Le pain

En 1914, mon père, âgé de 13 ans, se trouvait à Reims où sa mère s’était réfugiée. Il devait s’occuper de ses deux petites sœurs, sa maman venant de donner naissance à son petit frère dans les caves de l’hôpital et sous les bombardements. 

    Ce jour là, il cherchait désespérément quelque chose à manger et, au coin d’une rue, vit que deux soldats allemands conversaient entre eux, tournant le dos à un charreton de pain recouvert d’une bâche. 

    L’enfant se faufila doucement pour prendre un pain, mais, alors qu’il s’en saisissait, la bâche glissa et il vit terrorisé, le soldat se retourner ! Puis stupéfait, il vit l’homme qui l’avait rapidement regardé, se retourner vers son interlocuteur et continuer à parler, comme si de rien n’était, lui permettant de s’enfuit avec son précieux butin. 

    Mon père, dans sa vieillesse parlait encore de ce fait avec des larmes d’émotion et notre famille à ce récit a toujours eu une pensée émue pour ce Juste. 

Car dans cette «  sale guerre », (en est-il de propres ?…) comme partout, d’ailleurs, la bonté a rayonné dans les deux camps. 

16 Réponses à “Le pain”


  • Oui, c’est grâce à tous ces hommes qui ne sont pas tombés dans la « soupe » des idéaux religieux ou politiques, qui on eu le courage de ne pas sombrer dans le confort que peut procurer la sensation d’appartenir à un troupeau auquel il ne peut rien arriver puisque le maître y veille, que nous sommes encore vivants pour un certain nombre.
    Et si je fais ce commentaire qui n’a rien de nouveau, c’est parce qu’il demeure valable aujourd’hui. Nous ne serons jamais à l’abri des régimes de « Vichy ».

  • Un petit détail qui change le monde à notre portée.
    Que de mal ont fait les idéaux et les dogmes avec leur pouvoir de transformer les peuples en moutons ! Car la faute n’appartient pas véritablement à ceux qui demandent de la commettre, car s’ils le demandent, c’est qu’ils savent qu’elle sera commise par celles et ceux qui, pour diverses raisons qu’il est difficile de juger, protègent les biens particuliers au détriment du bien commun;, ignorant que la dégradation de ce dernier va entrainer nécessairement la quasi disparition du premier.
    Je me souviens d’un préfet qui, à l’occasion d’une commémoration du 8 mai, a eu le courage de poser la question au petit groupe que nous étions. « Qu’aurions nous fait? Sommes nous sûrs que nous aurions rejoint ou aidé les forces libres ? »
    Nous avons tous baissé la tête, avec lui. Apprendre la liberté n’est pas chose aisée, et on ne peut le faire que par l’exemple. Les discours sont inutiles.

  • Marie France Genèvre

    Et le courage.

  • A vingt ans, je sais très bien ce que j’aurais fait, sans l’ombre d’une hésitation….
    A soixante ans passés, je me pose la question….

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  • Je me la suis toujours posée et lorsque je lis des ouvrages sur le sujet, elle me hante encore. Je n’écoute guère de variétés, mais il y a une très belle chanson de Goldmann sur ce thème.

  • Une autre question, cruciale, se pose ici:

    Celle de la révoltante place des enfants au milieu des conflits en ce monde!

    Car, si nous avons là le témoignage d’un enfant « victime passive », qu’en est-il de ces pauvres gosses que l’on arme pour participer à des confilts auxquels ils ne comprennent rien et qui vivent des horreurs les marquant à vie.

    Le sort des enfants est bien la plus atroce et injuste chose qui soit générée par la guerre car c’est l’innocence que l’on bafoue et c’est vraiment là, le mal absolu.

  • Sans doute, Joëlle, mais pourquoi seraient-ils plus innocents que les millions d’adultes qui subissent les guerres sans y comprendre davantage ? L’innocence est-elle vraiment l’apanage des enfants ?

  • Oui, je le pense vraiment, car ils sont fragiles, ils demandent protection et ne peuvent rien.

    Un enfant est en droit d’attendre aide amour et protection en ce monde.Il est en droit de grandir en paix.

    J’ai toujours été profondément frappée et révoltée à chaque crime dont un enfant a été victime, car c’est une vie en devenir, une destinée et l’innocence que l’on massacre.

    Je souscris trés intimement à la phrase du Christ qui a dit:

     » Malheur à qui touche un seul cheveu de ces touts-petits »

    Je pense vraiment que c’est le crime des crimes que de faire le malheur d’un enfant.

  • Comment peux-tu être si sûr, Claudio ? Ce sont des certitudes intellectuelles….

    Si tu était né en 17 à Leisenstadt, sur les ruines d’un champ de bataille
    Aurais-tu été meilleur ou pire que ces gens, Si tu avais été Allemand »
    (je parodie la fameuse chanson de JJ Goldman à laquelle Isabelle fait allusion. A lui, juif, il fallait un courage certain et un profond discernement pour écrire cela.)

    Le problème de l’humain, c’est qu’il n’existe pas en tant que tel, mais seulement par son éducation. Les célèbres exemples des enfants gazelle et des enfants loups le prouvent si besoin est. Et c’est là une raison essentielle pour considérer l’éducation avec le plus grand sérieux.
    Et s’il demeure heureusement une part de liberté et de conscience, mais justement, cette part est souvent ténue et difficile à appréhender pour fonder a priori des certitudes.
    Il est malheureusement plus facile de « fabriquer » des « machines à tuer » que des êtres débordants d’amour, et c’est une raison de plus pour exercer notre vigilance.

  • Alors il y a des milliards de criminels insoupçonnés et autant d’autres en devenir…

  • « Un seul cheveu », c’est une image, bien sûr, et tu l’avais bien compris!

    Mais « toucher » à un enfant, lui nuire, que ce soit à titre personnel ou par la conséquence d’une idéologie est un grand crime.

    Faire son malheur en influant sur sa destinée alors qu’il n’est pas encore en mesure d’assumer celle-ci en est un autre.

  • J’en suis sûr, Gérard, car je me connais…. je me dois de te répondre…. J’ai toujours été un marginal, imperméable à toute discipline imposée, malgré une éducation catholique rigoureuse, à l’italienne, que j’ai commencé à refuser dès l’âge de raison…. Gamin, j’étais le seul qui collectionnait hebdomadairement les heures de colle uniquement pour indiscipline dans les différents établissements que j’ai fréquenté….(hé oui, on ne me gardait pas longtemps…. Être marginal, libertaire dans les années soixante ce n’était pas évident…. Mon Mai 68, je l’ai commencé plusieurs années avant…. Interdit de séjour pendant 10 ans dans la ville de Rennes pour avoir occuper les beaux arts et manifester un peu plus que d’autres…. Ce besoin de liberté, de justice était viscéral, quasiment incontrôlé chez moi…. Ce n’était pas monnaie courante à l’époque et j’ai connu bien vite la solitude…. Je n’ai pas fait le service militaire, je me suis barré à l’étranger (ils m’ont retrouvé que 10 ans après et j’ai réussi alors à me faire réformer)…. J’ai roulé ma bosse et connu bien des aventures, comme les guérilléros en Colombie, (sans jamais tirer un coup de feu), à l’époque, ceux qui cherchaient la justice et la liberté contre le pouvoir totalitaire…. Alors une discipline imposée qui plus est par un envahisseur militaire et belliqueux, je sais très bien comment j’aurais réagi…. J’étais une tête brûlée… Si j’avais vécu à l’époque Je crois que ma destinée aurait été malheureuse….
    Il est vrai qu’aujourd’hui, l’âge aidant, je me poserai la question mais je crois qu’il me reste toujours quelques velléités libertaires au plus profond de moi….
    Milles excuses à tous de vous avoir imposé (dans cet espace public qu’est le blog) ces lignes et mon ego, mais je ne pouvais pas rester silencieux à l’interpellation amicale de Gérard….

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  • Oui et non Isabelle. Parce que l’Humain, et je l’écris volontairement avec une majuscule est un rêve, dans la quête spirituelle, le grand rêve de Dieu ; dans une vision plus rationnelle, un possible toujours en évolution. Ce qui nous perturbe souvent, ce sont nos certitudes de faire partie d’une catégorie « définitive », car c’est sécurisant. Dans la logique manichéenne, les bons et les méchants, raccourci ridicule que les américains ont pourtant réussi à ériger en combat national !
    Oui, je le crois, Isabelle, nous sommes sinon tous, du moins pour la plupart, et bien malin qui pourra en préjuger, des criminels en potentiel, mais également des « saints ordinaires » dans ce même potentiel. En prendre conscience doit pouvoir nous mettre à l’abri des actes destructeurs beaucoup plus que si nous croyons bêtement à notre « bonté ».
    C’est sur ce sujet beaucoup plus que sur les mathématiques et les matières cartésiennes que nous avons beaucoup à apprendre. Ici, le vrai risque, c’est l’ignorance.

  • Bien sûr, Joëlle, que j’ai compris ! Mon commentaire ne voulait pas tourner en dérision une expression passe-partout ni la prendre au pied de la lettre. Mais je maintiens qu’il y a des milliards de criminels insoupçonnés et autant d’autres en devenir… Insoupçonnés car insoupçonnables, dans le sens de « au-delà de tout soupçon », tous ces gens, hommes et femmes confondus, qui profitent de leur réputation, de leurs liens familiaux, de leur position sociale, de leur notoriété, pour toucher aux enfants et les blesser à vie. Car si le mal physique finit par cicatriser somme toute assez vite, les dégâts psychologiques sont eux beaucoup plus longs à guérir. Quand ils guérissent…

  • Oui, Gérard, j’adhère entièrement à cette idée que « nous sommes sinon tous, du moins pour la plupart, et bien malin qui pourra en préjuger, des criminels en potentiel, mais également des “saints ordinaires” dans ce même potentiel. » Et je crois, en dehors de toute croyance religieuse basique, que c’est ce possible de sainteté qui nous aide à nous consoler de la partie misérable de notre être. Savoir que le saint cohabite avec le criminel nous aide peut-être à maintenir un équilibre salutaire.

  • Cet échange est passionnant!

    D’autant qu’il devient évident à vous lire que ces deux pôles forment un tout, que les évènements extérieurs éclairent tour à tour.

    Gérard, j’aimerais que tu développes ta pensée quand tu écris que l’Humain est le grand rêve de Dieu.

    Voulais-tu- écrire que Dieu met son espoir en l’Homme?

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