4/ La rime

Rappelons que pour qu’il y ait rime, il faut que tout ce qui suit la dernière voyelle soit identique.
“bise” et “dire” par exemple ne sont pas des rimes mais des assonances.
“bise” et “mise” sont des rimes suffisantes puisque ce qui suit le i est identique.
“chemise” et “mise” sont des rimes riches puisqu’en plus de la rime, la consonne d’appui, c’est-à-dire celle qui précède la dernière voyelle, est également identique.
Les mots d’une seule syllabe sont admis comme étant des rimes. Ainsi “feu” et “bleu”, que l’on pourrait prendre pour des assonances puisque seul le “eu” leur est commun, sont malgré tout considérés comme des rimes, à utiliser de préférence dans des vers qui se suivent deux à deux (rimes plates ou suivies)
Les rimes riches sont recommandées dans les vers à rimes croisées (Féminine/masculine/féminine/masculine) et encore davantage dans les rimes embrassées dans le 1er et le 4e vers du fait de leur éloignement (Féminine/masculine/masculine/féminine).
A signaler par ailleurs que quatre vers sur deux rimes plates ne forment pas une strophe. C’est-à-dire que les rimes plates ou suivies sont surtout dans les grands poèmes sans strophe ou dans les tragédies et comédies classiques.
Enfin, il est important que l’alternance masculine/féminine soit respectée, c’est-à-dire que si le 4e vers d’une strophe se termine sur une rime masculine, le 1er vers de la strophe suivante se terminera obligatoirement sur une rime féminine, et vice versa.

Isabelle Chalumeau 

10 Réponses à “4/ La rime”


  • Marie France Genèvre

    Merci Zaz pour ces précieux rappels
    Meilleurs voeux à toi et aux tiens

  • CLAUDIO BOARETTO

    les règles de l’art reviennent avec bonheur….

  • CHIRON Jean-Jacques

    Il est recommandé dans le traité de versification, quand cela est
    possible, que les mots qui riment entre eux dans un poème ne
    possèdent pas le même nombre de syllabes et qu’ils ne soient pas
    du même genre : un nom peut rimer avec un adjectif, un verbe ou
    un adjectif avec un verbe. Cela demande une bonne connaissance de
    notre langue, mais aussi beaucoup de technique que l’on acquiert
    au fil du temps.

  • Dans son traité de prosodie Sorgel précise dans sa partie traitant de la rime que « si des mots s’écrivent de façon différente mais possèdent la même prononciation, la rime est admise sans contestation et donne les exemples  » dis-je avec prodige, haletants avec temps  » et notamment que sang rime plus parfaitement avec blessant qu’avec rang ou flanc.
    Cela ne va-t-il pas en contradiction avec l’affirmation qu’il faut que tout ce qui suit la dernière voyelle soit identique ?

  • Joëlle di SANGRO

    Oui, il est évident que sang rime plus parfaitement avec blessant qu’avec rang ou flanc!

    Puisque la consonne d’appui est du même son.

    Il ne se trouve là aucune contradiction car le son , c’est évident,est privilégié.

    Mais, bien sûr, la rime est plus riche lorsque France rime avec souffrance( par exemple )

  • Ah les traités de prosodie ! Cela finit par tenir du même genre que les communiqués censés apporter une conclusion après des querelle d’experts. Les deux exemples donnés ci-dessus sont probants, car suivent une logique parfaitement inverse. Dans l’exemple donné par Pascal, et auquel j’adhère, c’est bien l’unité du son qui prime, et on doit alors considérer que la règle donnée par Isabelle représente simplement le cas la plus général ou le plus généralement admis. Il est difficile d’épuiser un sujet aussi vaste en quelques lignes et l’objectif des interventions sur le blog en matière de règles de prosodie n’est pas d’écrire encore un traité, mais d’échanger des réflexions dans une gamme de sensibilités différentes.
    LA RIME N’EST PAS UN PHENOMENE VISUEL.
    En revanche, le fait de recommander de faire rimer plutôt des genres différents, qui est aux antipodes de la logique phonétique me paraît un artifice aussi gratuit qu’aberrant, et si l’on veut bien me donner la justification de ce phénomène, j’en suis preneur en premier chef.

    En conclusion, j’ai simplement envie de citer un quatrain de Verlaine en son fameux « art poétique » :
    « Prend l’éloquence et tords-lui son cou !
    Tu feras bien,en train d’énergie,
    De rendre un peu la rime assagie.
    Si on y veille, elle ira jusqu’où ? »
    Et c’est la raison pour laquelle j’admets également comme possible de faire rimer un singulier avec un pluriel dans la mesure où cela n’enlève strictement rien à l’harmonie d’une poésie dont on finirait par oublier en tombant dans des développements de rhétorique qu’elle constitue avec le fond, l’objectif inséparable qui conduit à la beauté de l’eouvre.

  • Je suis tout à fait d’accord avec Jean-Jacques, il est préférable de faire rimer un verbe avec un substantif et un adjectif avec un adverbe, par exemple, plutôt qu’un verbe avec un verbe et un adverbe avec un adverbe, etc. Cela participe à la diversité des vers. Par ailleurs, en poésie classique, les rimes dites faciles sont également déconseillées, par exemple on évitera de faire rimer bonheur avec malheur, espoir avec désespoir, etc. En revanche, il n’est pas du tout interdit de faire rimer ensemble des mots identiques du point de vue de l’orthographe mais différents du point de vue du sens. Par exemple, on peut faire rimer été (participe passé) avec été (la saison) ou pas (négation) avec pas (la marche).

  • Je crois bien, Gérard, que Verlaine a écrit :
    « Si l’on n’y veille, elle ira jusqu’où »

  • C’est sûr, Pierre, il s’agit d’une négation, et je peux même te dire que j’ai ‘mal) recopié ce vers J’ai en effet un problème avec l’écriture des commentaires (et ma vue) car sur ma bécane, les caractères sont minuscules et dans une police peu lisible et je ne peux rien modifier ! Ils deviennent lisibles lorsque je valide, et bien entendu il est trop tard pour corriger les coquilles !
    Alors, désormais, je vais essayer de m’astreindre à écrire sur Word et à naviguer entre Word et les commentaires du blog pour finir par un copier coller ! C’est fastidieux, mais je ne vois pas d’autre moyen. Autant écrire tout correctement.

    Mais je voudrais surtout revenir sur certains commentaires au sujet de la rime qui ne me poser tout de même question.
    En effet, Jean-Jacques, un traité de versification peut recommander de varier les genres au niveau de la rime, mais quand on y réfléchit un instant au niveau de la grammaire, il ne s’agit en fait que d’un effet statistique normal compte tenu de la structure de notre langue beaucoup plus que d’une recherche volontaire d’effet poétique qui pourrait s’avérer plus appauvrissante qu’enrichissante dans son aspect réducteur. Si tu écris naturellement, sans penser à cet énoncé, il y a peu de chances que tu obtiennes des rimes du même genre au dessus d’un taux de 50 %.
    Je me suis livré hier soir à un petit exercice comparatif chez différents poètes que l’on peut prendre pour référence afin de voir d’une façon un peu rationnelle ce que l’on pouvait penser de cette recommandation.
    Ainsi j’obtiens chez Rimbaud dans la ballade des pendus 62% de « non respect » de cette recommandation, 66% chez Banville dans « sculpteur cherche avec soin… ».54 % chez Baudelaire avec « j’ai plus de souvenirs… » Mais seulement 24% chez ce même auteur dans « Harmonie du soir », 50% chez Leconte de Lisle avec « Midi roi des étés »…les textes ayant été pris d’une façon hasardeuse.

    Aussi me paraît-il prudent de ne pas associer directement ce phénomène à la prosodie mais aux réalités de la grammaire, comme en matière de virgules, car la richesse et la puissance de vocabulaire d’un texte ne se retrouve pas forcément en fin de vers, ou ne voit pas bien par quel tour de « passe-passe ».

    Personnellement je n’en parle pas du tout pour ne pas troubler les esprits qui pourraient y voir un critère de valeur alors que la simple étude des textes démonte que ç’en est pas un. Cela dit, si cela tombe ainsi naturellement, dans la cohérence globale de la poésie, c’est que l’adéquation de la forme et du fond est heureuse.

    Ce qui me fait sourire alors que les commentaires abordent ce sujet, c’est que justement le dernier texte publié sous mon nom, à savoir « la dernière coulée » contrevient quasiment complètement à cette recommandation. En perd-il sa substance, son harmonie, son pouvoir d’évocation ? Je n’en ferai pas moi-même la réponse.

  • CHIRON Jean-Jacques

    Au commentaire de Pascal, je tiens à vous apporter des
    précision.
    Gilles Sorgel affirme que « sang » et « blessant » peuvent
    rimer du fait que l’on ne prononce pas la consonne finale
    de la rime, mais qu’elle fonctionne phonétiquement. Cela
    n’est pas si simple suivant l’expérience que je posséde
    auprés de jurys de poésie classique. Certains n’accepte
    pas cette rime en raison que les consonnes g et t ne sont
    pas en relation des équivalences dans le tableau des
    consonnes d’appui et qu’il est préférable que la rime donner
    en exemple soit au pluriel, ainsi c’est un s qui clos la rime :
    pur-sangs et blessants. C’est une chose que j’ai constatée chez
    les grands poètes classiques. De plus, le poète évite toute
    polémique avec des conflits de chapelle. Cette situation se voit
    rarement.
    Par contre, bien que les consonnes d’appui ne soient pas les
    mêmes dans sang, flanc et rang, la rime reste acceptable surtout
    dans les longs poèmes (élégies, tragédies ou sous forme de strophes)
    dont voici un exemple dans la pièce Britannicus de Racine, 2 vers
    prononcés par le personnage d’Agrippine au Premier Acte :
    Il mêle avec l’orgueil qu’il a pris dans leur sang
    La fierté des Nérons qu’il puisa dans mon flanc.
    J’espère que ces explications apportera un éclairage pour ceux
    qui chercheront à s’initier en poésie classique.

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