La prière du mort

Arrête ! Ecoute-moi, voyageur. Si tes pas
Te portent vers Cypsèle et les rives de l’Hèbre,
Cherche le vieil Hyllos et dis-lui qu’il célèbre
Un long deuil pour le fils qu’il ne reverra pas.

Ma chair assassinée a servi de repas
Aux loups. Le reste gît en ce hallier funèbre.
Et l’Ombre errante aux bords que l’Érèbe enténèbre
S’indigne et pleure. Nul n’a vengé mon trépas.

Pars donc. Et si jamais, à l’heure où le jour tombe,
Tu rencontres au pied d’un tertre ou d’une tombe
Une femme au front blanc que voile un noir lambeau ;

Approche-toi, ne crains ni la nuit ni les charmes ;
C’est ma mère, Étranger, qui sur un vain tombeau
Embrasse une urne vide et l’emplit de ses larmes.

José-Maria de HEREDIA (1842-1905) 

3 Réponses à “La prière du mort”


  • Quel superbe sonnet…

    Et l’on y retrouve les belles prononciations d’autrefois en ce vers:

     » Pars donc. Et si jamais à l’heure où le jour sombre
    Tu rencontre »z »au pied d’un terte ou d’une tombe
    Une femme au front blanc que voile un noir lambeau; »

    Cette prononciation confère toute son élégance aux vers d’un poème à la rare beauté.

  • CHIRON Jean-Jacques

    Etant un fervent admirateur d’Hérédia je souscris aux propos
    de Joëlle. De plus, si le lecteur pouvait lire ce poème à voix
    haute, tout en respectant la prosodie classique, il entendrait la
    musique des vers comme une marche lente et funèbre.

  • Voilà une excellente occasion de repérer les évolutions de la gestion des effets poétiques à travers les règles de prosodie et de l’évolution du langage.
    Il y a deux passages remarquables à ce sujet, celui que relève Joëlle avec « rencontrez-z-au pied d’un tertre ou d’une tombe où il faut se remettre dans le contexte de l’époque pour apprécier l’élégance.
    le second au premier vers du premier quatrain qui en fait se termine brièvement au début du second vers, cassant justement le rythme d’une marche lente comme si on buttait sur un caillou.
    Je ne connaissais pas ce poème, mais cela fait mesurer les diversités de sensibilités. Personnellement, ce brusque retour à la ligne, je ne me le permettrais pas, ou j ne sais pour quel effet bien spécial qui rechercherait une franche cassure de rythme.
    Cela prête encore à réflexion sur ce que nous croyons acquis en poésie !

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