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Archive journalière du 27 fév 2009

Amertume

Il faut me prendre comme je suis ou me laisser,
M’a dit la rose.
J’ai déchiré mes bras aux épines, et j’ai cueilli la rose.

Il faut me prendre comme je suis ou me laisser,
M’a dit la violette.
J’ai glissé dans les près mouillés et j’ai cueilli la violette.

Il faut me prendre comme je suis ou me laisser,
M’a dit le coquelicot.
J’ai traversé les champs de blé brûlants, et j’ai cueilli le coquelicot.

Il faut me prendre ou me laisser,
Ai-je dit à mon tour en te voyant.
Ne m’as-tu pas reconnue ou as-tu honte de moi ?
Avec mes bras en sang, mes pieds boueux, mes joues en feu.
Pourquoi m’as-tu laissée?
Mais moi… pourquoi ai-je pleuré? 

Les jeunes chênes

                                                                                  A mes parents
Je sais des jeunes chênes déracinés
Par les orages de la guerre,
La terreur de chaque instant
Devant le tribut suprême au calice allemand
Et tous ces sentiments
Plantés au coeur d’adolescent,
Effroyables et fous.
À dix-sept ans,
Une âme mutilée en suspension.

Je sais des jeunes chênes déracinés
Par les coups de vent des droits chemins,
Par les croyances, les vertus,
Les entraves des jours laborieux,
Par les brûlures d’un inique purgatoire
Et l’assurance du ciel, plus tard. 

Et puis, le cancer, tel un tonnerre…
La rémission, l’espoir né, illusoire…
Le cancer, encore, plus fort… 

Vinrent alors
Les jeunes morts. 

Il en va des hommes comme des oiseaux
Aux heures livides de la nuit
Qui s’en vont,
Laissant le vide dans leur nid,
Les remords aussi
De ne les pas avoir regardé vivre
Ou seulement vu voler. 

Je sais des jeunes chênes renversés,
Racines vers les nues, branches devenues,
Buvant  leur sève clandestine
À la céleste rosée
Et s’efforçant, je le devine,
De me nourrir encore. 

Mine de Mairy – 31 mars 1991

mairy02.jpg

Départ

Triste est mon coeur,
La nuit se meurt.
Trop tôt le jour
Apporte sa lueur.
Triste est mon coeur.
La rancoeur n’a laissé dans mon âme
Que tristesse, que pleurs.
Triste est mon coeur.
Dans le silence,
Tu vas partir et je resterai là,
Pleurant tout bas.
Oui l’aube paraît trop vite,
Pourquoi faut-il que l’on se quitte ?
Que m’importe à moi l’envol du temps,
Je voudrais tant retarder l’aurore.
L’ombre s’enfuit,
Adieux beaux rêves,
Où les baisers s’offrent comme des fleurs,
Nuit de senteurs.
Mais pourquoi faut-il que s’achève
Ce beau rêve enjôleur.
L’ombre s’enfuit.
Ma lèvre hésite
A murmurer après de doux aveux,
Des mots d’adieu.
Si l’amour n’est que mensonge,
Un parfum triste qui ronge,
S’il est vrai que ta lèvre ment,
Dis-toi pourtant cher amour
Que toujours je t’aime. 

Monsieur Léo

Tout au long, je l’écoute,
En mon vertige déniaisé, il m’envoûte.
Le chanteur parfois ne chante plus,
Il valse, il articule, il vibre, il jazze
Et même, il gueule sa poésie et sa fureur,
Sa peine et sa révolte qui embrasent ses phrases. 

Il va et vient de Pépée, l’chimpanzé assassiné,
Aux pépées qui s’cramponnent au pavé,
Des poètes qui chlinguent d’la tête et des pieds,
Aux enfants, aux artistes, aux mecs et aux chiens
Sur les trottoirs glacés des bistrots parisiens. 

Poète-musicien, poète,
Un piano dans l’idée, dans l’regard et la voix,
Il aime les beatniks et les guillotinés,
Les romantiques, les étrangers, les Espagnols
Et sa musique, diable ! sa musique est bonne ;
Quelquefois, elle s’envole, symphonique. 

Il y fout la mer et la mort qui meurt,
L’anarchie et la solitude qui s’rock and rollisent,
L’amour accoudé au temps qui  passe, cruel,
Et ses refus, ouais, ses refus qu’il mélancolise, mam’zelle. 

Il est l’inventeur, l’inventeur verbal génial,
Charriant des chouettes torrents de mots,
Des harangues violentes et sacrées
Dedans des gerbes de notes qui tanguent,
Des mots bien rangés
Dans le chargeur d’alexandrins de son âme verticale,
Des mots qu’il expulse soudain comme des balles
D’un fusil-mitrailleur qu’il tient entre ses dents. 

Avec tes longs cheveux, blancs comm’ l’hiver,
T’as mis les voiles un matin pour l’désert,
Me laissant crécher ici, tout seul, dans ton univers.
Eh ! Monsieur Léo, tu n’es pas mort,
Sur mon vieux phono, tu gueules encore ! 

 

Mainville. Le chevalement sous la neige. 1992.

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