le perpétuel déni de soi en nous cantonnant dans le mauvais, là où personne ne pourra nous rejoindre, ce qui peut aussi traduire un comportement d’orgueil si tout au fond on demeure convaincu que l’on est bon et que les autres n’ont simplement rien compris
    Et puis il y a la médiocrité fatale, celle où l’on s’est manifestement trompé de voie, car on ne peut pas être bon en tout, et où notre volonté et nos capacités sont insuffisantes pour pouvoir progresser. Ici, il faut compter sur les amis, les « vrais », non pas pour dire simplement « t’es pas doué pour ça », mais aussi et surtout « là, tu as quelque chose qui a du relief, développes le, donnes le nous »
    Alors, pour la médiocrité, j’essaye de bien peser le mot, et de le remettre si c’est possible à la place qu’il tient dans le dictionnaire ordinaire. Et ça décontracte ! Car je ne vois pas ce qu’il y aurait de dolorisme à progresser en tous domaines sans se regarder le nombril, ni de honteux à ne pas atteindre le but que l’on s’était fixé. Comme le disait si bien Guillaume d’Orange « point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer » !

  • CHIRON Jean-Jacques

    Si je ne me suis pas étendu par rapport à « la négligence et la médiocrité » résulte que j’ai proposé mes services à ceux qui
    s’attèleraient à composer leurs poèmes sous la forme classique.
    Ainsi, en expliquant leurs erreurs, je les aiguillerai pour qu’ils trouvent les modifications nécessaires qui embelliront leurs créations, comme éviter l’utilisation plusieurs fois du même verbe,
    nom, adjectif, ainsi que des verbes « être et avoir » qui sont trop
    communs, et le plus souvent possible, de composer leurs textes au
    présent de l’indicatif, car la majorité des verbes sont du premier groupe et leur conjugaison à la première et troisième personne
    permet de prendre part au rythme des vers.
    De plus, en ce qui concerne les rimes, se rapporter à l’article
    d’Isabelle et mes deux commentaires.
    Voila ma position plus affinée relative à l’écriture poétique du sonnet suivant mon expérience, mais aussi pour les autres formes.

  • Ces précisions qui semblent simples, ne le sont pas…. Je dirai même qu’elles sont capitales ….
    (Bon, je viens d’employer deux fois le verbe être, difficile de s’en défaire….)
    J’en tiendrai compte la prochaine fois que je voudrai écrire un sonnet….
    Merci JJC….

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  • Thouvenin Maryline

    Je vous remercie beaucoup de vos conseils qui. me donnent envie d’approfondir la poésie car en taquiner la muse est trés enrichissant.J’ai lu une partie de la grammaire dans la versification.Que de choses à découvrir !
    J’espère qu’elles vont rester un peu dans le blog car je n’ai pas fini de tout lire et relire.

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